À travers les oppositions:
FORCE ET GRANDEUR DE LA MISSION DE MARIE-PAULEpar Jean-Marcel GAUDREAULT
Depuis la fondation de lArmée de Marie, plusieurs discussions ont eu lieu autour de la personne de Marie-Paule. À ce sujet, certaines autorités religieuses ont déjà mentionné quelles étaient ouvertes au mouvement mais non à sa fondatrice, attitude qui sest maintes fois manifestée par la formule lapidaire: «LArmée de Marie, oui, mais Marie-Paule, non!» Cependant, nous vivons actuellement des événements particuliers qui nous commandent de mieux comprendre les enjeux cruciaux qui se dessinent derrière cette reconnaissance du rôle de Mère Paul-Marie.
LES RÉTICENCES
Il faut tout dabord souligner quà travers les siècles passés ceux qui semblaient avoir une mission spéciale à accomplir ont toujours dû affronter le doute et la suspicion de leurs contemporains, réticences qui, dune certaine manière, pouvaient savérer compréhensibles du fait que les rôles particuliers comme ceux de Jésus, Jean le Baptiste ou Jeanne dArc ne sont pas légion dans lhistoire. Cependant, la prolifération de faux prophètes que nous avons connue au cours du dernier siècle et leffet damplification exercé sur elle par les médias ont contribué à exacerber notre méfiance, nous rendant, tout comme une série de fausses alertes, extrêmement sceptiques face au moindre cas soumis à notre connaissance.
Cest pourquoi certains de nos contemporains se sentent aujourdhui justifiés de rejeter a priori et sans discernement tout phénomène qui semble présenter une origine céleste ou surnaturelle sous prétexte quil est de nature suspecte. Pourtant, nous pouvons aisément percevoir le vide intellectuel et même la sottise qui sous-tendent une telle attitude, car celle-ci équivaut à rejeter le surnaturel parce quil est surnaturel ou encore à condamner le nouveau simplement parce quil est nouveau. Cest dailleurs justement avec ce genre darguments creux et tautologiques que Jésus et Jeanne dArc furent tués. Celui-ci fut crucifié parce quIl se disait Fils de Dieu et celle-ci brûlée parce quelle entendait des voix. Par conséquent, nier a priori lauthenticité de la mission de Marie-Paule, sous le simple prétexte que «cela ne se peut pas», constitue une position tout à fait dérisoire qui ne peut que traduire le manque de sérieux de celui qui ladopte.
SOUVRIR AUX LUMIÈRES DE LESPRIT
Certes, il faut éviter dendosser les prétentions du premier venu, mais le discernement nécessaire ici doit sexercer sur des bases plus solides et plus fondamentales. La sagesse nous commande donc dexaminer la qualité du témoin concerné et celle de ses oeuvres pour tenter dy déceler les marques dune authentique action divine. Si nous désirons que cet examen soit juste et fiable, il nous faut toutefois veiller à ce que celui-ci ne soit pas uniquement fondé sur un argumentaire théologique, surtout lorsque, comme dans les cas semblables à Vie dAmour, les révélations étudiées semblent apporter un éclairage nouveau et complémentaire à la compréhension des Écritures.
En effet, il convient de tirer leçon des événements de lhistoire de lÉglise, en commençant par celles émanant de la venue du Christ lui-même, et davoir à lesprit que la théologie nest pas une science définitive et autonome, puisque lautorité qui lui est conférée est constamment tributaire de la Révélation doù elle tire ses racines. En dautres termes, cest la théologie qui est subordonnée à la réalité divine et non linverse et, par conséquent, en ce qui concerne lévolution de cette science, Dieu précède toujours la démarche des théologiens. Ceux-ci doivent donc examiner les cas qui leur sont soumis en veillant à ne pas enclore la doctrine à lintérieur de cadres statiques comme lont fait autrefois les pharisiens, mais en demeurant ouverts aux lumières nouvelles dont celle-ci pourrait bénéficier.
