par Sylvie PAYEUR-RAYNAULD
LArchevêque de Québec, Mgr Maurice Couture, a commandé un rapport pour «retracer les grandes lignes pour une compréhension, aussi objective que possible, des faits qui ont motivé les décisions successives des trois derniers archevêques de Québec», ainsi quil lécrit dans son message de Pastorale-Québec.
«Voir, juger, agir»: tels sont les principes de lAction catholique que disent vouloir appliquer les auteurs anonymes du rapport intitulé «LArmée de Marie, Essai de discernement de la situation».
On sétonne dabord du fait que ce rapport nest pas signé... tant mieux pour les auteurs qui évitent ainsi dêtre associés à un autre document entaché derreurs et qui ne peut en aucun cas servir de base à une «compréhension objective» de ce quest lArmée de Marie.
«Voir, juger, agir»: sans doute une excellente méthode pour qui aborde une situation en toute impartialité; mais une méthodedangereuse pour qui a déterminé à lavance les actions à poser, car des oeillères pourront empêcher de voir toute la situation dans son ensemble et non seulement quelques faits isolés qui trouvent leur justification lorsque lensemble de la situation est exposé.
Et, malgré leur prétention de vouloir «disposer des bons éléments pour se faire une idée aussi juste que possible de la situation et, le cas échéant, y appliquer des choix éclairés», il semble bien que les auteurs du rapport nont pas su discerner le vrai du faux dans ce quil convient de qualifier de controverse1 au sujet de lArmée de Marie.
Voyons comment les auteurs du rapport ont rempli, ainsi quils lécrivent, leur rôle de:
1. voir: «les principaux faits en rapport avec Mme Marie-Paule Giguère et ses écrits, puis avec lArmée de Marie et enfin avec le groupe des Fils de Marie»;
2. juger: réfléchir «aux enjeux de cette question»;
3. agir: «dégager certains choix qui soffrent aux diverses catégories de personnes concernées».
VOIR
a) «Mme Marie-Paule Giguère et ses écrits»:
Après avoir donné quelques notes biographiques sur Marie-Paule, les auteurs présentent ses écrits en soulignant: «MmeGiguère soutient avoir soumis ses écrits au jugement de certains experts, mais, les faits le démontreront, elle ne les a pas soumis à lAutorité compétente pour ces questions dans lÉglise.»
Affirmation qui est tout à fait fausse, la lecture de Vie dAmour nous le démontre bien. Ces livres ont été lus par déminents théologiens et directeurs spirituels dont le Père Marie-Michel Philipon, o.p., expert au Concile qui sest occupé de la cause de postulation des saints; labbé Lionel Mélançon, à la demande de S. Exc. Mgr Jean-Pierre van Lierde, Sacriste du Pape; Mgr Emery Kabongo, Secrétaire privé du Pape et qui a été pendant des années le directeur spirituel de Marie-Paule (Mgr Kabongo lui a même dit: «Ces livres pourraient convertir le monde entier... même les Évêques!»).
Les volumes Vie dAmour ont été présentés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. En décembre 1986, lors dun voyage à Rome, à la demande de certaines Autorités romaines Marie-Paule sétait rendue à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avec labbé Lionel Mélançon et le Père Denis Laprise. Tous trois avaient été reçus par le Père Adriano Garuti, o.f.m., et le Père Jacques Servais, s.j., qui navaient pas lu Vie dAmour. Le Père Servais avait même déclaré: «On na jamais le temps de lire tous les volumes "Vie dAmour". Il y en a combien?» Et Marie-Paule sétait fait dire que Rome ne se prononçait pas avant des années sur de tels écrits. (Nous reviendrons sur ce fait.) À lafin de la rencontre, ils lui apprennent leur méthode de lecture: «un Père lit quelques chapitres, lautre lit les suivants et ils échangent leurs pensées sur leur lecture de manière à finir plus rapidement» (Vie dAmour, Appendice III, p. 31). Curieuse méthode pour qui désire apprécier réellement la valeur et la signification mystique dun ouvrage!
Les auteurs du rapport parlent aussi de l«activité littéraire abondante» de Marie-Paule: «des centaines de pages de livres, brochures ou articles de journaux largement diffusés».
Afin de «voir» la situation dans son ensemble, il faudrait ajouter que Marie-Paule nécrit pas de volonté personnelle. Autant ses volumes Vie dAmour que ses brochures ou articles de journaux lui sont «commandés» par le Ciel qui lui en donne les titres; et chacun de ces écrits est cause de souffrances et de renoncement. Tant de fois elle aurait voulu sy soustraire... mais lobéissance lemporte toujours malgré les contrecoups appréhendés, car il est vrai que ces écrits peuvent susciter la controverse, tout comme son itinéraire qui, comme lécrivent les auteurs du rapport, «la place à lavant-scène dune controverse croissante avec lAutorité de lÉglise locale».
Or, une controverse surgit dopinions ou dinterprétations divergentes... Et en effet, les écrits et les actes de Marie-Paule seront plusieurs fois mal interprétés par ses détracteurs à qui il manquera une certaine prudence surnaturelle. Voici un extrait dune lettre de Marie-Paule au Cardinal Roy, qui illustre bien cet aspect:
«"Vie dAmour" est une cause de redressement et de sanctification pour les uns, et une pierre dachoppement pour les autres. Le Père Marie-Dominique Philippe, o.p., philosophe et théologien de Suisse, me donnait en termes théologiques ce que je lui expliquais bien simplement ou que je lui faisais lire en "Vie dAmour" et qui nétait pas facile à comprendre. Le Père Marie-Dominique ma dit maintes fois: "Oui, cest tout à fait théologique, mais bien peu de théologiens aujourdhui le comprendront." Puis il ajoutait: "Les mystiques ont un langage; ils nous le donnent; ensuite cest aux théologiens, mais aux vrais théologiens qui ne sont pas réfractaires à laction du Saint-Esprit dans les âmes quil appartient de tout expliquer ce que le mystique lui-même ne comprend pas toujours.» (Lettre du 18 mars 1981, Vie dAmour, Appendice I, p. 37.)
b) «LArmée de Marie»:
Les auteurs du rapport se permettent ici de déformer les faits et de ne présenter que ceux qui peuvent servir leur dessein funeste... Ce qui nous rappelle un autre rapport sur lArmée de Marie, celui-là commandé en 1984 par le Cardinal Louis-Albert Vachon, prédécesseur de Mgr Couture, et qui était un rapport non conforme à la vérité et à ce point entouré de mystère que non seulement les membres du comité denquête dalors navaient jamais rencontré les Dirigeants de lArmée de Marie pour les interroger dans le cadre de leur enquête ce qui nest pas une façon très honnête de procéder , mais aussi que lorsquon a convoqué les Dirigeants à lArchevêché pour les informer du contenu du rapport quon leur a lu, on leur a refusé den avoir ne serait-ce quune seule copie en main; ce nest que trois jours plus tard quon acceptera enfin de leur en donner une copie.
