RÉVÉLATION D’HIER ET D’AUJOURD’HUI

par Marc BOSQUART

Il était clair, depuis bien des années, que jamais, dans le contexte actuel, l’Église catholique ne reconnaîtrait l’authenticité de la mission de Marie-Paule et n’accepterait de voir des milliers de ses membres y trouver le renouveau d’espérance et de foi qu’elle-même, en tant qu’institution bien établie, ne peut pas leur donner.

Pourquoi ne le peut-elle pas? Parce que le Plan global de Dieu pour le monde a progressé d’un pas que l’Église a d’autant plus de mal à franchir qu’elle a décrété qu’il n’y en aurait plus. Pourtant, l’humanité d’aujourd’hui, sans le savoir encore, est «mûre» pour une foi plus vaste et une espérance plus concrète que celles des religions traditionnelles, aujourd’hui sur le point d’être intégralement renouvelées.

Révélation d’hier et révélation d’aujourd’hui

L’Église n’est pas dirigée seulement par des personnes attentives au caractère tout à fait particulier de notre temps, mais le serait-elle que cela n’y changerait probablement pas grand-chose : de par sa nature même, et considérée dans son ensemble, elle ne peut pas plus reconnaître la Co-Rédemptrice en Marie-Paule que le judaïsme ne pouvait jadis reconnaître le Rédempteur en Jésus-Christ.

Pourquoi ne le peut-elle pas? Pour plusieurs raisons, dont la première est qu’elle n’attend pas de Co-Rédemptrice et ne voit pas la nécessité de quelque intervention divine ou Co-Rédemption que ce soit. Bien au contraire, elle a statué que Dieu avait tout révélé jadis et lui avait tout confié. Dès lors, elle est convaincue d’être à tout jamais la gestionnaire d’un fonds inaltérable.

Cela n’est pas faux : l’Église est bien la principale institution chargée de gérer la révélation du mystère de Dieu. Le problème est que, par Marie-Paule, se révèle aujourd’hui le mystère de l’Immaculée, la divine Épouse de Dieu. Comme l’Église a fermé la porte à toute révélation nouvelle, elle s’est mise elle-même en situation de devoir en laisser la gestion à quelque autre institution.

Plus encore : le mystère de l’Immaculée, pour distinct qu’il soit de celui de Dieu, lui est très intimement lié. Les deux révélations sont aussi complémentaires entre elles que le sont en réalité Dieu et l’Immaculée, sa divine Épouse. Et c’est ainsi que la révélation du mystère de l’Immaculée projette, sur le mystère de Dieu lui-même, un éclairage à bien des égards tout à fait nouveau.

L’Église a magnifié Marie par un culte admirable et différents dogmes. Il est regrettable –et l’inévitable peut être regrettable– qu’elle se prive à présent du plein épanouissement du mystère de l’Immaculée. Si c’était tout! Mais, jouant son rôle jusqu’au bout, l’Église inflige à l’Envoyée de Marie (et de Dieu) le même traitement qu’avait dû subir l’Envoyé de Dieu qui l’a fondée jadis.

Bien sûr, on peut imaginer d’autres dénouements, comme un assaut de grâce divine ouvrant les yeux de quelques autorités bien placées. Mais la grâce elle-même se soumet au Plan de Dieu non moins qu’à la liberté des hommes et, de toute façon, Dieu ne pense absolument pas comme nous, sachant bien qu’Il peut toujours compter sur ses ministres pour condamner ses envoyés.

La foi nouvelle d’hier: croire en Jésus-Christ

Les premiers Chrétiens ne se percevaient pas et ne se définissaient pas comme allaient le faire ceux des siècles ultérieurs. Aujourd’hui en effet, et depuis longtemps, les Chrétiens se distinguent très nettement des Juifs. Ils reconnaissent la filiation du judaïsme et du christianisme, mais ils ont eu tout le temps qu’il fallait pour acquérir une identité propre et bien définie.

Il n’en allait pas ainsi au tout début de l’ère chrétienne: les premiers Chrétiens ne sedistinguaient pas aussi catégoriquement des Juifs. Pour la bonne raison qu’ils étaient eux-mêmes de vrais Juifs, mais des Juifs qui croyaient à quelque chose de plus: que le Dieu d’Israël s’était donné un Fils en la personne de Jésus-Christ et que Celui-ci était mort et ressuscité pour le salut de l’humanité.