Ce nest dailleurs pas inutilement que Jésus disait à ses apôtres: «Jai encore bien deschoses à vous dire mais actuellement, vous nêtes pas à même de les supporter; lorsque viendra lEsprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière» (Jn 16, 12-13). Ces paroles relatées par Jean référaient bien sûr aux lumières nouvelles que leur apporterait le Paraclet au jour de la Pentecôte, mais le recul historique fourni par 2000 ans dhistoire nous oblige à constater quelles se projetaient sur un avenir plus vaste englobant lensemble de lhistoire de lÉglise, car il est aujourdhui évident que les humains nont pas encore pleinement saisi toute la richesse et toute lenvergure de la doctrine chrétienne. À travers les cas qui leur sont soumis, il est donc de première importance que les théologiens sappliquent à distinguer clairement ce qui contredit la doctrine de ce qui, au contraire, lui permet de se déployer, en étant sans cesse conscients de la possibilité tout à fait réelle que Dieu les ait encore devancés.
NOS JUGEMENTS: UNE PROJECTION DE CE QUE NOUS SOMMES
Mais, au-delà des considérations théologiques, il est un autre élément encore plus important par rapport auquel nous devons prendre des précautions extrêmes lorsque vient le temps dexaminer une Oeuvre comme celle de la vie de Marie-Paule, relatée dans les livres Vie dAmour, précautions sans lesquelles notre analyse pourrait être totalement faussée. Il sagit de... «nous-mêmes». En effet nous ne devons pas oublier que la qualité des jugements que nous portons est un reflet de la qualité de notre démarche. Par conséquent, nous pourrions dire que dune certaine manière nos jugements nous révèlent et même, en quelque sorte, quils nous jugent. Il nest dailleurs point étonnant que le Seigneur ait jadis affirmé que nous serions mesurés avec notre propre mesure. Et ce principe prend toute sa réalité lorsque nous sommes confrontés à la lecture de Vie dAmour, car les événements et les révélations qui y sont rapportés constituent des éléments clés qui, tout en ne laissant place à aucune équivoque, sont appelés à jouer un rôle de premier plan à lépoque charnière dans laquelle nous nous trouvons, marquée par les controverses au sujet de la doctrine chrétienne.
Sans aborder comme telle la substance même de lOeuvre, que seule une lecture approfondie permet de saisir, nous pourrions dire que, globalement, celle-ci nous présente à la fois des éléments qui concernent la vie intérieure et dautres qui sont dordre extérieur. Sur le premier de ces plans, nous pouvons suivre le cheminement dune âme délite dont le caractère exceptionnel apparaît dès les premières pages et qui accomplit, à travers les épreuves quelle traverse, un cheminement spirituel pouvant, sans contredit, constituer un modèle et une source dinspiration pour chacun dentre nous. En outre, dans un style empreint de franchise et de simplicité, cette âme nous entretient avec autorité de vie spirituelle et des voies mystiques, autorité qui, il est important de le souligner, ne provient manifestement pas du ton ou de quelque artifice que lauteur aurait pu se conférer, mais se dégage, au contraire nettement, de la justesse et de la qualité intrinsèque de ses propos1. Non seulement cette qualité spirituelle est dailleurs manifestée à lintérieur du discours, mais elle est aussi appuyée solidement par tous les gestes posés au fur et à mesure des événements relatés et qui, imprégnés de sagesse évangélique, constituent un vivant plaidoyer en faveur de lauthenticité de cette Oeuvre.
Sur un plan plus extérieur, les événements relatés dans Vie dAmour démontrent en outre que Marie-Paule est gratifiée dune manière peu commune de charismes et de locutions intérieures quelle na pas demandés ou recherchés. Ceux-ci laident cependant à accomplir la mission particulière qui lui est confiée pour le temps présent et qui la lie dune manière toute spéciale à lImmaculée. Les faits relatés sont sans équivoque. Les charismes sont particulièrement nombreux, les locutions intérieures le sont aussi et leur contenu, extrêmement clair et franc, ne laisse aucune place aux demi-mesures. Quant aucaractère particulier de la mission de Marie-Paule, il ressort aussi dune manière très explicite.
Ceux qui lisent Vie dAmour se trouvent donc en présence de faits qui ne peuvent se satisfaire de positions tièdes ou intermédiaires: ou Marie-Paule ment par fourberie ou déséquilibre, ou le Ciel lui parle réellement. Or la qualité spirituelle de ses propos et celle de son témoignage de vie rendent peu crédible lhypothèse dune supercherie ou dun quelconque déséquilibre, dautant plus que ces révélations quelle a eu lordre décrire ont été jusquà maintenant pour elle la cause de grandes souffrances.
