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Quelques questions posées aux Evêques canadiens

À la Conférence des évêques catholiques du Canada

19 août 2001

Éminence, Excellences,

Catholique français, père de famille nombreuse et membre de l’Armée de Marie depuis bientôt vingt-cinq ans, puis de ses Œuvres connexes, j’ai pris connaissance de votre Note doctrinale sur l’Armée de Marie.

Je tiens tout d’abord à vous dire combien j’aime et respecte les évêques. La vue de la plénitude du sacerdoce suscite en moi l’action de grâce envers un Dieu si bon. Cependant, cet amour et ce respect ne sauraient suffire à me faire accepter aveuglément toutes les paroles et toutes les actions de ceux qui sont revêtus d’une telle dignité. Encore faut-il que ces paroles et ces actions soient dépourvues d’erreurs manifestes ou de contradictions...

Les accusations portées par votre Note doctrinale à l’encontre de l’Armée de Marie ne sont pas nouvelles. Des réponses circonstanciées y ont été apportées à de multiples reprises par le journal de l’Œuvre, je n’y reviendrai donc pas en détail. Je me contenterai de vous poser quelques questions:

1) «(...) se trouvait interdite la propagation de la dévotion et de la prière à la Dame de tous les peuples.»

Alors, pourquoi cette prière porte-t-elle l’imprimatur de centaines d’évêques dans le monde, y compris celui du défunt Cardinal Decourtray, et pourquoi cette dévotion est-elle reconnue et pratiquée solennellement par l’évêque local aux Pays-Bas?

2) «(...) les révélations privées ne font que fournir aux chrétiens des indications sur ce qu’il convient de faire dans un contexte historique donné. Les révélations privées ne divulguent aucune nouvelle doctrine ou vérité (...). Leur rôle n’est pas d’améliorer ou de compléter la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire...»

La rédemption est accomplie depuis bientôt vingt siècles, et chaque âme peut être sauvée, mais le Règne de Dieu est-il venu «sur la terre comme au ciel»? Le but de l’Armée de Marie, n’ajoutant rien à la Révélation et à la Rédemption, n’est-il pas de faire advenir ce Règne conformément à la parole du Notre Père enseigné par Jésus?

3) «(...) la supposée "réincarnation" prônée (sic) par l’Armée de Marie rend (...) superflue l’intercession continue de Marie au ciel.»

Alors, pourquoi Marie-Paule et tous les membres de l’Armée de Marie ne cessent-il de la prier chaque jour par le Rosaire?

4) «(...) la vie de Marie est unique et historique et, (...) en tant que telle, elle ne peut être répétée, reproduite ou autrement "réincarnée".»

Alors, pourquoi saint Louis-Marie Grignion de Montfort a-t-il écrit: «Étant la voie par laquelle Jésus-Christ est venu à nous la première fois, elle le sera encore lorsqu’il viendra la seconde, quoique non pas de la même manière» (Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge, n° 50)?

5) «L’Armée de Marie veut faire croire (...) que leur "Immaculée" est co-éternelle avec la Trinité divine (...).»

Alors, pourquoi la liturgie catholique applique-t-elle à Notre-Dame («Éternellement présente à la pensée de Dieu», dixit le missel des bénédictins de Clairvaux, Hautecombe, Saint-André, Éd. Brepols, Paris) ce que la Bible dit de la Sagesse divine: «Avant les siècles j’ai été fondée (...). Alors que Dieu n’avait fait ni la terre, ni les champs, ni l’argile primitive du monde (...), j’étais là» (Proverbes 8, 23-27, Fête de la Présentation de la Vierge Marie, 21 novembre)?

6) «Les évêques catholiques du Canada regrettent en outre la façon dont les dirigeants de l’Armée de Marie continuent de défier l’autorité ecclésiastique et de refuser de se plier aux monitions et injonctions pastorales légitimes de l’Archevêque de Québec (...), l’Armée de Marie a défié publiquement l’autorité épiscopale (...).»

Alors, pourquoi l’Église a-t-elle canonisé, et nommé «Patronne secondaire de la France», Jeanne d’Arc qui a «défié l’autorité ecclésiastique», «refusé de se plier aux monitions et injonctions pastorales légitimes» (du moins aux yeux de ceux qui les fulminaient) et «défié publiquement l’autorité épiscopale», et ce jusqu’à la mort?

7) «Il incombe à l’évêque de voir tant au culte public qu’à l’enseignement de la foi dans son diocèse. Il lui appartient de promouvoir et de sauvegarder la doctrine sur les plans de la foi et de la morale dans tout son diocèse. Son rôle consiste à faire en sorte que les enseignements concordent parfaitement avec les préceptes de l’Église, qu’ils soient acceptables du point de vue théologique, moralement véridiques et exempts de toute erreur doctrinale.»