Que les premiers Chrétiens se sentissent Juifs est tellement vrai que ce n’est pas eux qui ont pris l’initiative de la rupture, mais les Juifs eux-mêmes: ils ont rejeté les Chrétiens, les ont lapidés, chassés des synagogues et mis au ban de la société. Les Juifs ont ainsi contraint les Chrétiens à s’organiser en marge du monde juif, au point même que le Centre du monde s’est déplacé de Jérusalem à Rome.

Une autre foi nouvelle : croire aussi en Marie-Paule

Il ne faudrait pas sous-estimer ce qui se passe à l’heure actuelle et le Centre du monde pourrait bien être à nouveau tenté d’aller s’établir ailleurs. Après tout, ceux qui voient en Marie-Paule une Envoyée de Dieu sont de vrais Chrétiens, mais des Chrétiens qui croient à quelque chose de plus: que l’Immaculée, la divine Épouse de Dieu, s’est donné une Fille en la personne de Marie-Paule.

Ils croient aussi que Marie-Paule, à titre de Co-Rédemptrice, vient accomplir, de la Rédemption totale de l’humanité, la part que le Rédempteur lui a laissée. La preuve qu’il reste du travail à faire est que la Terre n’est pas et n’a jamais été le Paradis qu’elle va cependant devoir devenir. On ne peut pas demander à Dieu pendant deux mille ans que son Règne vienne et ne pas en vouloir quand, par Marie-Paule, Il est prêt à nous le donner.

L’Histoire se répète, et se répète même avec une troublante évidence. Ainsi, nous qui croyons en l’authenticité de la mission de Marie-Paule aujourd’hui (nous y voyons même l’aboutissement de l’histoire de l’Église, ainsi que la mission de Jésus-Christ était celui de l’histoire d’Israël), nous sommes cependant de vrais Chrétiens. Nous sommes même des catholiques, authentiques et convaincus.

Par exemple, et pour ma part, il n’y a pas un dogme de l’Église auquel je ne croie, pas un point des deux Testaments que je n’accepte, pas un sacrement dont je ne reconnaisse la valeur et la surnaturelle efficacité, pas un saint que je ne vénère et pas un lieu de culte que je ne respecte. Et je sais que cela vaut pour nous tous qui croyons en Marie-Paule. Encore une fois : nous sommes des catholiques.

Et, catholiques, il n’est pas certain que nous ne le soyons pas quelquefois davantage et plus sincèrement que certains de ceux qui nous condamnent ! En tout cas, comme catholiques, il est clair, aux yeux de tous aujourd’hui comme au regard des événements à venir, que ce n’est pas nous qui prenons l’initiative de la rupture, mais l’Église elle-même qui ne veut plus de nous.

Marie-Paule d’abord, et nous tous à sa suite, l’Église nous rejette, nous lapide de lettres et d’avis publics (en attendant plus?), nous chasse des églises et nous met au ban de la société. Pensez donc, des hérétiques! À l’heure où bien peu de monde se soucie encore de l’Église de Dieu, combien de gens, tout à coup, ne se découvriront pas une vocation d’accusateurs en son nom!

Quoi qu’il en soit, les autorités de l’Église nous contraignent à nous organiser en marge de lÉglise, avec toutes les conséquences que cela peut entraîner – que cela va forcément entraîner : cet acte de rejet, en plus d’être l’expression d’une injustice énorme, n’est-il pas aussi, vu sous un autre angle, un très officiel avis de libération? L’Église emprisonnait la révélation nouvelle, elle vient de la libérer!

Une révélation complémentaire est-elle possible?

Le vrai problème est bien là, dans la possibilité d’abord et puis dans l’authenticité d’unerévélation nouvelle : celle d’un mystère de l’Immaculée qui serait complémentaire de celui de Dieu. Tout revient en fait, pour moi comme pour quiconque a cru en Marie-Paule jusqu’à ce jour, à cette seule question, si simple et cependant si lourde de conséquences : Marie-Paule est-elle bien ce que je crois qu’elle est?