Et on pourrait reprendre, pour les auteurs du rapport de lAn 2000, la déclaration faite par Marie-Paule aux membres du comité de 1984: «Si vous nous aviez interrogés une seule fois avant de rédiger votre Rapport, vous nauriez jamais pu, en toute conscience et honnêteté, produire un tel Rapport basé sur tant daccusations fausses, et des recommandations portant sur lesdites accusations.» (Vie dAmour, Appendice II, p. 124.)
Voici maintenant pour la déformation des faits du rapport de lAn 2000:
«Au cours des années 1981 jusquà 1985, Mme Giguère et ses commettants sont entendus à quelques reprises par les Autorités diocésaines tant au sujet des écrits que de la doctrine qui circulaient au sein de lArmée de Marie. Cela toujours dans un souci de rectitude et de transparence.»
Un échange de lettres entre Marie-Paule et le Cardinal Maurice Roy, nommé par le Cardinal Vachon pour accompagner lArmée de Marie et décédé en 1985, atteste du désir du Cardinal Roy de découvrir la vérité sur lOeuvre constamment attaquée par ses proches. Les lettres du Cardinal Roy sont aussi un témoignage de sa bienveillance pour lOeuvre et la Fondatrice quil a rencontrée à plusieurs reprises pour linterroger afin de mieux percevoir les desseins de Dieu sur lune et sur lautre.
Mais un tel échange qui aurait permis à Marie-Paule de sexpliquer na jamais pu avoir lieu avec le Cardinal Vachon dont le dessein bien arrêté était de détruire cette Oeuvre... après le départ de son prédécesseur qui lavait érigée en Association pieuse, en 1975. Il ny a donc jamais eu de «rectitude» ni de «transparence» dans les actions entreprises par le Cardinal Vachon contre Marie-Paule et contre lArmée de Marie; mentionnons comme preuve la rencontre du 26 septembre 1985 entre le Cardinal Vachon et le Père Céleste Guarise, o.s.cam., Supérieur du Père Denis Laprise à Québec, au cours de laquelle le Cardinal a déclaré: «Il faut tout détruire et faire disparaître ces futurs prêtres!»
Il y a bien eu quelques rencontres des Dirigeants avec le Cardinal Vachon, mais jamais il na été question de vie mystique (jamais dailleurs cet Archevêque na rencontré personnellement Marie-Paule, comme lavait fait son prédécesseur), le principal sujet de préoccupation du Cardinal Vachon étant les finances de lOeuvre...
«En 1985 et 1986, Marc Bosquart publie deux volumes portant sur la Vierge Marie qui sont diffusés dans le réseau de lArmée de Marie; ils contiennent des propos étonnants, pour ne pas dire plus, sur la Vierge Marie, sur Mme Giguère et son rapport avec la Vierge Marie, ainsi que sur dautres sujets dordre spirituel. Cest alors que M. le cardinal Vachon reçoit Mme Giguère pour lui communiquer les conclusions du rapport détude sur lesdits écrits avec mention de non publication. Sans égard pour cet avertissement, lArmée de Marie publie le rapport en janvier 1987.»
Disons dabord que ces volumes de Marc avaient été portés par labbé Lionel Mélançon à Rome bien avant leur publication, cest-à-dire en plusieurs tranches de feuilles volantes, et offerts au Secrétaire privé du Pape, Mgr Kabongo, et à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Labbé Mélançon, qui avait été pendant vingt ans censeur dans son diocèse, avait eu plusieurs entretiens avec Marc afin de comprendre sa pensée et il avait déclaré à Marie-Paule: «En abaissant lorgueil de sa formation philosophique et thomiste, un théologien peut sémerveiller devant les lumières que Marc transmet à lÉglise. Il suffit de sacrifier notre science intellectuelle et daccepter la richesse de la théologie du coeur.»
Ces volumes contenaient certes «des propos étonnants»... mais suffisamment cohérents pour que Mgr Kabongo dise à Marie-Paule, qui voulait en empêcher la publication, de les laisser paraître car ce nétait plus son domaine, ajoutant quelle aurait pour cela beaucoup à souffrir.
Rappelons que les livres de Marc ont été publiés le 14 juin 1985 (tome I) et le 28 août 1986 (tome II), et que le comité denquête mandaté par le Cardinal Vachon avait été constitué en 1984 et avait déposé son rapport le 21 août 1985..., soit peu de temps après la publication du premier livre de Marc et bien avant la publication du second. Il est donc faux de prétendre, comme le fait le comité de lAn 2000, que le Cardinal Vachon reçut «Mme Giguère pour lui communiquer les conclusions du rapport détude sur lesdits écrits [de Marc Bosquart]...».
«... avec mention de non publication. Sans égard pour cet avertissement, lArmée de Marie publie le rapport en janvier 1987.» Lorsque le comité denquête a demandé aux Dirigeants de lArmée de Marie, à la réunion du 17 décembre 1985, de garder la confidentialité sur cette réunion et sur le rapport, ils ont accepté à la condition que les Autorités religieuses en fassent autant... Mais le 20 janvier 1986, M. Jacques Côté, porte-parole de lArchevêché, a dévoilé sur les ondes du poste de radio CHRC, à Québec, quil y avait eu à lArchevêché, quelques semaines auparavant, une rencontre entre le comité formé par le diocèse et les principaux Responsables de lArmée de Marie. Les Autorités ayant brisé le silence, les Dirigeants de lArmée de Marie étaient donc tout à fait justifiés de publier ce rapport le 11 février 1986 (et non «en janvier 1987»), avec leurs commentaires pour rétablir les faits.
La saga judiciaire de lArmée de Marie est donc si complexe que, même à lArchevêché de Québec, on fausse constamment les faits?
«Conséquemment, après des mises en garde aux fidèles du Diocèse et deux monitions canoniques demandant rétractation aux responsables de lArmée de Marie, devant leur réponse jugée insatisfaisante, le cardinal Louis-Albert Vachon, révoque, le 4 mai 1987, le décret dérection canonique accordé par son prédécesseur douze ans auparavant. LArmée de Marie ne peut plus se présenter comme groupe officiellement reconnu par lÉglise catholique. Il sensuit une âpre lutte juridique jusquaux plus hautes instances de lÉglise pour faire annuler la décision de lArchevêque de Québec, mais sans succès.»
Les mises en garde des 4 juillet et 15 novembre 1986 du Cardinal Vachon concernaient les deux livres de Marc Bosquart, un membre de lArmée de Marie. Mais cette Oeuvre ne portait pas la responsabilité de ces volumes quelle diffusait. Et, à supposer quils aient été entachés derreurs, ce «crime» de lArmée de Marie aurait-il été plus grand que celui de lArchevêché où on pouvait se procurer des livres de théologiens condamnés par Rome?
