« HUMER » LE CLIMAT DU ROYAUME

par Jeannine T.-BLANCHETTE

Dans le journal Le Royaume, n° 143, en pages 7-8, Marc Bosquart signe un article intitulé «Révélation d’hier et d’aujourd’hui» qui nous fait «humer» le climat du Royaume, ce nouveau «printempsde lÉglise» prophétisé par plus d’un Pape.

Par saint Marc, l’Apôtre des premiers temps (et patron céleste de Marc Bosquart), nous savons qu’une «trinité mariale» (les trois Marie : Marie, Marie-Madeleine et Marie-Salomé) se présenta au sépulcre au matin de Pâques et reçut d’un jeune homme «vêtu de blanc» (Mc 16, 5) la nouvelle qui changea le cours de l’histoire : la Rédemption marquant l’ouverture du Royaume céleste.

Par un autre Marc (Bosquart), cet «Apôtre des derniers temps», et membre de l’Armée «vêtue de blanc», nous apprenons qu’une «Trinité mariale» a mis en oeuvre la Co-Rédemption marquant l’ouverture du Royaume terrestre demandé depuis 2000 ans dans le «Notre Père».

En raison de la publication des écrits inspirés de Marc, l’Armée de Marie et sa Fondatrice furent mises hors des murs des églises du Québec. Voyons ci-après comme les mots sont parfois porteurs de sens : Quand Jean XXIII, le 25 janvier 1959, annonça son intention de convoquer le vingt et unième concile de l’Église, il fut inspiré de le faire dans une Basilique au nom évocateur : «Saint-Paul-hors-les-Murs». Ce détail nominal, anodin en apparence, comportait peut-être sa part de prophétisme. Depuis le décret de Son Éminence le Cardinal Vachon en 1987, nous pouvons parler de «Paul-Mariehors les murs» des églises matérielles en attendant l’exclusion appréhendée de l’Église institutionnelle, si l’on en croit la lettre épiscopale du 29 février 2000 (cf. Le Royaume, n° 140, p. 4). Et pourtant c’est bien par cette humble femme, «Marie-Paule hors les murs», que se réalisent les nobles idéaux du Concile Vatican II annoncé par Sa Sainteté Jean XXIII, au fait, à Saint-Paul-hors-les-Murs. (Saint Paul : patron céleste de Mère Paul-Marie.)

Dans son article, Marc Bosquart écrit de Marie-Paule : «Je crois qu’elle est la Mère du Royaume à venir, accomplissement de la promesse du "Notre Père (p. 8).

Mais Jean-Paul II ne l’entrevoit-il pas ce «Royaume eschatologique», nommément dit, en ajoutant par ailleurs que «Marie marche avec nous» et «nous pousse à une communication toujours plus intime avec la Trinité» ? Reprenons en bonne part ces paroles inspirées du Pape :

«C’est ainsi que lÉglise avance parmi les épreuves du monde et les consolations de Dieu vers l’accomplissement du Royaume dans la phase eschatologique. Il s’agit d’un chemin qui se déroule à travers une communion toujours plus intime avec Dieu et avec nos frères; c’est pourquoi "particulièrement à notre époque [elle] est marquée par le signe de l’oecuménisme" (Redemptoris Mater, n° 29). Marie, Mère de lÉglise, Mère de l’unité, de l’espérance et de l’amour, marche avec nous. Elle nous pousse à une communion toujours plus intime avec la Très Sainte Trinité (...)» (Jean-Paul II, L’Oss. Rom., 1er août 2000, p. 5).

Il nous faut admettre que l’analyse de Marc rejoint sensiblement la pensée du Saint-Père. En voici un autre exemple : Dans son Credo marial, Marc Bosquart écrit encore :

«Je crois aussi que Marie-Paule a vécu une "Vie d’Amour" analogue à celle du Christ et qu’elle a mérité dêtre "divinisée".»