En effet, lêtre spirituel ne cherche pas à être mis en évidence. Il désire au contraire se retirer pour trouver ses délices en Dieu. Nayant aucun attrait pour les honneurs humains, il sait en outre très bien que ceux-ci constituent au contraire pour lui un danger qui pourrait bien éloigner son âme de Celui quelle aime. Sil est contraint par la force des choses ou par obéissance à être mis en évidence, il en éprouvera une grande contrariété et une grande souffrance.
Or Marie-Paule démontre constamment quelle est dans cet état desprit par rapport à ce qui lui est demandé. Elle répète sans cesse quelle est un «zéro» et quelle voudrait disparaître. Quiconque est le moindrement familier avec les particularités de la vie spirituelle et mystique peut donc constater facilement que lattitude quelle démontre par rapport au fait quelle soit mise en avant ne vient nullement discréditer son témoignage, mais renforce au contraire toute son authenticité. Tôt ou tard, le lecteur doit donc faire face à la troublante évidence: comment en effet, la simplicité, la sincérité et la vertu qui transpirent de ces pages pourraient-elles émaner dune source frauduleuse?
Cest pourquoi il y a lieu de se demander très sérieusement pourquoi les détracteurs ne prêtent attention quaux aspects extérieurs de Vie dAmour, cest-à-dire aux charismes et aux locutions intérieures, et, insensibles à la valeur spirituelle de lOeuvre, en arrivent curieusement à dire: «Quelle est cette orgueilleuse qui tente de se mettre en évidence?» Cette attitude démontre-t-elle quils ont porté sur Vie dAmour un regard éclairé ou ne révèle-t-elle pas simplement les schémas mondains quils portent en eux et quils projettent inconsciemment sur Marie-Paule parce quils ne connaissent pas dautre manière de penser? En effet, comment quelquun qui est imprégné de lesprit du monde actuel avec ses luttes pour les honneurs et le pouvoir, peut-il réussir à comprendre quune personne puisse souffrir dêtre mise en avant et de voir sa vie étalée au grand jour?
Quand bien même on donnerait à une hyène des mets fins et recherchés, elle persistera à les traiter comme la charogne dont elle se repaît tous les jours. Ou encore tout devient clou pour celui qui ne possède quun marteau comme outil et tout ne devient quorgueil et prétention pour celui qui, imprégné des schémas du monde, est incapable de concevoir quune personne puisse être mise en évidence sans en éprouver de lorgueil ou de la fierté.
LORGUEIL ET LHUMILITÉ: AU-DELÀ DES APPARENCES
Pourtant la mise en relief dune personne à travers une mission particulière nimplique pas nécessairement quelle soit orgueilleuse. Ceux qui côtoient Marie-Paule quotidiennement sont en mesure de le confirmer facilement. De plus, selon ce raisonnement, Jésus, Jean le Baptiste et Jeanne dArc ne devraient-ils pas être considérés comme ayant été de grands orgueilleux? Lorgueil ne consiste donc pas à être en évidence et lhumilité à être dans lombre. Certaines personnes sont dans lombre justement parce que, étant orgueilleuses, elles craignent les critiques et préfèrent juger les autres sans sexposer, alors que dautres sont humiliées par une mise en évidence quelles nont pas désirée et qui leur donne un rôle dont elles se savent indignes. Lêtre spirituel qui estéminemment conscient de son indignité, peut dailleurs souffrir considérablement de se voir attribuer à tort par les gens des mérites quil sait ne revenir quà Dieu. Il est en outre extrêmement conscient que LE FAIT QUE NOUS SOYONS CONNUS OU MIS AU PREMIER PLAN NAJOUTE ABSOLUMENT RIEN À NOS MÉRITES DEVANT DIEU.
