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Lettre ouverte à l'archevêque de Québec
S. Exc. Mgr Maurice Couture, primat de l'Église du CanadaAlexandria, le 17 août 2001
Son Excellence Monseigneur Maurice Couture
Archevêque de QuébecLa Note doctrinale du 15 août de la CECC restera mémorable dans les annales de l'Église canadienne.
Avec la meilleure bonne volonté, j'essaie de comprendre comment cette intervention peut servir les intérêts de l'Église catholique, alors même que les statistiques démontrent que 5% environ de la population catholique du Québec pratique sa foi.
Quelques commentaires s'imposent naturellement à la suite de la lecture de la Note épiscopale. Le document précise que:
«(...) se trouvait interdite la propagation de la dévotion et de la prière à la Dame de tous les peuples. Jusqu'à présent, les dirigeants de l'Armée de Marie n'ont pas tenu compte des nombreuses interventions de l'Archevêque de Québec et ont continué leurs activités.»
L'Armée de Marie a respecté l'interdit du Cardinal Vachon concernant la dévotion à la Dame de Tous les Peuples jusqu'à l'approbation de l'Ordinaire du lieu où ont eu lieu les apparitions et messages de la Dame - le diocèse d'Haarlem en Hollande -; en effet, Mgr Bomers a approuvé l'image, la Prière et le culte à la Dame de Tous les Peuples, le 31 mai 1996. Donc, à partir de ce moment, l'Armée de Marie se croyait autorisée de plein droit canonique à reprendre cette dévotion.
La vie mystique de la Fondatrice n'est absolument pas le centre de la foi des membres de l'Armée de Marie. C'est méconnaître la grandeur de cette âme que de lui prêter une telle possibilité. Elle-même est rivée au centre de la prière de l'Église - à l'adoration, l'Eucharistie et la Liturgie des Heures. Ses rares rencontres avec les gens, en cas de nécessité, sont un dialogue profondément humain, social, respectueux de l'Église, un dialogue décentré de sa propre personne, tourné vers les autres, sans recherche du merveilleux ni relations du charisme dont elle est privilégiée.
Excellence, vous n'êtes pas sans savoir que le Pape Jean-Paul II a béni l'Armée de Marie de façon publique, à Rome, le 27 mai 1992, lors d'une audience générale à laquelle étaient présents plus de 800 pèlerins de l'Oeuvre à qui il a adressé des paroles réconfortantes, alors que le décret du Cardinal Vachon était toujours en vigueur. Voici la traduction française des paroles que le Pape a adressées en italien:
«J'adresse ensuite la bienvenue au nombreux groupe international de l'"Armée de Marie" qui, en ce mois de mai, vit un intense itinéraire en visitant quelques Sanctuaires marials italiens. Laissez-vous toujours éduquer par la Mère du Seigneur, pèlerine de la foi et de l'espérance; portez en vos pays le trésor spirituel que vous avez acquis en ces jours.»
Si le Pape s'est permis cette bénédiction, c'est qu'il comprenait bien le décret du Cardinal Vachon qui retirait l'approbation canonique de l'association pieuse de l'Armée de Marie, mais ne faisait pas disparaître le groupe comme tel, puisque, depuis Vatican II, les associations n'ont plus l'obligation d'être reconnues officiellement par l'Église pour travailler.
Le troisième paragraphe de la Note doctrinale dit: «Nous, les évêques du Canada, exhortons les membres et les sympathisants de l'Armée de Marie à cesser leurs activités, quelles qu'elles soient: publications, participation aux rencontres de prière et aux célébrations liturgiques, spécialement celles qui ont lieu au Centre Spiri-Maria, au Québec.»
Quel autoritarisme! Quel abus de pouvoir! Attitude complètement dépassée en 2001, alors que la liberté et l'oecuménisme font force de loi partout. Déni des droits humains fondamentaux, déni de la charte canadienne des droits et des libertés. L'Église ne devrait-elle pas être la première à donner l'exemple de la pratique de ces droits et de ces libertés?
Toutes les questions soulevées (ou plutôt «répétées») par la Note doctrinale auraient pu trouver un dénouement heureux et fraternel si les évêques du Québec avaient accepté d'ouvrir le dialogue avec les dirigeants de l'Armée de Marie. Seuls deux évêques canadiens ont osé ouvrir ce dialogue, mais avec quelle suspicion de la part de leurs confrères évêques! Il s'agit de Mgr Eugène P. LaRocque, évêque d'Alexandria-Cornwall, en Ontario, et de Mgr Colin Campbell d'Antigonish, en Nouvelle-Écosse. Et ces Évêques ont été surpris de constater l'injustice flagrante opérée relativement à l'Armée de Marie et à sa Fondatrice.
Madame Marie-Paule Giguère, Fondatrice de l'Armée de Marie sans l'avoir cherché aucunement, a elle-même tenté d'ouvrir le dialogue avec vous-même, Excellence, sans qu'il n'y ait eu de réponse ou simple accusé de réception de votre part à sa lettre du 28 mars 1990, à la suite de votre accession au siège primatial de Québec, en 1990.
Sachez, Excellence, que l'Armée de Marie a beaucoup de respect pour vous. À plusieurs reprises, Marie-Paule elle-même a dit aux membres, en grande réunion, d'avoir du respect pour les autorités ecclésiastiques, en dépit des interdits, des campagnes médiatiques, des incompréhensions, des persécutions et des refus de dialogue dont ils sont l'objet depuis tant d'années.
Nous avons tant de preuves du dialogue ouvert des évêques aux personnes qui luttent contre l'autorité du Pape, mais lequel dialogue est fermé à ceux qui enseignent fidèlement les positions du Pape. Soulignons que, même du temps de son approbation par le Cardinal Roy, l'Armée de Marie a sans cesse été soumise au rejet de la part de membres de l'épiscopat et d'une partie du clergé.
Les actes des apôtres nous rappellent l'arrestation des apôtres par le Grand Prêtre. Après que l'ange du Seigneur les eut libérés de la prison, les apôtres recommencent à prêcher. On les surprit dans leur entêtement pastoral et les ramena au Grand Prêtre:
«Les ayant donc amenés, ils les firent comparaître devant le Sanhédrin. Le grand prêtre les interrogea: "Nous vous avions formellement interdit d'enseigner en ce nom-là. Or voici que vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine! Vous voulez ainsi faire retomber sur nous le sang de cet homme-là!" Pierre répondit alors, avec les apôtres: "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes."» (Ac 5, 27-29)
Cet épisode me fait penser à toute l'histoire de l'Armée de Marie sans cesse soumise au rejet de la part de l'épiscopat et d'une partie du clergé, même du temps de l'approbation par le Cardinal Roy.
Puisse, Excellence Monseigneur Couture, le Seigneur inspirer à l'épiscopat du Québec des sentiments plus ouverts aux brebis rejetées du bercail de l'Église catholique!
Marcel Larouche, ptre séculier
diocèse d'Alexandria-Cornwall
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