Une bienfaitrice
de la
chapelle de la Dame de tous les Peuples
En 1998, le projet Spiri-Maria prit forme: deux maisons de laïcs et de religieux(ses), unies par une chapelle où le Saint Sacrement serait exposé jour et nuit.
De quelle manière allait être défrayé le coût de ces constructions? L'Armée de Marie et ses Oeuvres connexes, ainsi que les divers ateliers, religieux ou profanes: Pèlerinages Mariam, Le Royaume, Vie d'Amour, etc., les héritages de 200 000 $ environ chacun, laissés par Lucienne et Gérard Poulin, le Père Philippe Roy et Raoul Auclair, écrivain, en vue de leurs pavillons (et dont, en attendant ces constructions, leurs biens mobiliers seraient en montre dans ces maisons) allaient se joindre aux dons de nos bienfaiteurs pour permettre, en un premier temps, la construction des deux ailes habitables. La chapelle allait être construite lorsque les fonds le permettraient. Telle était la pensée de Mère Paul-Marie et de ses collaborateurs, selon la ligne de conduite dans l'Oeuvre qui consiste à ne jamais faire de dettes.
Or la construction de la chapelle est devenue possible par l'héritage de Mademoiselle Aurore Pelland qui a laissé cinq cent mille dollars «pour l'Oeuvre de la Dame de tous les Peuples», répétait-elle. Qui était Aurore Pelland? Ayant pris quelques notes au fil des jours, voici ce que Mère Paul-Marie écrit:
AURORE PELLAND
Feue Aurore Pelland |
J'ai connu, il y a plus de vingt ans, une famille Pelland, venue à l'une de nos célébrations religieuses. Aurore, parmi ses soeurs, a attiré mon attention. Une correspondance sporadique nous liait. Elle vivait alors avec son père et ses trois soeurs. Comme elle venait à nos fêtes, je pouvais saluer Aurore, mais j'ignorais la valeur hautement spirituelle de cette famille si généreuse.
Aurore était la dernière d'une famille de dix-huit enfants dont les huit premiers sont morts en bas âge. Ses parents, cultivateurs, avaient pourvu à l'instruction de tous leurs enfants et tous étaient bien placés. De plus, ils avaient adopté d'autres enfants et ont fait instruire deux jeunes gens appelés au sacerdoce. Étant à Rome, après leur ordination, ces deux nouveaux prêtres reçurent de Sa Sainteté Pie X un beau crucifix pour remettre à M. et Mme Pelland, en reconnaissance pour avoir favorisé leurs études en vue du sacerdoce.
La famille ne se pavanait pas dans le luxe. Au contraire, les pauvres, les oeuvres et l'église ne cessaient de bénéficier de leurs largesses. Aurore a été ainsi formée à la générosité, au sacrifice et au renoncement: une grave maladie, survenue vers l'âge de 40 ans, la contraignit à s'éloigner de sa famille et à rester immobile pendant plus de deux ans.
De santé fragile, Aurore ne se permettait aucun voyage ni pèlerinage, contrairement à ses soeurs, car elle ne voulait pas que sa santé défaillante devienne un fardeau pour les autres.
Quand la Maman mourut, il fut demandé à Aurore de prendre soin de son père atteint d'un cancer. Elle quitta son emploi et voyait à toutes les exigences familiales, alors que ses trois soeurs, demeurées célibataires comme elle, gagnaient bien leur vie.
Après la mort de son père, Aurore demandait à Dieu de mourir la dernière, afin de bénéficier de l'héritage de chacune de ses soeurs en vue des Oeuvres de la Dame de tous les Peuples. Elle assista chacune d'elles jusqu'à leur mort. Riche de leur héritage, Aurore vivait comme la plus pauvre des pauvres. Elle raccommodait ses vêtements, n'avait pas d'autre vie sociale que les sorties pour l'Église ou les réunions de l'Armée de Marie.
Ayant plus de quatre-vingts ans, elle décida de quitter Montréal pour venir habiter au Pavillon Notre-Dame-de-Fatima, à Lac-Etchemin, comme Oblate. Sa générosité, tout en étant discrète, était sans bornes, tant pour les missionnaires que pour les paroisses, les prêtres, le Pavillon, les Oeuvres, etc. C'est à cette époque qu'elle a demandé à André Bélanger, notre comptable, d'être son exécuteur testamentaire. C'est à ce moment que nous avons appris que cette personne, qui vivait comme une pauvresse, avait légué ses biens à l'Armée de Marie.
À quatre-vingt-douze ans, autonome, ayant sa pleine lucidité, elle dut être hospitalisée, ce qui lui enleva sa vitalité physique. À cette occasion, sortant du CHUL (Centre hospitalier de l'Université Laval), à Québec, nous lui avons ouvert notre coeur et notre maison à Québec, afin qu'elle soit plus près de son spécialiste.
En arrivant à Québec, elle répéta à André Bélanger qu'elle voulait tout donner à l'Oeuvre: «Oui, pour la Dame de tous les Peuples, faites tout ce que vous voudrez.» Quel coeur tout donné, sa vie durant!
Aurore est restée avec nous pendant deux mois. Arrivée au Centre de l'Armée de Marie, à Québec, le 18 décembre 1998, elle a supporté un cancer d'intestin sans se plaindre. Il suffisait de lui parler du petit Jésus de Prague pour la voir sourire de joie, de bonheur. Elle s'est éteinte dans la soirée du dimanche 28 février 1999, à 19h50, dans le calme et la paix, ayant été parfaitement lucide jusqu'à la fin. Elle avait 92 ans et 7 mois, quand elle est partie pour aller moissonner le fruit de tous ses dons si généreux qu'elle a, comme ses parents, multipliés sans compter au cours de sa vie.
Marie-Paule
Craintive de nature, Aurore avait peur de mourir, mais le souvenir d'un rêve fait à l'âge de neuf ans et gravé dans sa mémoire l'apaisait et la remplissait de joie: alors qu'elle était petite et seule, la Sainte Vierge était venue la chercher pour l'emmener au Paradis… Elle aimait interpréter son passage au Centre de l'Armée de Marie à la lumière de ce rêve…
Soeur Chantal Buyse