Selon ces propos, Marie-Paule a réalisé pleinement ce que le Pape Jean-Paul II attend de chaque chrétien quand il soutient :

«LÉglise, en annonçant Jésus de Nazareth, vrai Dieu et Homme parfait, ouvre devant chaque être humain la perspective dêtre "divinisé" et de devenir ainsi plus homme. C’est là la seule et unique voie grâce à laquelle le monde peut découvrir la vocation élevée àlaquelle il est appelé, et la réaliser dans le salut opéré par Dieu» (L’Oss. Rom., 4 juillet 2000, p. 3).

En s’adressant aux Évêques de l’Ontario en 1999, Jean-Paul II en arrivait à la constatation suivante :

«Il existe des signes qui montrent que le Christ, la plénitude de la miséricorde de Dieu, emprunte des voies nouvelles et merveilleuses» (L’Oss.Rom., 1er juin 1999, p. 4).

Marc Bosquart ne serait-il pas de ceux qui ont mis à jour ces «voies nouvelles et merveilleuses» tracées par le Très-Haut ? Saint Grégoire le Grand, un des plus grands Papes de l’histoire de l’Église, donne ainsi raison à Marc quand il clame : «Il vaut mieux provoquer un scandale que de taire la vérité!» «Mais Marc Bosquart n’est pas théologien!» objecteront certains. La Parole de Dieu serait-elle donc réservée à une caste, à une seule «intelligentsia» catholique? C’est pourtant Sa Sainteté Jean-Paul II qui nous confirme qu’il en va tout autrement :

«La Parole de Dieu s’adresse à tout homme, en tout temps et sur toute la terre; et l’homme est naturellement philosophe» (Jean-Paul II, L’Oss. Rom., 1er août 2000, p.10).

Cette opinion est partagée également par Son Éminence le Cardinal Ratzinger, quand il répond à une question du journaliste Peter Seewald, eu égard aux voies mystiques :

Peter Seewald: «Cette évocation du mystique ne signifierait-elle pas aussi que l’on doit se rappeler la simplicité de la foi, conformément aux éléments fondamentaux du christianisme?»

Cardinal Ratzinger: «Parfois, cela semble très compliqué, on croit que seuls des érudits pourraient en avoir une vue d’ensemble. L’exégèse nous a donné bien des éléments positifs, mais elle a aussi fait naître l’impression qu’un homme normal ne peut pas lire la Bible, parce que tout y est tellement compliqué. Nous devons réapprendre qu’elle a quelque chose à dire à tout le monde, et qu’elle est offerte précisément aux simples. Là, je donne raison à un mouvement né au sein de la théologie de la libération, qui parle de "l’interpretación popular" (en français: l’interprétation populaire). Selon ce mouvement, le peuple est le véritable propriétaire de la Bible, et donc son véritable exégète. Par principe, c’est juste, car la Bible est précisément donnée aux simples. Ils n’ont pas besoin de connaître toutes les nuances critiques, ils peuvent comprendre ce dont il s’agit essentiellement. La théologie avec ses grandes connaissances ne deviendra pas superflue, elle sera même encore plus nécessaire dans le dialogue mondial des cultures. Mais elle ne doit pas reléguer dans l’ombre l’ultime simplicité de la foi, qui nous place tout simplement devant Dieu et devant un Dieu qui m’est devenu proche en se faisant homme» (Le Sel de la terre, p. 258).

Dans son Encyclique Foi et Raison signée, fait non négligeable, le 14 septembre 1998, fête de la Croix glorieuse et providentiellement fête de Marie-Paule, Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, comme pour donner plus de poids à son argumentation, place l’assertion suivante en conclusion de son ouvrage:

«(Les saints moines de l’antiquité chrétienne) appelaient Marie "la table intellectuelle de la foi". Ils voyaient en elle l’image cohérente de la vraie philosophie et ils étaient convaincus qu’ils devaient "philosophari in Maria" (Jean-Paul II, Encyclique Foi et Raison, Québec, Fides, 1998, n° 108, p. 164, signée le 14 septembre 1998, en la fête de la Croix glorieuse).

