L’Armée de Marie: Mouvement « catholique dissident » ?

par Sylvie PAYEUR-RAYNAULD

Le titre ci-dessus introduit le site internet du Centre de Consultation sur les Nouvelles Religions (CCNR : http://www.religion.qc.ca/index.html), en date du 1er août 2000, où une large place était faite à l’Armée de Marie.

Ce jour-là, le site internet du CCNR présentait une fiche signalétique de 14 pages sur l’Armée de Marie, au début desquelles on cataloguait l’Armée de Marie comme un « mouvement de spiritualité... catholique dissident » !!! Le CCNR étayait son affirmation sur des documents donnant à propos de l’Armée de Marie une information biaisée et truffée d’erreurs :

A) Informations sur l’Armée de Marie tirées du Dictionnaire des groupes religieux aujourd’hui, de Jean Vernette et Claire Moncelon (éditeur non cité), ces deux auteurs s’appuyant eux-mêmes sur l’ouvrage de Lucie Sansfaçon intitulé L’Armée de Marie (éd. Fides, Québec, 1989, 78 pages).

B) « Position officielle du Diocèse de Québec concernant l’Armée de Marie » - titre précédant des textes publiés récemment dans Pastorale-Québec au sujet de l’Armée de Marie :

- À propos de l’Armée de Marie
- Note d’ordre disciplinaire relative à l’établissement de la Maison Spiri Maria à Lac-Etchemin
- L’Armée de Marie, Essai de discernement de la situation
- Au sujet de l’Armée de Marie ; Note sur les erreurs doctrinales de Marie-Paule Giguère (ces deux derniers textes ne sont pas publiés par le CCNR, uniquement les titres sont donnés).

Il est facile d’accoler à l’Armée de Marie l’étiquette de mouvement « catholique dissident » en se basant sur ces textes où les faits sont gravement falsifiés. Mais qui veut faire du bon journalisme, un journalisme honnête, ne peut se contenter de présenter la seule version des dénonciateurs, fussent-ils en autorité. Des gens familiers avec l’histoire de l’Église devraient savoir que l’Autorité religieuse a souvent persécuté et condamné d’authentiques Serviteurs et Servantes de Dieu qui ont par la suite été réhabilités par l’Église et élevés à la gloire des autels.

Un journaliste contemporain de Jeanne d’Arc, par exemple, se basant uniquement sur les propos de Mgr Cauchon, Évêque de Beauvais, et du tribunal ecclésiastique qui a jugé la Pucelle d’Orléans, aurait rapporté que, le 30 mai 1431, l’Église avait fait brûler une hérétique... Bien plus tard l’orthodoxie de Jeanne d’Arc sera reconnue, elle sera canonisée et recevra le titre de Patronne secondaire de France !

Il n’est pas facile de faire du journalisme ; cela requiert plus que la publication de documents.

Mais revenons justement aux documents publiés par le CCNR sur l’Armée de Marie. Voyons d’abord les faussetés contenues dans le premier volet de la fiche signalétique, tiré du Dictionnaire des groupes religieux aujourdhui :

- Mauvaise date de naissance de Marie-Paule : on devrait lire le 14 septembre 1921, non le 13.

- Contrairement à ce qui est indiqué, Marie-Paule a rédigé plus de « quinze volumes consignant sa vie et ses messages » : les quinze volumes Vie dAmour ont été complétés par les cinq Vie dAmour, Appendice. (C’est tout de même une précision importante à apporter dans un document de cette envergure.)

- On affirme à nouveau que les apparitions de la Dame de Tous les Peuples à Amsterdam ne sont pas reconnues par l’Église ; ce Dictionnaire doit dater d’avant 1996, année où l’Évêque de Haarlem, en Hollande, a accepté le culte public rendu à la Dame de Tous les Peuples !

- La spiritualité de l’Armée de Marie serait « dans une ligne apocalyptique (de Raoul Auclair) »... le terme « eschatologique » serait plus juste, Raoul Auclair nous ayant introduits à l’intelligence des temps que nous vivons (l’eschatologie est le sens de l’histoire concernant la fin des temps) ; mais bien que le terme « apocalyptique » puisse à certains paraître péjoratif, il n’est pas faux non plus en ce sens que se réalisent en ce moment des passages prophétiques de l’Apocalypse concernant les temps que nous vivons.

- Le texte attribue à Marie-Paule la « fondation de la Milice de Jésus-Christ » : la Milice de Jésus-Christ a été fondée par saint Dominique au XIIIe siècle ; Marie-Paule a été celle qui l’a implantée au Canada, en 1977.

- « À partir de 1978 Marie-Paule se présente comme lincarnation mystique de Marie. » Ce sont des paroles du Seigneur à Marie-Paule qui indiquent un tel rôle et une telle mission ; Marie-Paule ne s’est jamais présentée ainsi elle-même.

- « De 1984 à 1987, soixante Fils de Marie se préparent au sacerdoce et sont accueillis par Mgr Mario Peressin archevêque de LAquila (Italie). » En fait ils étaient 45 ; le premier Fils de Marie ordonné prêtre l’a été par le Pape Jean-Paul II en 1986 et neuf autres ont été ordonnés par Mgr Peressin en 1987.