Lhumilité ne consiste donc pas à mentir aux autres ou à soi-même en dénigrant nos capacités ou nos talents (certains agissent dailleurs ainsi avec cette forme particulière dorgueil quest la «prétention dhumilité»), ou, dans le cas de Marie-Paule, à nier la mission qui est la sienne. Jésus nous a dit de faire fructifier nos talents et de ne pas mettre la lumière sous le boisseau. Lhumilité consiste au contraire à être dans la vérité jusquau bout et, par conséquent, elle implique QUE NOUS SOYONS VIVEMENT CONSCIENTS QUE TOUT CE QUE NOUS POSSÉDONS NOUS A ÉTÉ DONNÉ PAR DIEU ET QUE, À TRAVERS TOUT CE QUE NOUS ACCOMPLISSONS, CE NEST QUE LUI ET LUI SEUL QUI EST GLORIFIÉ.
La Vérité veut également que si certaines personnes savèrent gratifiées dans Vie dAmour de bénédictions spéciales qui semblent les distinguer dune manière particulière, ces gestes ne visent nullement à glorifier les gens concernés, mais Dieu seul qui révèle simplement ainsi les sommets qui sont appelés à être atteints à la «fin des temps» (non la fin du monde) par les seuls progrès que sa grâce a fait accomplir aux êtres humains à travers les siècles. Les gens désignés nont, par conséquent, aucune raison den tirer orgueil puisque tout vient de Dieu, et que Lui seul peut juger de la manière dont ils ont su faire fructifier ses grâces dans la conjoncture historique favorable dans laquelle ils se trouvaient.
Ces idées sont fondamentales. Et, si elles ont tendance à contrarier notre humanité, sans cesse rivée aux apparences, en vérité notre âme ne peut quen jubiler: GRANDEUR ET SPLENDEUR DE LA JUSTICE DIVINE, MERVEILLE DE VÉRITÉ ET OASIS DE PAIX OFFERTES AU GENRE HUMAIN!
MIROIRS DE DIEU
De plus, nous pouvons considérer que Vie dAmour agit comme un révélateur pour celui qui en fait la lecture, car il le met en face de meilleure que lui-même. Or comment réagissons-nous en pareille circonstance? Sommes-nous envahis par lenvie, la rivalité et la volonté de détruire ce qui semble mettre en relief nos limites, ou sommes-nous empressés de nous «faire miroirs», comme celle que nous admirons, pour refléter à notre tour la Beauté de lAmour Divin? En effet, nous ne devons pas oublier que toute beauté vient de Dieu. Comme ces chambres remplies de miroirs qui nous amusaient dans notre enfance et qui navaient leur raison dêtre que par la lumière qui sy réfléchissait, la fête céleste sera donc dautant plus belle et grande que nous aurons tous su devenir des miroirs pour refléter la Beauté de la Lumière Divine.
Conscients de ce quest la créature par rapport au Créateur, la découverte de celle qui, comme un miroir vivant, reflète lAmour de Dieu devrait donc nous inciter non pas à briser linstrument qui Le glorifie, mais à nous faire nous-mêmes, devant elle, miroirs, sans envie ni compétition, afin de nous préparer à accroître latmosphère de la fête céleste. Il importe donc que lenvie ne nous fasse point percevoir celle qui est linstrument de Dieu comme une rivale, mais que nous la voyions plutôt comme une mère ou une grande soeur qui, au prix de plusieurs sacrifices, commence déjà à préparer pour nous la fête.
Qui que nous soyons, craignons donc avec humilité et prudence que lOeuvre de Vie dAmour et, à travers elle, Marie-Paule ne soient crucifiées par notre suffisance et surtoutpar la barbarie inconsciente des idées sur lesquelles nous fondons nos jugements, empreints le plus souvent dune humanité si lourde et si mesquine.
MARIE-PAULE OU LARMÉE DE MARIE: UN FAUX DILEMME
Enfin, à travers tous ces débats entourant la personne de Marie-Paule, il sen trouvera aussi sûrement plusieurs pour croire quil serait plus logique et plus utile de travailler à la progression du mouvement de lArmée de Marie plutôt que de tergiverser sur le rôle de sa fondatrice.
Si nous pensons de cette manière, nous devons cependant nous demander sur quelles bases nous nous appuyons pour prétendre ainsi connaître les forces qui feront progresser lÉglise en ces temps difficiles et savoir ce dont ses membres ont besoin réellement à lheure actuelle.
