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La Note doctrinale des Évêques Catholiques du Canada sur l’Armée de Marie

Un cas de conscience?

Que faire, en mon âme et conscience, à la suite de la publication par la Conférence des évêques catholiques du Canada de la Note doctrinale sur l’Armée de Marie, en date du 15 août 2001? Dois-je accepter «en tant que membre et sympathisant de l’Armée de Marie» de suivre l’exhortation de «cesser mes activités, quelles qu’elles soient: publications, participation aux rencontres de prière et aux célébrations liturgiques, spécialement celles qui ont lieu au Centre Spiri-Maria, au Québec»? Un beau cas de conscience. Comment le résoudre?

Il s’agit d’une exhortation. Que signifie le mot «exhorter»? D’après Le Petit Robert: «s’efforcer par des discours persuasifs d’amener quelqu’un à faire quelque chose», «encourager, engager, inciter, inviter». Donc, pas d’obligation.

Exhortation à quoi? «À cesser mes activités»

Au fait, quelles sont les activités des membres de l’Armée de Marie? Il suffit de lire le Manuel de l’Armée de Marie; il serait trop long ici d’extraire tout ce qui concerne les activités des membres! Mais il me semble nécessaire de rappeler les suivantes:

- développer un esprit de prière;
- assister à la messe et communier tous les jours, si possible;
- pratiquer les vertus théologales: la foi, l’espérance et la charité, et observer les Dix Commandements;
- réciter le chapelet tous les jours, et si possible le rosaire;
- faire chaque jour au moins un quart d’heure de lecture spirituelle;
- bien accomplir son devoir d’état;
- veiller à sa réforme intérieure.

Comment nourrir sa foi sans ces «activités»?

Que contient ce «quelles qu’elles soient»? Cette expression contient plus que l’énumération qui suit, sinon on aurait écrit: cesser les activités suivantes: publications, participation, etc. Le «quelles qu’elles soient» est très fort; les auteurs de la note ne prennent pas de chance sur l’interprétation qu’on pourrait en donner; c’est non seulement toutes les activités, mais c’est aussi «quelles qu’elles soient»; ce qui répond à l’avance à la question: «toutes, mais lesquelles?» En fait, cela ressemble à une expression épouvantail; on en met plus que moins: ça peut faire davantage peur! C’est vraiment «effrayant» que nos Autorités religieuses poussent à ce point leur désir de voir disparaître l’Armée de Marie!

«Cesser les publications»: C’est un bâillon pire que celui que se donnent démocratiquement nos gouvernements; cela équivaut à dire: «Plus un mot! on ne veut plus vous entendre! est-ce clair?» Cette exhortation, en plus d’aller à l’encontre des chartes des droits et libertés civiles, déroge aussi, d’une façon flagrante, au Code de droit canonique. Y aurait-il deux catégories de laïcs au Canada: l’une qui a le droit de parole et d’écoute de la part des Autorités, comme on le voit souvent et comme on l’a vu encore au cours de la semaine du 12 août, à Ste-Foy, lors d’un congrès; l’autre catégorie qu’on voudrait bien étouffer complètement parce qu’elle ne va pas dans le sens désiré et qui, par conséquent, dérange, «divise», comme l’indique d’ailleurs la Note à plusieurs reprises? Donc, empêcher de publier! Plus de journal Le Royaume ni de publication de volumes ou autres documents susceptibles de se porter à la défense de l’Armée de Marie ou de rectifier des affirmations erronées provenant de divers milieux. Pourtant, le Concile Vatican II, Jean-Paul II, le Code de droit canonique donnent le droit de parole aux laïcs sans distinction; les références seraient nombreuses pour supporter cette affirmation. D’ailleurs, que de catholiques écrivent et disent des erreurs ou s’abstiennent de dire des vérités! Ceux-là, pas de problème! Ceux-là auraient le «droit»! Personne ne les empêche! Pas de «Note doctrinale» pour eux!