Alors, pourquoi, depuis une trentaine d’années, je vois, j’entends et je lis, en France mais aussi ailleurs, et par exemple au Canada, des multitudes de prêtres et de laïcs «chambarder» la doctrine enseignée par l’Église et rappelée dans le Catéchisme de l’Église catholique, ainsi que la liturgie fixée par le Missel (je pourrais citer des centaines, voire des milliers d’exemples que j’ai personnellement vus, entendus ou lus), et ce sans que les évêques interviennent publiquement comme ils le font pour l’Armée de Marie (qui est la seule communauté que j’aie jamais fréquentée où la doctrine soit enseignée fidèlement au Catéchisme et la liturgie pratiquée fidèlement au Missel)?

8) «Il y a maintenant 14 ans (...), le Cardinal Louis-Albert Vachon, alors Archevêque de Québec, révoquait officiellement le décret par lequel son prédécesseur avait érigé l’Armée de Marie en union pieuse (...). Après un examen approfondi et de longues procédures (sic, mais les informations obtenues de Rome même et exposées dans le journal permettent d’en douter), le Tribunal suprême a rendu une décision définitive par décret, le 20 avril 1991, confirmant ainsi la substance du décret de l’Archevêque de Québec et la procédure mise en place.»

Sachant que ledit décret avait pour seul but la suppression de l’érection de l’A.M. en «Union pieuse» ou «Association pieuse», et que celle-ci, avant d’être ainsi érigée, existait et fonctionnait légitimement, avec l’approbation officielle de l’archevêque d’alors, le Cardinal Maurice Roy; que l’A.M. se trouve donc revenue officiellement à ce point de départ (outre l’interdiction par le cardinal Vachon de se réunir «dans les églises paroissiales et autres lieux de culte du diocèse»); sachant d’autre part qu’il est permis aux catholiques de se réunir au sein de toutes sortes de groupements qui ne sont pas reconnus officiellement comme «Unions pieuses»...

Alors, pourquoi «les catholiques (devraient-ils) s’abstenir d’appartenir à ce groupe particulier»? Pourquoi le fait de continuer d’adhérer à l’Armée de Marie constituerait-il un «mépris de l’autorité ecclésiastique»?

9) «(...) les dirigeants de l’Armée de Marie (...) ont continué leurs activités, notamment en érigeant illicitement une chapelle et un centre de retraite à Lac Etchemin.»

Comment vous, «évêques catholiques du Canada», pouvez-vous faire un tel reproche aux dirigeants de l’Armée de Marie, alors que je lis ceci dans un bulletin catholique d’avril dernier:

«Les "Nouvelles religieuses" de Montréal font savoir que, d’ici dix ans, le diocèse mettra en vente cent à cent cinquante églises. Les religieuses ferment leurs couvents, un à un, pour se réfugier dans un mouroir organisé chez les Soeurs Grises. Chaque communauté a son étage. Seules, la chapelle et la cafétéria sont communes.

«En ce moment, ce sont les monastères des Soeurs de l’Immaculée Conception et de Marie réparatrice (...).

«Quelques chiffres: en 1960, il y avait soixante mille religieuses au Québec. En 2000, il en reste vingt mille, d’une moyenne d’âge de soixante-dix ans...»

Préférez-vous des églises vendues ou détruites à une église construite? Des communautés religieuses mortes et disparues à une communauté religieuse vivante? Êtes-vous adeptes de la «culture de mort» stigmatisée par notre Pape Jean-Paul II?

10) «Nous exhortons tous les catholiques (...) à se rendre compte du tort et de la division qu’engendrent (les) chefs (de l’Armée de Marie) dans l’Église catholique au Canada et ailleurs dans le monde (...).»

Mais qui s’acharne contre cette Œuvre? Qui rameute sans cesse les journalistes contre elle? Qui fulmine contre elle accusations et condamnations? Sont-ce vraiment les dirigeants de l’Armée de Marie qui «engendrent le tort et la division dans l’Église»?

Éminence, Excellences, je compte sur votre «charité pastorale» pour répondre à mes questions, et je puis vous assurer, en toute conscience, que «(ma) vie de foi et (ma) spiritualité chrétienne» ne s’appuient que «sur la Parole de Dieu révélée et sur l’enseignement de l’Église catholique».

Et ceci, grâce à mon appartenance à l’Armée de Marie qui, dans ma vie, a le mérite particulier de m’avoir toujours conforté dans le juste respect et la juste obéissance dus aux évêques et à leur chef le Pape (alors que ce que je voyais, entendais et lisais aurait pu m’induire en tentation, comme certains membres de mon entourage partis chez Monseigneur Lefebvre), tant il est vrai que «l’Armée de Marie se reconnaîtra à ce seul signe: sa fidélité à Rome et au Pape»!

Dominique Poulain, 3 Impasse des Alliés, 78260 Achères (France)


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