Telle une réponse anticipée à la demande du Saint-Père, c’est bien ce que Marc Bosquart a fait dans ses ouvrages, honnis par les uns et bénis par les autres : « philosophari in Maria », il a osé « philosopher en Marie », et magistralement ! Mais pourquoi tant d’acharnement contre lui et tant d’aversion contre ses écrits ? Pour comprendre le Plan et les desseins de Dieu, il faut retrouver son coeur d’enfant, ce qui n’est pas toujours l’apanage des Grands dece monde. Voici ce que le Saint-Père nous recommande:

«Toute notre âme doit être attentive pour guetter la lumière de l’aube; telle une sentinelle dans la nuit, elle doit veiller pour éviter de se laisser prendre par les ténèbres.La seconde attitude est létonnement etlémerveillement. Il est nécessaire d’ouvrir les yeux pour admirer Dieu qui, à la fois, se cache et se révèle. Pour qui sait lire en profondeur, les événements comportent un message conduisant à Dieu. Cela nécessite d’avoir un coeur simple comme celui d’un enfant» (Jean-Paul II, L’Oss. Rom., 1er août 2000, p. 2).

Nous avons vu dans le dernier journal Le Royaume que l’Église elle-même est déchirée de l’intérieur (cf. Lettre d’un Évêque à l’égard de l’Armée de Marie, Le Royaume, n° 144, p. 15).

Et l’on verra la lutte « Évêque contre Évêque », qu’avait prédite Marie à la Salette au XIXe siècle. Triste constat auquel en est arrivé Son Éminence le Cardinal Ratzinger lui-même, ainsi qu’il en témoignait il y a quelques années:

«Et dans lÉglise catholique elle-même il y a aussi des ruptures très profondes, si bien que parfois on a littéralement le sentiment que deux Églises vivent côte à côte à l’intérieur d’une seule» (Le Sel de la terre, p. 233).

Lors d’un pèlerinage à Rome en 1992, Sa Sainteté Jean-Paul II exhortait ainsi l’Armée de Marie: «Laissez-vous toujours éduquer par la Mère du Seigneur (...).» Et, comme en écho à ses paroles, plus récemment, le Pape demandait impérativement au peuple de Dieu: «Laissez-vous guider véritablement par l’Esprit (L’Oss. Rom.,13 juin 2000, p. 9)

Depuis si longtemps déjà, dans son Armée, nous prions Marie pour que vienne l’Esprit Véritable sur la terre, nous sommes donc totalement dans la pensée du Saint-Père. Et quand saint Jean Eudes, au XVIIe siècle, implorait Marie sous l’invocation suivante: «INFANS, SANCTAE TRINITATIS COMPLEMENTUM, divine Enfant, qui êtes le complément de la Sainte Trinité, priez pour nous!» (Un Coeur de Mère, une main de Reine, 1941, p. 28), il dut faire scandale à l’époque. Mais il ouvrait la voie à Marc Bosquart, dont les écrits vont scandaliser pour un certain temps encore, et ne cesseront d’émerveiller pour les siècles à venir.

«Quant au divin Message, il écrasera les ennemis du Très-Haut. Dieu ne dit-Il pas, par la bouche de Jérémie, que sa parole est un feu ardent, et un marteau qui brise les pierres? C’est pourquoi qui s’insurge contre la Parole de Dieu ne fait autre chose que dêtre cause de la répandre davantage» (Celle qui pleure, Léon Bloy, Paris, Mercure de France, 1949, p. 168).

Jeannine Thiffault-Blanchette

Achevé le 14 septembre 2000, en la fête de la Croix glorieuse

 

BIBLIOGRAPHIE

Lettre encyclique Foi et Raison, Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, Québec, Fides, 1998.
Le Sel de la terre, Cardinal Ratzinger, Entretiens avec Peter Seewald, France, Flammarion/Cerf, 1997.
Un Coeur de Mère, une main de Reine, Montréal, Monastère provincial du Bon-Pasteur, 1941.

* Les caractères gras sont de l’auteure.


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