«Cesser de participer aux rencontres de prières et aux célébrations liturgiques»: Des évêques catholiques «exhortent» d’autres catholiques à ne plus prier, à ne plus participer aux Eucharisties, même lorsqu’elles n’ont pas lieu à Spiri-Maria, puisqu’on insiste pour dire: «spécialement celles qui ont lieu au Centre Spiri-Maria, au Québec». Voudrait-on dire qu’on ne veut plus nous voir dans les églises en tant que catholiques, que nous ne pouvons plus nous réunir dans les maisons ou les salles publiques pour nos réunions de prières étant donné qu’on nous le défend dans les églises? Nous ne pouvons pas penser que cette phrase n’ait pas été réfléchie et pesée; c’est le cœur du document.

La Conférence des évêques catholiques du Canada semble maintenant vouloir nous exclure de l’Église du Christ, celle que nous aimons et fréquentons. Il y aurait bel et bien deux «Églises»! Serait-ce l’excommunication sans employer le mot?

Comme la Procédure pour l’examen des doctrines (29 juin 1997) n’a pas été respectée, comme on ne respecte pas non plus le Droit canonique en ce qui concerne les jugements, veut-on essayer d’atteindre les mêmes résultats en faisant peur? C’est renversant! C’est carrément un abus d’autorité; je comprends pourquoi la présente «Note» insiste tant sur l’importance de l’autorité. La Conférence des évêques catholiques du Canada va bien au-delà de ce qu’indique le Cardinal Ratzinger quand il est question de Vassula dont la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a étudié les écrits sur lesquels elle s’est prononcée négativement par le moyen d’une Notification (cf. la populaire revue italienne 30 Giorgi, n° 1, janvier 1999). À ce sujet, le Cardinal Ratzinger a déclaré à un journaliste:

«La Notification est un avertissement, pas une condamnation. Du strict point de vue de la procédure, personne ne peut être condamné sans procès et sans avoir eu d’abord la possibilité d’expliquer ses idées. Ce que nous disons, c’est qu’il y a de nombreux points qui ne sont pas clairs. Il y a des éléments apocalyptiques discutables et des aspects ecclésiologiques qui ne sont pas clairs. Ses écrits contiennent beaucoup de bonnes choses, mais le blé et la paille sont mêlés. C’est pourquoi nous avons invité les fidèles catholiques à les regarder avec prudence et à les mesurer selon le critère de la foi constante de l’Église.»

Ainsi, nous de l’Armée de Marie, nous serions privilégiés!

La Note du 15 août, au deuxième paragraphe, fait référence à la «Note d’ordre disciplinaire relative à l’Établissement de la Maison Spiri Maria à Lac-Etchemin», Note rendue publique en mai 2000. La «Note doctrinale» du 15 août 2001 affirme que l’établissement de ce centre de prières est un acte «illicite». Pourtant, le Code de droit canonique affirme le contraire; Monseigneur Couture a reçu deux lettres à ce sujet qui en font la démonstration (cf. Le Royaume, n° 148, mars-avril 2001, pp. 9-10).

Que me dicte ma conscience à ce point de mes réflexions?

À un moment où nous sommes appelés à faire un choix majeur, il est bon d’appuyer ce choix, cette décision sur des bases solides. Jean-Paul II, dans sa Lettre encyclique VERITATIS SPLENDOR, nous propose des éléments fort éclairants:

54. «Le lien qui existe entre la liberté de l’homme et la Loi de Dieu se noue dans le «cœur» de la personne, c’est-à-dire dans sa conscience morale: “Au fond de sa conscience – écrit le Concile Vatican II –, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, résonne au moment opportun dans l’intimité de son cœur: ‘Fais ceci, évite cela.’ Car c’est une Loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera (cf. Rm 2, 14-16).”

60. «Comme la loi naturelle elle-même et comme toute connaissance pratique, le jugement de la conscience a un caractère impératif: l’homme doit agir en s’y conformant. Si l’homme agit contre ce jugement ou si, par défaut de certitude sur la justesse ou la bonté d’un acte déterminé, il l’accomplit, il est condamné par sa conscience elle-même, norme immédiate de la moralité personnelle. La dignité de cette instance rationnelle et l’autorité de sa voix et de ses jugements découlent de la vérité sur le bien et sur le mal moral qu’elle est appelée à entendre et à exprimer.»