LArmée de Marie a cessé la diffusion des deux volumes de Marc dès le 15 avril 1987, sur réception de la lettre du 14 avril 1987 du Cardinal Vachon, lettre par laquelle lArchevêque convoquait les Dirigeants à lArchevêché le 23 avril suivant pour une rencontre qui avait «pour but de prendre en considération la lettre [jointe] du Cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, en date du 27 février 1987, et de ses conséquences juridiques». Dans sa lettre, le Cardinal Ratzinger approuvait les mises en garde contre les livres de Marc et laissait à lArchevêque de Québec «toute latitude de prendre les mesures que vous estimerez nécessaires, sans exclure la possibilité de supprimer lAssociation "ad normam iuris" [selon les normes du Droit]». Et le Cardinal Vachon écrivait: «À défaut de vous présenter à la date, à lheure et à lendroit fixés, je considérerai que vous avez renoncé à lexercice de votre droit dêtre entendus et je procéderai selon les prescriptions du Droit canonique.»
Le rapport mentionne deux monitions canoniques adressées par le Cardinal Vachon aux responsables de lArmée de Marie. La première était datée du 9 décembre 1986 et ne traitait pas spécialement des livres de Marc. LArchevêque y revenait surtout sur la dévotion à la Dame de tous les Peuples et sur sa prétention selon laquelle lArmée de Marie était une association publique de fidèles et non une association privée (prétention que ne reconnaîtra pas le plus haut tribunal de Rome, le Tribunal suprême de la Signature apostolique), et pour conclure il présentait comme des directives les recommandations durapport du comité denquête déposé en août 1985.
La deuxième monition canonique a été lue aux Dirigeants de lArmée de Marie au début de la rencontre du 23 avril 1987 à lArchevêché de Québec, et elle commençait ainsi: «Mesdames et Messieurs de lArmée de Marie, Je vous ai convoqués ce matin, 23 avril 1987, pour vous informer de la décision que jai prise de procéder à la révocation du décret dérection de lArmée de Marie...»
Donc, contrairement au Droit de lÉglise, le Cardinal Vachon informait de sa décision les Dirigeants de lArmée de Marie sans leur laisser la parole pour exercer leur droit de se faire entendre, droit que reconnaissait pourtant le Cardinal Vachon dans sa lettre du 14 avril 1987 où il écrivait: «à défaut de vous présenter à la date, à lheure et à lendroit fixés, je considérerai que vous avez renoncé à lexercice de votre droit dêtre entendus».
Soulevons ici une autre grave irrégularité entachant le décret du 4 mai 1987 du Cardinal Vachon: faisant table rase des étapes préliminaires à lémission de son décret (le rapport du comité denquête et sa première monition canonique aux Dirigeants de lArmée de Marie), lArchevêque base ce décret sur un élément nouveau que lui fournit la lettre du 27 février 1987 du Cardinal Ratzinger confirmant les deux mises en garde émises contre les livres de Marc. Et sans permettre aux Dirigeants de se faire entendre sur ce point à la rencontre du 23 avril et de lui apprendre que ces livres ont été retirés de la vente le 15 avril précédent sur réception de la lettre du Cardinal Ratzinger les concernant, le Cardinal Vachon informe les Dirigeants de sa décision «de procéder à la révocation du décret dérection de lArmée de Marie»...
Or le motif justifiant le décret du 4 mai 1987, soit la propagation, par les deux livres de Marc, de «doctrines gravement erronées» (selon les termes de la lettre du Cardinal Ratzinger), nexistait plus: lArmée de Marie avait déjà cessé la vente de ces volumes. En toute justice, le Cardinal ne pouvait fonder son décret sur un tel motif, dautant plus quil navait jamais communiqué aux Dirigeants de lArmée de Marie ses réticences concernant ces volumes. Sil a cependant basé son décret sur les livres de Marc, fort de lappui que lui donnait le Cardinal Ratzinger, est-ce parce que lui-même considérait bien faibles les motifs sur lesquels il sappuyait jusque-là?
Enfin, il est important de préciser que la lettre du 27 février 1987 du Cardinal Ratzinger sera plus tard faussement interprétée comme une mise en garde contre les écrits de lArmée de Marie.
Ce qui nétait pas le cas, et pour au moins deux raisons:
1. Le 6 décembre 1986, les Pères que Marie-Paule a rencontrés à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi lui ont avoué ne pas avoir encore abordé la lecture de Vie dAmour; un Père lui a même demandé combien il y avait de volumes... De plus, ils lui ont dit que Rome ne se prononçait pas avant des années sur de tels sujets. Et voilà que, moins de trois mois plus tard (le 27 février 1987), le Cardinal Ratzinger se prononce sur les livres de Marc Bosquart ce ne pouvait bien sûr être sur Vie dAmour dont on navait pas encore commencé la lecture, à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, quelques mois plus tôt!
2. Me Richard Dionne, qui défendait en 1987 les intérêts de lArmée de Marie, a providentiellement rencontré à Rome le Cardinal Ratzinger, le 28 avril 1987, et il en rapportait ainsi les propos dans sa lettre du 29 avril 1987 au Cardinal Vachon:
«Le Cardinal Ratzinger nous a bien confirmé que sa lettre du 27 février 1987 concerne les deux livres [de Marc Bosquart] en question, quelle ne constitue pas ensoi une décision à lencontre de lArmée de Marie, et quelle nimplique surtout pas une révocation automatique du décret dérection de lArmée de Marie qui, ainsi quil le mentionnait lui-même dans sa lettre, est autorisée à être traitée en toute justice, selon le droit, "ad normam iuris".»
Quant à la «réponse jugée insatisfaisante» des Dirigeants, il sagissait de leur refus de signer une déclaration qui leur a été présentée le 23 avril 1987 et quen toute conscience ils ne pouvaient signer. Mais contrairement à ce que laisse entendre le rapport de lAn 2000, ce refus des Dirigeants na aucunement influencé lArchevêque dans sa décision de révoquer le décret de lArmée de Marie, car sa décision était prise avant la rencontre du 23 avril 1987 et annoncée dès les premières lignes de sa deuxième monition canonique lue au début de cette rencontre.
Cest sur la recommandation de certaines Autorités compétentes, à Rome, que lArmée de Marie a ensuite interjeté appel contre le décret du 4 mai 1987 du Cardinal Vachon. Et sil est vrai que l«âpre lutte juridique jusquaux plus hautes instances de lÉglise pour faire annuler la décision de lArchevêque de Québec» sest soldée par le rejet pur et simple de la cause de demande dappel de lArmée de Marie, les Juges du Tribunal ayant refusé de juger la cause (ils nont jamais condamné lOeuvre, ne layant même pas étudiée), cette lutte juridique aura du moins servi à obtenir pour lOeuvre un gain important: la reconnaissance, par le Tribunal suprême de la Signature apostolique, que lArmée de Marie était bien une association privée de fidèles et que donc, entre autres conséquences, en la dissolvant lArchevêché de Québec ne pouvait sapproprier ses biens...
«Divers reportages dans les médias donnent lieu à des controverses et même à des poursuites légales.»