Si oui, si Marie-Paule participe bien d’une Immaculée co-éternelle à Dieu, comme Jésus-Christ participe de Dieu Lui-même, alors je n’ai rien à craindre: Dieu est avec elle et donc avec nous. La terre entière pourrait bien se liguer contre elle et contre nous, cela ne changerait rien à la réalité des faits. Nous pouvons avoir à souffrir, nous souffrirons probablement, mais la vérité finira par triompher.

Si, par contre, il n’en est pas ainsi, si Marie-Paule est elle-même l’objet d’une illusion terrible et sans précédent dans l’Histoire, ou si je suis l’objet d’une illusion non moins grave à son sujet, c’est une autre affaire et j’ai tout lieu de revoir mes positions, de me repentir et de me précipiter, reconnaissant, dans les bras de cette Église qui a le courage de me rejeter pour se protéger de mes erreurs et tenter, une dernière fois, de me sauver malgré moi.

Or, voici: j’ai, pour la centième fois peut-être, fait table rase de mes assurances et de mes intuitions. Je suis retourné aux sources et j’ai démonté tout l’écheveau de mes croyances afin de mettre à nu le squelette de ma foi. –Ne le fallait-il pas? Car, encore une fois, ce n’est quand même pas rien, pour un être humain convaincu d’être un plus ou moins bon catholique, de se faire dire, par l’Église catholique, son Église, qu’il ne l’est pas! Sans parler de Marie-Paule elle-même : avoir tant fait pour l’Église, avoir tant souffert, avoir donné sa vie pour elle, et finir par se faire dire qu’on n’est pas catholique!

À révélation cohérente, accusation sans fondement

J’ai donc fait défiler dans mon esprit tout ce que l’Église enseigne et tout ce que je sais de Marie-Paule : ce que j’ai lu, ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu, ce qu’on m’a rapporté de source sûre. Et, dans la sérénité que donnent la prière et la sincérité du coeur, j’ai tout considéré : les certitudes et les probabilités, les évidences et les impossibilités, les foyers de lumière et les zones d’obscurité.

Je dois reconnaître qu’il y a, dans les écrits de Marie-Paule, diverses choses qui sont déroutantes et parfois difficiles à bien cerner. Même si, avec les années, beaucoup se sont éclaircies, d’autres demeurent impénétrables... Et c’est très bien ainsi! Nous disposons aujourd’hui d’assez d’explications pour que la raison droite y trouve son compte; il faut bien laisser de l’espace à la foi.

D’autant plus que tout ce qui a été expliqué avec les années forme un ensemble cohérent –révolutionnaire certes, mais prodigieusement cohérent–, à condition de ne pas se mettre au-dessus de Dieu en fixant des limites à sa liberté d’action, ce qu’il est facile de faire et qu’on fait trop souvent. Cela dit, c’est en toute honnêteté, tant spirituelle qu’intellectuelle, que je conclus, comme d’autres avant moi: J’ai lu, j’ai vu, j’ai entendu, et je crois!

De l’autre côté, que vois-je et qui me frappe au premier abord? Que l’Église, réputée pour sa prudence, en a manifesté singulièrement peu dans le cas qui nous occupe: elle n’a pas vraiment étudié la question, ni à fond ni même en surface, avec cette humilité du coeur que requiert absolument l’examen de toute révélation nouvelle. Elle n’a pas interrogé l’accusée, mais s’est basée sur des ragots pénibles et sur des écrits dénaturés par manque de contexte. Elle n’a pas compris parce qu’elle n’a pas cherché à comprendre.

De plus, elle n’a fait appel à aucun «témoin de la défense», car il n’y a pas eu de défense à l’occasion de ce procès d’une importance capitale où l’Église s’est instituée juge du bien-fondé de sa propre accusation! Faire appel au moindre témoin sincère aurait révélé à tous que celle-ci ne reposait sur rien de concret. Cela me fait douloureusement penser à l’attitudedu Grand Prêtre à l’égard de Jésus: «Qu’avons-nous encore besoin de témoins! Vous voyez bien qu’Il blasphème!»

Où est donc aujourd’hui la véritable Église du Christ?

Alors, j’adresse à l’Église catholique une simple question : blasphémait-Il, Jésus-Christ, quand Il laissait dire ou devait dire qu’Il était le Fils de Dieu, le Rédempteur de l’humanité? Messeigneurs les Évêques, procureurs autoproclamés d’un procès qui n’est pas de votre ressort, blasphémait-Il ou ne blasphémait-Il pas, Jésus-Christ?