Il est certain que, pour avoir une «bonne conscience» (1 Tm 1, 5), l’homme doit chercher la vérité et juger selon cette vérité.

Lorsque quelqu’un a lu, relu, médité les écrits de la fondatrice et qu’il a lu aussi les écrits des opposants, lorsqu’il a vécu de l’intérieur l’esprit de l’Oeuvre de l’Armée de Marie, qu’il a retrouvé le Christ, qu’il a redécouvert l’Église, son Fondateur et son successeur sur terre, comment peut-il renoncer à ce qu’il a connu et vécu sans risquer de s’éloigner à nouveau de son Dieu et sans que sa conscience lui en fasse reproche un jour? Cette personne qui a lu et médité tous les documents émis de part et d’autre a sûrement une conscience éclairée qui la rend apte à prendre une bonne décision. Un exemple, parmi beaucoup d’autres, que devraient suivre les opposants à cette œuvre, c’est celui de l’abbé Lionel Mélançon, prêtre et théologien, qui a tout lu, médité, étudié et qui a cru.

Les plus Hautes Autorités de l’Église viennent de nous proposer saint Thomas More comme patron des hommes politiques et des gouvernants, lui qui a accepté de perdre sa vie pour sa foi. L’invitation du Cardinal Roger Etchegaray à «ne pas fermer les yeux sur des injustices flagrantes» nous incite à la vigilance et à ne pas craindre d’intervenir même s’il faut «s’opposer à toutes les autorités préétablies», comme l’a fait Thomas More, au sujet duquel le Pape Jean-Paul II déclarait: «C’est dans la défense des droits de la conscience que l’exemple de Thomas More a brillé d’une lumière intense.»

C’est à partir de l’Évangile que Thomas More a justifié sa décision de ne pas suivre les évêques de son pays. (Un évêque, John Fisher, et quelques Chartreux avaient aussi refusé de signer le serment de fidélité au Roi comme Chef de l’Église d’Angleterre; eux aussi ont été exécutés.)

Thomas More, devant ses juges qui ne lui avaient pas fait de procès en règle, a facilement démontré que la décision qu’ils avaient prise était non fondée et même illégale.

On lui rétorqua alors: «Songez donc, maître More, interrompit le chancelier, à tous les savants de ce pays, aux évêques, aux universités qui ont donné leur consentement à cet Acte. Vous êtes seul!...»

Réplique de More: – Pour un évêque qui est avec vous, j’ai plus d’une centaine de saints avec moi. Contre un de vos conseils et de vos parlements (et Dieu sait ce qu’ils valent!), j’ai pour moi tous les conseils de la chrétienté, depuis deux mille ans. Et, pour ce seul royaume, j’ai de mon côté la France et les royaumes du monde entier.

Le jeudi 21 décembre 2000, Jean-Paul II a reçu en audience, dans la Salle Clémentine du Palais apostolique, les cardinaux, les membres de la Famille pontificale et la Curie romaine, venus lui présenter leurs traditionnels vœux de Noël. Il leur a déclaré à cette occasion:

«À côté de la prière et du dialogue théologique, nous devons cultiver cette attitude spirituelle que, précisément en cette circonstance suggestive [l’oecuménisme], j’ai appelée “le sacrifice de l’unité”. J’ai voulu évoquer par ces mots la capacité de “changer notre regard, de dilater notre horizon, de savoir reconnaître l’action de l’Esprit Saint qui est à l’œuvre en nos frères, de découvrir des visages nouveaux de sainteté, de nous ouvrir à des aspects inédits de l’engagement chrétien”» (Homélie au cours de la célébration oecuménique solennelle, 18 janvier 2000).

Faudrait-il envisager que l’Armée de Marie soit considérée comme une autre religion pour amorcer un vrai dialogue avec les Autorités religieuses?

Réginald Gamache
1315, avenue Jolliet
Chicoutimi, Québec G7J 2R9


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