Dans plusieurs de nos publications, Marie-Paule a dû bien souvent rétablir les faits pour défendre lOeuvre que Dieu lui avait confiée et dont Il exigeait la défense. Tant de propos farfelus ont circulé... entre autres, de la part dune demoiselle de La Durantaye, Mlle Colette Villemure, qui avait même publié en 1984 un «Résumé mémorable». Mais lorsque des accusations de fraude et dautres graves accusations ont été rendues publiques dans certains médias dinformation, ceux-ci ont été sommés de se rétracter pour avoir répandu des propos diffamatoires sur lArmée de Marie. Si les civils ont le droit de défendre leur réputation, les Oeuvres lont tout autant et cest même un devoir pour protéger à la fois la réputation de leurs membres.
c) «Les Fils de Marie»:
En nommant les Évêques qui ont ordonné des Fils de Marie, les auteurs du rapport de lAn 2000 omettent de mentionner que cest le Pape Jean-Paul II qui a conféré lordination sacerdotale au premier Fils de Marie prêt à être ordonné... Cétait le 25 mai 1986 en la basilique Saint-Pierre de Rome.
Puis les auteurs du rapport mentionnent les difficultés rencontrées par les Fils de Marie à LAquila avec lArchevêque, et ensuite relativement à la Visite apostolique et à la nomination dun Commissaire pontifical. Il sagit ici dune histoire fort complexe aux dessous pas très catholiques ni reluisants pour plusieurs Autorités de lÉglise et que le Père Pierre Mastropietro, Supérieur général des Fils de Marie, a exposés dans un long article publié dans le numéro spécial du 13 mai 2000 du journal Le Royaume. On sy référera donc pour comprendre la source de ces difficultés, qui se trouve dans les agissements de certaines Autorités de lÉglise.
JUGER
a) «Les écrits spirituels»:
Les auteurs du rapport citent un long extrait dune lettre du Cardinal Roy adressée au Père Philippe Roy le 16 mars 1981, dans laquelle le Cardinal sinquiète de certaines affirmations de Vie dAmour et demande de cesser la vente et la publicité de ces volumes.
Ce quils ne mentionnent pas, cest que le Père Philippe Roy, Raoul Auclair et le Père Denis Laprise sont allés rencontrer le Cardinal dans les jours suivant la réception de sa lettre et que, au cours dun entretien sérieux avec lui, ils lui apportent des éclaircissements qui satisferont le Cardinal qui leur demandera de continuer la vente de Vie dAmour, en cessant simplement lannonce dans le journal de lOeuvre. Cest peu après que le Père Marie-Dominique Philippe, o.p., de passage à Québec, allait rassurer le Cardinal Roy sur lauthenticité mystique de Vie dAmour.
Le Cardinal Roy demandera aussi à Marie-Paule de conserver les nombreuses lettres de témoignages de conversion, bienfait spirituel, guérison reçues de personnes ayant lu Vie dAmour ou participé aux activités de lOeuvre.
Il convient aussi de mentionner que le Cardinal Roy accordait une grande importance au jugement de Raoul Auclair, écrivain marial de réputation internationale qui a préfacé le premier volume de Vie dAmour. À plusieurs reprises il a rencontré Raoul pour avoir des explications sur la mission de Marie-Paule et sur lArmée de Marie, et il se plaisait à le qualifier de «théologien».
Les auteurs du rapport nont donc pas raison de douter, comme ils le font sur ce sujet des écrits spirituels, du «respect [de Marie-Paule] au Pasteur suprême et aux autres Évêques».
b) «Les écrits de Marc Bosquart»:
Le jugement rendu sur les livres de Marc Bosquart par «des théologiens de grande expérience et dune grande sûreté de doctrine», selon les termes du rapport, nous laisse perplexes... Une autre controverse, alors que certains théologiens acceptent et que dautres refusent ces pages.
Mais encore une fois, il faut souligner que lArmée de Marie, dès quelle en a été informée, sest soumise au jugement de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi en cessant de vendre ces volumes.
c) «Les messages donnés à la voyante Ida Peerdeman»:
Les auteurs du rapport en sont encore à demander «une très grande réserve» au sujet des messages de la Dame de tous les Peuples, malgré louverture de lactuel Évêque de Haarlem qui rend caduque la Notification de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi publiée en 1974 pour interdire cette dévotion, car cette Notification était basée sur les réserves dun précédent Évêque de Haarlem.
Enfin, comment les auteurs du rapport peuvent-ils douter de la «fidélité totale à lenseignement officiel de lÉglise» quand lArmée de Marie a maintes fois démontré son obéissance face aux directives émanant tant de lArchevêché de Québec que de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur la propagation de cette dévotion?
d) «LArmée de Marie»:
Une liste des Congrégations romaines étant intervenues au sujet de lArmée de Marie est donnée par les auteurs du rapport qui mentionnent que les interventions de ces organismes «ont rencontré bien de la résistance chez les dirigeants de lArmée de Marie, certaines de ces interventions étant même qualifiées de "reniements de lÉglise".»
Au sujet des Congrégations romaines, est-il vraiment étonnant de lire ces propos dans le magazine LActualité du 1er mai 2000, sous la plume de Michel Arseneault: «Souvent perçue comme centralisatrice et éloignée de la réalité "pastorale", cest-à-dire duterrain, la curie (les fonctionnaires du pape) na pas toujours bonne réputation. Le pape lui-même a déjà demandé sa "profonde conversion", laissant supposer quil était insatisfait de ses services.»
Voici les actes que Marie-Paule a qualifiés de «reniements de lÉglise»:
1. Le décret du 4 mai 1987 du Cardinal Vachon révoquant la personnalité juridique accordée à lArmée de Marie par son prédécesseur, le Cardinal Roy (décret qui, ainsi quon la vu, na pas respecté les règles du Droit canonique).
2. La lettre du 25 mars 1988 du Conseil pontifical pour les Laïcs, entérinant le décret du Cardinal Vachon et y ajoutant même une nouvelle accusation fausse: «les fondements et les principes doctrinaux sur lesquels reposent les statuts, les enseignements et les activités de lArmée de Marie ne sont pas conformes aux enseignements de lÉglise et que les buts de lArmée de Marie ne correspondent donc pas aux buts des associations de fidèles prévus par le code de droit canonique». Or, les fondements de lArmée de Marie avaient été mentionnés par le Cardinal Maurice Roy dans son décret érigeant cette Oeuvre en association pieuse et ils nont jamais changé, et lenseignement de lArmée de Marie repose sur la doctrine de lÉglise. Le Conseil pontifical pour les Laïcs se rendait coupable dune double injustice: dabord pour avoir porté contre lArmée de Marie une accusation fausse, ensuite pour ne pas lui avoir permis de se faire entendre sur cette nouvelle accusation, contrairement au droit de lÉglise.
3. Le rejet de lappel de lArmée de Marie logé auprès du Tribunal suprême de la Signature apostolique, à Rome, par un décret du Congressus en date du 17 mars 1989, qui refusait dadmettre la cause à la discussion par les Juges.