- Parmi les buts principaux de l’Armée de Marie, lit-on dans le Dictionnaire des groupes religieux, on note « (...) lobéissance (...) aux enseignements de la fondatrice... ». Tout à fait faux ! L’Armée de Marie exige de ses membres la fidélité inconditionnelle au Saint-Père, à la doctrine de l’Église. Marie-Paule n’a pas de doctrine propre, contrairement à ce qu’affirme la suite du texte :

- « En 1985 parution du premier volume de Marc Bosquart consacré à Marie-Paule et à sa doctrine » : Marie-Paule n’a fait que rapporter les paroles du Seigneur et de Marie et vivre la mission qu’Ils lui ont présentée ; des années plus tard, Marc s’est senti poussé à écrire au sujet de la Fondatrice de l’Armée de Marie pour en aborder le mystère.

Le Dictionnaire mêle ensuite faits et dates, disant se référer à une Note d’un comité de théologiens datée du 4 juillet 1986 (date plutôt de la 1ère mise en garde émise par le Cardinal Vachon contre le premier volume de Marc Bosquart), et assimile erronément « le point de départ du mouvement » à « "une nouvelle révélation" ». Quant au livre de Marc, « son contenu doctrinal » serait « "totalement à lextérieur du dépôt de la foi reçue des apôtres" », etc. (Toutefois, ce n’était pas l’avis d’autres théologiens !) Le Dictionnaire, après avoir cité ces paroles, conclut : « Comme dans tout illuminisme lenveloppe chrétienne contient quelques éléments gnostiques » : il serait intéressant pour nous, de même que pour l’auteur, de savoir quels sont ces éléments considérés comme « gnostiques » et qui feraient taxer les écrits de Marc d’« illuminisme » !

Le CCNR donne ensuite quelques informations sur l’Armée de Marie qui prouvent bien qu’il n’est pas à jour sur cette Oeuvre : l’étendue (sont cités uniquement le Québec, l’Italie, la Hollande et l’Autriche) ; l’adresse et le numéro de téléphone sont ceux de l’ancien Centre international de l’Armée de Marie à Québec, maintenant déménagé à Spiri-Maria, à Lac-Etchemin.

Le deuxième volet de la publication du CCNR sur l’Armée de Marie est composé de documents émanant d’Autorités religieuses et qui ont été réfutés de A à Z dans des numéros récents du journal Le Royaume : numéros spéciaux 140 (13 mai 2000), 141 (31 mai 2000) et 143 (1er juillet 2000). Nous n’y reviendrons donc pas... si ce n’est pour rappeler une exigence de certaines Autorités religieuses contraire au Droit de l’Église et qui concerne spécialement la Communauté des Fils de Marie, c’est-à-dire leur séparation d’avec leur Fondatrice. Exigence qui avait été communiquée pour la première fois à Mgr Mario Peressin, le 30 novembre 1993, de la part d’une haute Autorité vaticane : « Si les Fils de Marie veulent être approuvés un jour, ils doivent faire à tout prix la dichotomie davec leur Fondatrice, Marie-Paule ; autrement, ils sont frits. »

SÉPARER LES FILS DE LEUR MÈRE?

Dans son lumineux texte « La Très Sainte Vierge, Reine de la création et de l’histoire » (1), que nous avons cité dans ces pages du Royaume, le Père Gabriel-Marie Roschini, o.s.m., théologien du Pape Pie XII, affirmait :

« Les termes "Mère et Fils", maternité et filiation, sont corrélatifs. Et les corrélatifs – comme lenseigne la logique – sont nécessairement simultanés... Il ny a pas de mère sans fils, et il ny a pas de fils sans mère. »

Il explique ensuite qu’on ne pourrait séparer, sans Les détruire, le Christ et Sa Mère.

La logique du raisonnement est inattaquable... et nous pousse à établir un parallèle avec la Communauté des Fils de Marie quon voudrait séparer de leur Mère et Fondatrice, Mère Paul-Marie. Ce qui équivaudrait à détruire les premiers et la deuxième... car, comme l’a dit le Père Roschini, « il ny a pas de mère sans fils, et il ny a pas de fils sans mère ».

D’où on peut voir la gravité des actes posés à l’encontre des Fils de Marie et de leur Fondatrice, et cela par de hauts dignitaires de l’Église.

Pourtant, non seulement l’Église reconnaît l’importance de la filiation entre un fondateur et les membres d’un institut religieux, mais elle exige que soit préservé le patrimoine de l’institut, qui découle de l’impulsion donnée par son fondateur. C’est ce que stipule le Code de Droit canonique :

Can. 578 : « La pensée des fondateurs et leur projet, que lautorité ecclésiastique compétente a reconnus concernant la nature, le but, lesprit et le caractère de linstitut ainsi que ses saines traditions, toutes choses qui constituent le patrimoine de linstitut, doivent être fidèlement maintenues par tous. »

Le Code de Droit canonique protège ainsi les instituts de vie consacrée contre les déviations qui pourraient ternir le projet et la pensée de leurs fondateurs.