Si vous croyez qu’Il blasphémait, tirez-en les conclusions. Mais si vous croyez qu’Il ne blasphémait pas, pourquoi donc faudrait-il automatiquement qu’elle blasphème, Marie-Paule, quand elle laisse dire ou doit dire qu’elle est la Fille de l’Immaculée, la Co-Rédemptrice de l’humanité? Dans le fond, elle ne fait qu’affirmer la même chose que Jésus-Christ, mais au féminin. Pourquoi faudrait-il automatiquement qu’elle soit folle alors qu’Il est Dieu?

Vous n’avez pas plus de preuves dans un cas que dans l’autre. Et je suis bien forcé de constater que, dans toute cette affaire, les vertus que prône l’Église du Christ (notamment le respect de la vérité, le sens de la justice et l’amour du prochain) sont infiniment plus présentes du côté de l’accusée que du côté de ses accusateurs! Et je me retiens de me demander, dans ces circonstances, où serait donc aujourd’hui la véritable Église du Christ.

Dès lors, que tout soit clair : je trouve, en Marie-Paule, un réconfort tant moral que doctrinal, et je ne vois aucune raison de ne plus croire en elle ou de ne plus oser le dire ouvertement. Bien plus, je crois que nous n’en sommes qu’au début de la redéfinition de toutes choses et de la régénération de notre univers spirituel aussi bien que matériel. Après tout, si Marie-Paule est bien ce que je crois qu’elle est, sa condamnation par l’Église ne sera pas une fin mais un commencement.

Vers une foi élargie, véritablement universelle

Pour ma part, j’espère donc et je prie d’être toujours fidèle à la profession de foi que je fais aujourd’hui. Celle-ci n’est pas complète, mais elle contient tout l’essentiel et les phrases en sont toutes simples. Aussi longtemps que le Ciel ne m’aura pas fait comprendre ou que l’Église ne m’aura prouvé que je me trompe, et dès lors que, pour tout le reste, je me considère toujours comme un véritable catholique, il me semble que j’ai le droit de faire une profession de foi personnelle. Elle ne s’oppose en rien au Credo de l’Église, mais elle en est, selon moi, le complément. Qui plus est, face aux faits dont nous sommes les témoins, je crois que parler n’est plus seulement un droit mais également un devoir.

Oui, je crois:
1. que l’Immaculée est co-éternelle à Dieu et qu’Elle est la divine Épouse de Dieu;
2. qu’Elle s’est incarnée jadis en Marie, Mère de Jésus-Christ Rédempteur;
3. qu’Elle s’est réincarnée en Marie-Paule en vue de la Co-Rédemption de l’humanité.
Je crois aussi:
1. que Marie-Paule est la Fille de l’Immaculée comme Jésus-Christ est le Fils de Dieu ;
2. qu’elle a vécu une Vie d’Amour analogue à celle du Christ et qu’elle a mérité d’être «divinisée»;
3. qu’elle est devenue, en tant que Co-Rédemptrice, la surnaturelle Épouse du Rédempteur;
4. qu’elle est la Mère du Royaume à venir, accomplissement de la promesse du Notre Père;
5. qu’elle sera vénérée dans les siècles des siècles en tant que Dame de tous les Peuples.

Rédemption – Co-Rédemption: le même paradoxe

Si l’Église ne peut pas ou ne veut pas entendre cela, c’est son affaire et sa responsabilité. De toute manière, en agissant de la sorte, elle ne fait qu’accomplir sa mission jusqu’au bout, jusqu’à la répétition du plus étonnant des paradoxes...

Il y a deux mille ans, si les autorités juives n’avaient pas condamné Jésus-Christ, que fût-il advenu de la Rédemption? De même, aujourd’hui, n’est-ce pas grâce à la condamnation de Marie-Paule par l’Église que sera consommée la Co-Rédemption, que viendra le Royaume et que rayonnera la Co-Rédemptrice? –«Il faut que le scandale arrive, mais malheur à celui par qui il arrive!»

Après le Vendredi Saint, c’est Pâques; après Pâques, l’éternité.

Le 12 avril 2000

Marc Bosquart


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