Cest ici quil faut entrer dans la portée mystique de la vie de Marie-Paule si nous voulons comprendre cette expression de «reniements de lÉglise», qui nest en rien un manque de «fidélité absolue au Pape», ainsi que voudraient le laisser supposer les auteurs du rapport:
Le Seigneur avait prévenu Marie-Paule, dès 1958, quelle aurait beaucoup à souffrir de la part des prêtres: «CE SONT MES ÂMES SACERDOTALES QUI TE CRUCIFIERONT» sur ce message Il ajoutera plus tard: «MES PRÊTRES, CE SONT AUSSI MES ÉVÊQUES» (Vie dAmour VIII, p. 109) et Il lui dit: «MA MÈRE TE GUIDERA APRÈS TAVOIR FAIT GOÛTER À TOUTES LES SOUFFRANCES DE MA PASSION» (Vie dAmour I, p. 322). Et, parmi les souffrances de cette passion, Il lui avait aussi annoncé le reniement de son fils Pierre, annonce qui devait être comprise sur un plan mystique et symbolique. Cest lorsque la prophétie se réalise quon peut en comprendre la portée, et Marie-Paule a pu comprendre le sens de ces paroles uniquement après le triple rejet de lÉglise.
e) «Le statut des Fils de Marie dans lÉglise»:
Les propos des auteurs du rapport nous rappellent ici ceux tenus par le Commissaire pontifical, Mgr Cazabon... et perdent toute crédibilité lorsquon apprend la version des faits présentée par le Père Pierre, avec preuves à lappui, dans son article du Numéro spécial du 13 mai 2000 du Royaume.
Les auteurs du rapport doutent donc faussement quon soit «totalement fidèle au Pape».
AGIR
À loccasion du Grand Jubilé de lAn 2000, disent les auteurs du rapport, «il serait heureux que des pas nouveaux soient accomplis» (on retrouve ici une expression chère à Mgr Cazabon qui se disait «lhomme des petits pas...»). Et on suggère, comme «point de départ de cette démarche..., des actions qui sinspirent de la lettre du 16 mars 1981 deM. le cardinal Maurice Roy»... Le hic, cest que le Cardinal Roy est revenu par la suite sur les demandes posées dans cette lettre, ayant eu les explications jugées suffisantes pour avoir raison de ses craintes.
a) «Les fidèles»:
Les auteurs du rapport sont tout à fait injustifiés de suggérer de mettre en application, pour les fidèles, les demandes que faisait le Cardinal Roy dans sa lettre du 16 mars 1981 car, comme on la déjà exposé, ces demandes ne correspondaient même plus à la pensée du Cardinal Roy quelques jours après lenvoi de cette lettre au Père Philippe. Alors, cest bien à tort quon sy réfère encore.
Les auteurs du rapport citent ensuite les paroles du Cardinal Vachon accusant lArmée de Marie de propager «une doctrine gravement erronée» au sujet de la Vierge Marie; puis ils citent une opinion de «la Commission théologique du Congrès mariologique internationalde Czestochowa (1995) [qui] a rendu publique une déclaration, accompagnée dune Note de lAcadémie pontificale mariale internationale... [qui] arrivent à la conclusion que la définition des titres marials de "Médiatrice", "Corédemptrice" et "Avocate" que certains souhaitent attribuer à la Vierge Marie nest pas opportune parce que les titres apparaissent ambigus et que les doctrines qui leur sont relatives ont encore besoin dun approfondissement ultérieur».
Ce raisonnement va à lencontre de la pensée du Cardinal Newman exposée par J.-H. Walgrave, o.p., dans son ouvrage Newman, Le développement du dogme (Cahiers de lActualité religieuse, Casterman, Tournai, Belgique, 1957). Le Père Walgrave écrit: «Les idées vivent dans lesprit, non dans un texte. Il faut donc se demander si le texte dévoile à lesprit toute sa richesse demblée, ou graduellement... La révélation a été donnée, conformément au plan divin, comme un germe devant sépanouir au cours des siècles... Nous voyons ainsi la véritable théologie dogmatique croître graduellement, dans la mesure où elle sabandonne avec amour à la contemplation des réalités surnaturelles» (pp. 268, 143, 144).
Si donc la théologie dogmatique se dévoile graduellement, cest que pourra subsister plus ou moins longtemps une incompréhension relativement aux vérités de foi proclamées dans les dogmes. Cest bien ce que démontre lhistoire de lÉglise alors quon verra saint Bernard nier à la Vierge Marie le privilège de lImmaculée Conception, ou encore les Dominicains de la Minerve, à Rome, prier avec ferveur, la veille de la proclamation du dogme, pour quon ne reconnaisse pas lImmaculée Conception de Marie.
Et aujourdhui, on voit les auteurs du rapport enjoindre les fidèles à ne pas «marcher à la suite de ceux qui déclarent adhérer entièrement au magistère de lÉglise mais qui diffusent des écrits qui séloignent de ce magistère»... Mais, en réalité, sen éloignent-ils vraiment? Les écrits de Vie dAmour sont accueillis favorablement par certains théologiens et rejetés par dautres. Les fruits de conversion et dédification spirituelle dont ils sont la source ne prêchent-ils pas en faveur de leur authenticité spirituelle? Soulignons deux témoignages parmi des centaines:
Un psychologue et professeur à lUniversité de Montréal, M. Jean-Marcel Gaudreault, sest donné la peine de lire Vie dAmour avec un oeil critique et cette étude la conduit à écrire une très belle appréciation qui a été publiée dans le numéro 84 du Royaume (novembre-décembre 1991), marquant ainsi le début dune collaboration étroite avec lArmée de Marie sur laquelle il aura par la suite des lumières spéciales.
Il y a quelques années, un avocat et sociologue de renommée internationale dont noustaisons pour le moment le nom afin quon ne lui nuise pas sest lui aussi penché sur Vie dAmour. Il a retiré de ces livres un si grand bienfait spirituel quil a offert à Marie-Paule un billet de 100 $ US afin quelle puisse donner la collection à une personne qui ne pouvait se loffrir.
Le poids de tels témoignages nexcède-t-il pas le poids des études biaisées faites par des personnes déterminées à détruire une Oeuvre quelles ne comprennent pas?
b) «Les responsables de lArmée de Marie»:
Les auteurs du rapport accusent les responsables de lArmée de Marie «dattiser la fournaise du conflit» en publiant «sous couvert décrits mystiques ou spirituels [des] opinions qui ne font pas partie du dépôt de la foi», ce qui «nest pas de nature à édifier le Corps du Christ»...
Georges Suffert, auteur dun livre tout récent sur lhistoire de lÉglise, dit des saints que «ce sont eux qui rythment lhistoire de lÉglise. Eux, qui la font respirer. Mais leur apparition est à chaque fois imprévisible, quasi anarchique. Ils surgissent là où personne ne les attend... On dirait comme des petites lumières qui sallument quelque part sur ce monde noir...» (interviewé dans France Catholique, numéro du 28 avril 2000).
Cest cela: les saints dérangent... on les taxe dhérésie... on les combat... on les condamne (tel Padre Pio condamné cinq fois par le Saint-Office)... on les tue parfois (telle Jeanne dArc morte sur un bûcher, condamnée par lÉvêque Cauchon)... Mais tôt ou tard, on réalise quils avaient raison et on comprend lopportunité de leur mission et leur contribution à lédification de lÉglise du Christ.