Le 1er janvier 1986, Mgr Mario Peressin, Archevêque de L’Aquila, approuvait « ad experimentum » les constitutions et les règles de la Communauté des Fils et Filles de Marie. Comment imaginer alors que, dès cette époque, certaines Autorités religieuses – dont Mgr Peressin lui-même – aient voulu séparer les membres communautaires de leur Fondatrice, action allant à l’encontre du Droit canonique ?

C’est l’Église qui, dans sa sagesse, reconnaît qu’un institut de vie consacrée doit être fidèle à l’esprit de son fondateur. Comment donc certains personnages d’Église pourraient-ils exiger le contraire ?

LE « CHAOS » DANS L’ÉGLISE ?

Il n’est pas nécessaire d’être un fin observateur pour réaliser que tout ne va pas très bien dans l’Église... qui alimente souvent les médias de scandales !

Le journal américain The Wanderer publiait, le 1er juin 2000, un article sur l’Église canadienne, qu’il intitulait « Is "Chaos" A Synonym For "Renewed" Church ? » (Est-ce que le mot « chaos » est synonyme d’Église « renouvelée » ?).

Dans cet article, on rapporte différents scandales entachant l’Église canadienne, entre autres l’endettement de 17 millions dont a été victime le diocèse de Victoria, en Colombie-Britannique, à cause de transactions financières à haut risque dans lesquelles s’est engagé l’Évêque Remi De Roo...

On rapporte aussi un événement qui a très peu été couvert par les médias d’information et qui s’est passé à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, à Montréal, le 7 mars dernier, alors que des féministes participant à une marche à l’occasion de la Journée internationale des Femmes ont envahi la cathédrale, avec quelques hommes, pour désacraliser ce haut lieu de la foi, s’attaquer au tabernacle, détruire une peinture religieuse, faire brûler des croix sur les marches extérieures de la cathédrale, voler deux nappes d’autel, etc. Et ces personnes, arrêtées par la police, ont été relâchées sans qu’on porte d’accusation contre elles !

The Wanderer cite un autre scandale : la chaîne anglaise de Radio-Canada (CBC) a télédiffusé, le dimanche 14 mai dernier, une « comédie dramatique » appelée « Our Daily Bread » (Notre pain quotidien) et « où lon voit un chien recevoir la communion dans une église catholique... ». Le journaliste, Paul Likoudis, commente ainsi :

« Cette scène blasphématoire a outragé plusieurs Canadiens, a écrit deux jours plus tard Ezra Levant du journal "The National Post" :

« "Bonnie Gold, une assistante du service des Relations avec le Public à la CBC, a été mandatée pour répondre à ces plaintes. ‘Il est vrai quune scène du film montre une paroissienne communier avec son chien, répond-elle dans une lettre circulaire, mais ‘cet événement ou dautres rites religieux montrés dans ce film nont pas du tout été faits de façon irrespectueuse." ... »

M. Levant souligne : « Est-ce que la CBC aurait diffusé un film traitant du judaïsme de façon semblable ? Si un chien, pour provoquer le rire, peut avoir la communion, pourquoi un chien ne pourrait-il porter un "tefillin" ?...

« Mais lhumour antisémite nest désormais plus à la mode. Non plus que dagacer les musulmans, apparemment. En janvier, lorsque la CBC a diffusé une pièce satirique basée sur larrestation dAhmed Ressam, un Algérien suspecté de terrorisme, elle a rapidement émis une excuse pour avoir "stéréotypé" les musulmans...

« Pourquoi les chrétiens sont-ils le seul groupe quon ne puisse offenser et le seul groupe auquel une excuse nest pas offerte sils le sont ?... »

De tels faits sont symptomatiques d’une Église fort peu considérée par le public en général, si on peut ainsi se moquer d’elle impunément jusque sur la chaîne de la télévision d’État.

Il y aurait tant à faire pour redorer le blason de notre Église ; et d’abord, s’attaquer aux vrais problèmes, plutôt que de s’attaquer à l’Armée de Marie, une Oeuvre dont l’Archevêque actuel de Québec, Mgr Maurice Couture, a dit qu’« il ny a rien de plus catholique que ça ! ».

Il est vrai que la mission de la Fondatrice de l’Armée de Marie peut surprendre ; Raoul Auclair écrivait qu’elle apportait un témoignage dune grande nouveauté dans l’Église (cf. la Préface à Vie dAmour). Mais ce qui est nouveau n’est pas nécessairement faux et celui qui accueille les trésors de Dieu se retrouve dans la situation du maître de maison de la parabole « qui tire de son trésor du neuf et de lancien » (Mt 13, 52).

Avant de condamner, il faudrait s’assurer qu’on ne lutte pas contre une Oeuvre de Dieu...

2 août 2000

Sylvie Payeur-Raynauld

(1) Conférence du Père Roschini publiée dans la revue Marie, Nicolet, nov.-déc. 1948, pp. 10 à 17.