On reproche à lArmée de Marie de poursuivre «une guérilla littéraire qui sape lautorité et sème le doute sur le ministère pastoral de plusieurs évêques, [ce qui] nest pas une bonne manière de manifester le respect envers "le Pasteur suprême et les autres Évêques".»
Comment peut-on reprocher à des personnes accusées faussement et qui ne peuvent se défendre face à leurs accusateurs (ceux-ci refusant de leur accorder la parole) de recourir au seul moyen quils ont pour se défendre et faire connaître la vérité, cest-à-dire le journal Le Royaume, afin dau moins informer et rassurer les membres de lOeuvre en démontrant la fausseté des accusations lancées ici et là contre lOeuvre et qui rejaillissent sur eux?
Ces rectifications des faits ne sont en aucun cas un manque de respect: les Dirigeants ont toujours montré et demandé aux membres le plus grand respect pour les Autorités et aussi pour leurs adversaires.
Les auteurs du rapport écrivent: «Cest une lourde responsabilité envers des fidèles du Christ que de les entraîner dans cette impasse comme une sorte de Titanic fonçant à pleines turbines vers le glacier.» Limage du Titanic devrait être appliquée à une autre réalité: celle du monde «fonçant à pleines turbines» vers sa perte pour ne pas vouloir suivre les directives sages et éclairées de lÉglise telles que nous les transmet Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II qui, en ces heures si sombres, semble porter le monde sur ses épaules, et cela bien seul...
Le rapport reproche ensuite à lArmée de Marie son manque de transparence, «notamment [dans] le domaine [des] affaires temporelles» ... Quand le Cardinal Roy a demandé aux Dirigeants le bilan consolidé de lArmée de Marie, pour la première fois en 1981, ce document lui a été transmis par courrier recommandé, de même que les deux années suivantes. En 1984, cest le Cardinal Vachon qui faisait la même demande,écrivant à Marie-Paule que ces bilans navaient pas été présentés annuellement... Qui donc, à lArchevêché, avait retenu ces bilans financiers qui, après recherche, sont demeurés introuvables? Car le Cardinal Roy avait bien reçu ces documents, lui-même ou ses collaborateurs layant confirmé à Marie-Paule. Du côté de lArchevêché, on devrait sinterroger sur une telle disparition...
Puis, le 6 novembre 1984, au cours dune rencontre demandée par Mgr Marc Leclerc, Évêque auxiliaire à Québec, avec Marie-Paule et les Pères Denis et Victor, Mgr Leclerc exige de recevoir une copie de nos contrats dachat de terrains à Lac-Etchemin. Trois jours plus tard, les cinq membres du conseil dadministration sopposent à la transmission à lArchevêché dune copie de ces contrats et il est proposé de sinformer à Rome pour connaître les exigences du Droit canonique à ce sujet.
Le Père Denis, qui est à Rome, sinforme donc et transmet le 10 novembre la réponse dun docteur en Droit canonique, qua confirmée un Cardinal: «Une distinction doit être faite entre une Association pieuse et la Corporation civile [lArmée de Marie avait été érigée en Corporation civile à la demande du gouvernement canadien]. LÉvêché na pas le droit de se mêler des affaires de la Corporation. LArmée de Marie est bien une association privée.» (Vie dAmour, Appendice I, pp. 252-253.)
Quand donc les Autorités religieuses du diocèse de Québec exigent des informations sur les finances de lArmée de Marie, elles font preuve dingérence et leurs demandes sont tout à fait injustifiées.
c) «Les Fils de Marie»:
Encore une fois, il est question du Commissaire pontifical avec lequel les auteurs du rapport souhaiteraient une collaboration «sereine et active»... Le texte déjà mentionné du Père Pierre explique en long et en large pourquoi une telle collaboration ne peut absolument pas sétablir, et non par la faute des Fils de Marie qui ont plus dune fois été trahis et trompés par le Commissaire, Mgr Cazabon. Ce nest pas une question de «sentiments» éprouvés par les Fils de Marie mais bien plutôt de grave manque de transparence de la part de Mgr Cazabon.
d) «Les responsables dÉglise»:
«Pour les responsables dÉglise, lit-on dans le rapport, protéger le dépôt de la foi et garder lunité de lÉglise sont des tâches essentielles dont laccomplissement savère ici dune particulière difficulté. Peut-être y a-t-il eu en certaines instances des erreurs de parcours dans les décisions passées; il faut maintenant que le lien de communion entre évêques dans le même service dÉglise vienne permettre daplanir les obstacles. Il y va du bien spirituel des diocésains (...); cette responsabilité revêt une importance spéciale envers ceux et celles qui veulent répondre à des appels à la vie sacerdotale ou religieuse.»
Cest tout de même incroyable quon ne cesse de se réclamer de la collégialité épiscopale pour exiger que tous les évêques aient le même discours... Si tel avait été le cas au cours de ces 2000 ans dhistoire de lÉglise, bien des Oeuvres combattues en certains diocèses, et qui ont pu fleurir pour lÉglise auprès dÉvêques plus compréhensifs et ouverts aux voies surnaturelles, napporteraient pas aujourdhui leur richesse à la communauté chrétienne tout entière. Quon pense à la communauté des Petites Soeurs de la Sainte Famille, rejetée au Nouveau-Brunswick et accueillie par lÉvêque de Sherbrooke, Mgr Paul LaRocque... Aujourdhui, cest Mgr Eugène P. LaRocque, Évêque dAlexandria-Cornwall, en Ontario, qui prend la défense de lArmée de Marie que veut détruire lépiscopat du Québec!
Nos Évêques exigent la collégialité épiscopale. Respectent-ils, eux, ce quils exigent? Nont-ils pas frappé deux Évêques qui allaient procéder à lordination du Frère Stéphane Gamache, jeune homme sérieux et dexcellente famille ayant oeuvré dans le diocèse de chacun de ces deux Évêques qui le connaissaient donc très bien ce qui nétait pas le cas pour nos Évêques québécois qui ne pensaient quà détruire la Communauté par des complots de toutes sortes pour boycotter, contrecarrer, nuire, en inventant et en accusant sans jamais fournir de preuves.
La collégialité est-elle un principe à sens unique, dans le but de servir les desseins dun certain groupe seulement? Cest pourquoi on ne reconnaîtrait pas la communion avec Rome? Car il est notoire que certains de nos Évêques prétendent que le Pape na rien à voir dans les affaires de leur diocèse... Deux poids, deux mesures!
CONCLUSION
Nous appuyons les conclusions du rapport de lAn 2000:
«En cette année jubilaire, que lEsprit du Seigneur nous aide à bien comprendre la situation de lArmée de Marie, à bien peser le poids des événements, à choisir les bonnes actions et à les mettre en oeuvre avec pour seule préoccupation de faire advenir les cieux nouveaux et la terre nouvelle en construisant lÉglise du Christ, et rien dautre.»
Oui, nous désirons contribuer à lédification de lÉglise que le Christ a fondée il y a près de 2000 ans, dans une grande fidélité au Saint-Père et aux évêques en communion de foi avec lui, sûrs que, malgré la lutte qui sabat sur lÉglise, «les portes de lenfer ne prévaudront pas contre elle» et cela grâce à lImmaculée qui a prédit Son triomphe à Fatima: «À la fin, Mon Coeur Immaculé triomphera.»
«À propos de lArmée de Marie» (Mgr Couture)
Dans sa note introduisant le rapport quil a commandé sur lArmée de Marie, Mgr Couture revient également sur certains faits quil vaut la peine de commenter:
«Depuis que Rome a confirmé la décision de mon prédécesseur, M. le cardinal Louis-Albert Vachon, de retirer à lArmée de Marie sa reconnaissance comme "association approuvée par les autorités de lArchidiocèse de Québec"...»
Mgr Couture fait sans doute ici référence à la lettre du 25 mars 1988 du Conseil pontifical pour les Laïcs, lettre entachée, on la vu, de graves irrégularités sur le plan canonique. (Il ne peut sagir de la décision du Tribunal suprême de la Signature apostolique qui a simplement rejeté lappel logé par lArmée de Marie contre le décret du Cardinal Vachon.)
«... jai cru bon dadopter une attitude de réserve à lendroit du mouvement. Cette discrétion, voulue dabord par souci dapaisement...»
Alors que, dès sa nomination à la tête de lArchidiocèse de Québec, Marie-Paule lui adressait une lettre toute déférente qui aurait pu être louverture à un fructueux dialogue, Mgr Couture na jamais daigné ne serait-ce quaccuser réception de cette lettre. Cette «attitude de réserve» était-elle réellement dictée «par souci dapaisement»?
«[Cette discrétion]... simposa encore davantage lorsque les Autorités romaines, cherchant à donner un statut ecclésial aux Fils de Marie, décrétèrent une visite apostolique auprès de ce groupe de prêtres rattachés à lArmée de Marie. À cet effet, MgrGilles Cazabon, évêque de Saint-Jérôme, poursuit cette mission avec le ferme appui du Saint-Siège, à titre de commissaire pontifical.»
Si nos Autorités religieuses, au Québec, ont continué à user de «discrétion» après ces nominations romaines, cest quelles ont continué à agir dans lombre (dans la discrétion la plus voulue) pour nuire à lArmée de Marie, que ce soit en essayant dempêcher lescérémonies de lOeuvre dans les grandes basiliques européennes à loccasion de nos pèlerinages, que ce soit pour nuire au développement de la communauté des Fils de Marie en faisant des représentations et même des représailles auprès dÉvêques à travers le monde, que ce soit par tant dautres moyens indignes.
«Cependant, des développements survenus dans les limites du diocèse de Québec, notamment à Lac-Etchemin, me contraignent à rompre le silence, sans que je veuille interférer dans ce qui relève de la compétence de Mgr Cazabon, et, sur un autre plan, de celle de la Conférence des évêques catholiques du Canada en lien avec les Dicastères romains concernés.»
Bien que toute cette lutte prenne sa source à lArchevêché de Québec, cest Mgr Cazabon qui, au Québec, porte lodieux de la démarche pour briser la Communauté des Fils de Marie et cest la Conférence des évêques catholiques du Canada qui portera lodieux de la démarche visant à accuser lArmée de Marie de ne plus être catholique. Quant à lui, Mgr Couture «se limite» à attaquer la construction de limmeuble Spiri-Maria:
«Je dois, en effet, pour répondre aux questions des diocésains et diocésaines, spécialement aux paroissiennes et paroissiens de Sainte-Germaine, et pour remplir mon devoir de vigilance pastorale, rappeler les dispositions du Droit de lÉglise qui sappliquent à la "maison de retraite" érigée à Lac-Etchemin sans lautorisation de lÉvêque.
«Cest lobjet de la "note à caractère disciplinaire" qui a été signifiée aux responsables de lArmée de Marie, et dont le texte suit.»
Parmi les «paroissiennes et paroissiens de Sainte-Germaine» se trouve une dame, proche relation dune autre demoiselle qui travaille dans une grande «discrétion» (du moins la plupart du temps) contre lArmée de Marie, Mlle Odette Beaudoin, de Cornwall en Ontario, et qui se dit intime avec plusieurs Évêques et même avec le Préfet dune Congrégation romaine impliquée dans le dossier de lArmée de Marie. Et cette dame, qui demeure tout près de Spiri-Maria, ne se gêne pas pour montrer son hostilité envers lOeuvre et ses membres!
Tant mieux si ce sont des motifs de «vigilance pastorale» qui motivent Mgr Couture. Mais en réponse à la «Note dordre disciplinaire relative à létablissement de la Maison Spiri Maria à Lac-Etchemin», que lArchevêque publie dans Pastorale-Québec à la suite de son texte, Marie-Paule lui avait répondu ceci, dans sa lettre du 17 avril 2000:
«Devons-nous oublier que Dieu, dans Sa grande liberté et la liberté si belle quIl laisse aux êtres humains, est au-dessus de nous et quil Lui arrive de passer à travers toutes les barrières établies par les hommes, surtout quand lÉglise est en état de crise et quil sagit du salut des âmes? Précisément, le Code de Droit canonique stipule dans ladministrationdes mille sept cent cinquante-deux (1752) lois établies de ne jamais "perdre de vue le salut des âmes qui doit toujours être dans lÉglise la loi suprême». Cette simple réponse est en référence au Droit canon soulevé dans la lettre de Votre Excellence.»
«LArmée de Marie, oui; Marie-Paule, non»
«LArmée de Marie, oui; Marie-Paule, non»: ce sont des paroles prononcées maintes fois par des prêtres et Autorités religieuses, les mêmes qui exigent la collégialité et, pour certains, qui iront jusquà ourdir des plans odieux pour détruire des Évêques qui auront osé se montrer bienveillants envers la Communauté des Fils de Marie... On ne sattendrait pas à de tels agissements de la part de gens dÉglise, mais cest bien la triste réalité.
Ce sont nos Évêques qui ont attisé la lutte contre nous auprès des Congrégations romaines, si bien que, excédé des représentations des Autorités religieuses du Québec contre nous, un représentant dune Congrégation a répondu un jour à lun de nos Évêques: «Allons-nous lutter maintenant contre ceux qui respectent le Droit canon?» (Vie dAmour, Appendice III, p. 20.)
Paroles très révélatrices de la situation qui prévaut au Québec: lArmée de Marie respecte le Droit canonique. On ne peut en dire autant de certains milieux religieux du Québec où on distribue généreusement les absolutions collectives; où on a abandonné le port de lhabit religieux ou clérical; où lon encourage les laïcs à occuper certaines fonctions normalement réservées au prêtre lors de célébrations liturgiques; où on exprime des propos malveillants contre le Saint-Père, cet homme qui aura orienté de façon importante le destin du monde en la fin du XXe siècle, tant sur la scène politique que religieuse, et pourtant contesté par bon nombre de catholiques, comme on pouvait le lire dans léditorial du magazine LActualité, numéro du 1er mai 2000, de Luc Chartrand:
«On évoque désormais la possibilité de sa démission (...). Curieusement, un tel départ soulagerait bon nombre de catholiques qui nont jamais caché leur malaise de vivre dans lÉglise de Jean-Paul II. Au Québec comme dans dautres provinces de lOccident chrétien, il y a des théologiens, des laïcs et des membres de congrégations qui ont abhorré son autorité. On les trouve partout, notamment chez les Dominicains, les Jésuites et les Oblats. Parmi ces "libéraux", beaucoup réclament laccès au sacerdoce aux femmes, lordination des hommes mariés, louverture à lhomosexualité et des assouplissements sur lavortement.»
Effectivement, certains de nos théologiens disent que le Pape devrait se retirer, non seulement pour le bien de lÉglise mais pour son propre bien; on dit quil a fait du Jubilé de lAn 2000 le «Jubilé de Jean-Paul II» en voulant attirer davantage lattention sur sa personne que sur le Christ. Et le Saint-Père est bien au fait du vent dopposition qui souffle contre lui. À des jeunes qui lui disaient: «Nous vous aimons, Très Saint-Père!», il a répondu, comme perdu dans ses pensées: «Chi lo sa?» («Qui sait?»)
Ce contexte antipapal pourrait expliquer lindication donnée par le Seigneur à Marie-Paule lorsquIl lui a appris quavait eu lieu la fondation de lArmée de Marie, au cours de la journée de prière de lÉquipe Mariale à Lac-Etchemin: «LARMÉE DE MARIE SE RECONNAÎTRA À CE SEUL SIGNE: SA FIDÉLITÉ À ROME ET AU PAPE.»
Cest que le Pape lui-même allait se trouver au coeur dune controverse, devenir un signe de contradiction et une pierre dachoppement pour ceux qui voudraient modeler une Église à leur visage, sans respect pour lorientation donnée par Son Fondateur, le Christ, qui avait déclaré à Soeur Faustine Kowalska (canonisée par le Pape Jean-Paul II le 30 avril 2000): «De la Pologne sortira létincelle qui préparera le monde à mon ultime venue» (Petit journal de Soeur Faustine, n° 1732).
«LArmée de Marie, oui; Marie-Paule, non.» Si les fruits sont bons, pourquoi vouloir couper larbre lArmée de Marie qui les produit? Cest quon ne désire pas non plus ces fruits dont on est obligé de reconnaître quils sont bons, et quen coupant larbre les fruits disparaîtront aussi.
Non, le problème ce nest pas lArmée de Marie ni la Communauté des Fils de Marie; le problème, cest que les «démolisseurs», même si cest inconsciemment quils remplissent leur funeste rôle, ne veulent pas des groupes fidèles à lÉglise et à son Magistère.
Ce nest pas facile dêtre fidèle à lÉglise et au Pape lorsque lAutorité placée entre ungroupe et Rome ne reflète plus lidéal du Saint-Père et que, sous couvert de «souci pastoral», on dit sinquiéter des fidèles, mais quon na jamais eu la sollicitude pastorale qui devrait inciter au dialogue avec la Fondatrice dune Oeuvre internationale et dune communauté religieuse qui présentent un bel espoir pour lÉglise.
Jamais un tel dialogue na été favorisé ni même désiré par le Cardinal Vachon (qui na jamais rencontré Marie-Paule personnellement ni ne la interrogée au sujet de sa mission). Jamais Mgr Maurice Couture na rencontré Marie-Paule. Et lors dun voyage de Marie-Paule à Rome, alors que je laccompagnais ainsi que M. labbé Lionel Mélançon, jai été témoin de lattitude dédaigneuse à son égard de la part de Mgr Bernard Hubert, alors Évêque de Saint-Jean-Longueuil, et de sa suite:
À laéroport de Mirabel, avant lembarquement, M. labbé Mélançon sétait approché de Mgr Hubert pour se présenter et lui dire quelques mots. Dans lavion, labbé Mélançon est allé plus tard parler à Mgr Hubert et il lui a proposé dadresser quelques mots à Marie-Paule, mais lÉvêque a refusé catégoriquement. Lorsque labbé apprendra sa démarche à Marie-Paule, celle-ci sera très déçue de cette initiative, nayant jamais voulu simposer aux Autorités religieuses! Mais il sest trouvé un autre Évêque, de rite catholique oriental (Responsable de léparchie de Winnipeg), assis quelques bancs en avant de nous dans lavion, qui a daigné échanger avec labbé Mélançon et adresser quelques mots bienveillants à notre Fondatrice. Cétait le deuxième Évêque qui, tout en ne faisant pas partie de notre rite religieux, manifestait de lintérêt pour lArmée de Marie, le premier étant un Évêque orthodoxe de Beauport qui avait voulu ouvrir les portes de son Église à lArmée de Marie alors rejetée par lArchidiocèse de Québec.
Lattitude de nos Évêques a de quoi surprendre à notre époque où on ne cesse dexalter limportance et les vertus du dialogue, dans tous les secteurs de la société de même quentre les membres de différentes confessions religieuses.
Mais «aux grands maux, les grands moyens»: pour sauver lÉglise, le Seigneur sest adressé à une humble femme qui naurait jamais souhaité sortir de lombre et du silence; Lui et Sa Mère lont formée par la souffrance et lont toujours prévenue des coups qui allaient sabattre sur elle, et plus tard sur lOeuvre quIls lui confieront, lui indiquant comment passer à travers tout.
Et les adversaires savent que Marie-Paule dispose dune «télévision en circuit fermé» que de fois elle les a «vus», à distance, se moquer delle ou échafauder leurs plans pour nuire à lOeuvre. Marie-Paule décrivait ces scènes aux prêtres collaborateurs et immanquablement lun deux, peu après, était à même de lui confirmer lauthenticité de ce quelle avait «vu».
Les nombreux charismes de Marie-Paule et le fait que, souvent par laction de Dieu, elle sait beaucoup de choses, font delle, pour certains personnages plus obscurs, une personne dangereuse. Mais pour les âmes droites et simples, sa présence est une lumière réconfortante dans lobscurité qui gagne toujours plus ce monde.
Quel long texte... Mais pouvait-on ne pas relever toutes les erreurs contenues dans le dernier document publié par lArchevêché de Québec contre lArmée de Marie? En soulignant que, lors de toutes les procédures entreprises contre lArmée de Marie à quelque niveau que ce soit dans lÉglise, on lui a systématiquement nié son droit fondamental de se faire entendre, ce qui est contraire au Droit de lÉglise tel quexposé par le Cardinal Joseph Ratzinger: «dun point de vue purement juridique, personne ne peut être condamné sans procès et sans avoir été auparavant entendu» (propos rapportés par André Castella dans la revue Stella Maris n° 349, p. 11).
À lhistoire maintenant de juger cette affaire qui aura marqué la vie de lÉglise de façon indélébile, à laube des temps nouveaux que préparent Dieu et lImmaculée pour Leur peuple.
19 mai 2000
Sylvie Payeur-Raynauld
1. «Controverse: discussion suivie sur une question, motivée par des opinions ou des interprétations divergentes» (Petit Larousse illustré 2000).
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