Pouvons-nous croire raisonnablement que ce sont toutes nos «stratégies» et «techniques pastorales», empruntées davantage à la psychologie humaine quinspirées par une foi vivante et imprégnées beaucoup plus dintellectualisme que de spiritualité, qui sauront toucher les âmes pour les amener vers Dieu? En vérité, aujourdhui, nous avons ouvert nos portes toutes grandes aux sciences humaines et à la prétention qui les habite, alors que nous les avons malheureusement refermées à la vie divine qui, pressentie au sein des grands témoins, savait pourtant toucher les coeurs sans détour et sans calcul.
Voilà pourquoi vous, théologiens et hommes dÉglise, qui avez pour mission de préserver la doctrine et surtout, ne loublions pas, de la faire fructifier, devez être prudents dans vos jugements et surtout savoir orienter votre prudence. En effet, à quoi sert dêtre prudents ou méfiants si nous navons pas pris soin didentifier auparavant notre ennemi. Or lennemi le plus menaçant nest pas celui qui vient de lextérieur sous lapparence de doctrines erronées. Cest celui qui cherche en premier lieu à faire pénétrer subtilement en nous des raisonnements humains afin daltérer notre jugement et de nous fermer à la grâce divine. Et à quoi sert de surveiller lennemi à lextérieur en montant aux barricades si plusieurs de ses légions sont déjà installées à lintérieur de nos murs, occupées à empoisonner notre esprit par des réflexions strictement humaines?
Par exemple, depuis longtemps, plusieurs refusent daccorder à la mère de Dieu les attributs de médiatrice, Co-rédemptrice et avocate, qui lui reviennent de droit, par crainte de susciter un culte qui reléguerait le Christ au second rang. En toute fraternité, purifions notre jugement! Des enfants sains aimeront-ils moins leur père parce quils aiment leur mère, ou encore un père sain sopposera-t-il au fait que son épouse soit admirée et aimée de ses enfants par crainte de perdre leur amour? Comment peut-on appliquer à Dieu de tels schémas? En vérité, ce nest pas la volonté divine que nous prenons ainsi en compte dans de telles délibérations, mais bien nos propres considérations alourdies par tout leur poids dhumanité.
Dautres prétendent aussi quune telle décision pourrait entraver la démarche oecuménique. Mais comment pouvons-nous savoir que cette reconnaissance de la Mère de Dieu constituera un obstacle à loecuménisme? Même si nous croyons y déceler certains irritants, comment pouvons-nous être à ce point assurés quil ne vaudrait pas mieux donner préséance à notre foi plutôt quà nos calculs stratégiques, et considérer que la Mère de lÉglise contribuera au contraire à faire avancer la cause de lunité des chrétiens en rassemblant tous ses enfants sous son aile? Croyons-nous sincèrement que la démarche oecuménique se réglera par un simple jeu de discussions où les parties négocieront les articles de la vérité comme on négocie les clauses dune convention syndicale en trouvant un compromis qui évitera de froisser leurs susceptibilités respectives?
Cest lorsque lennemi a réussi à nous endormir en faisant pénétrer en nous de tels raisonnements inspirés dune logique purement humaine quil nous faut commencer à craindre et non lorsque Dieu, parlant à travers ses témoins, tente déveiller en nous toutes les audaces de la foi. Trop de personnes autour de nous ne seraient-elles pas malheureusement déjà tombées dans un sommeil très profond?
Avant de mettre de côté ceux qui, comme Marie-Paule, portent témoignage, il y a donc lieu de nous interroger sérieusement sur la justesse de nos actions qui, lorsquelles némergent point de notre envie, risquent fort de provenir des effluves de prétention humaine qui émanent de notre orgueil inavoué.
Ces interrogations sont dautant plus pertinentes que, tout au long de lhistoire, avant de susciter des mouvements, Dieu a dabord choisi de parler et dagir à travers des personnes, prophètes, saints ou autres qui, en premier lieu, ont dû être reconnus en qualité de témoins. La reconnaissance de la valeur des témoins fait donc partie intégrante de lévolution des oeuvres suscitées par Dieu.
UNE OEUVRE AU POUVOIR RÉVOLUTIONNAIRE
En outre, si ce principe de reconnaissance des témoins est généralement valable, il faut considérer quil revêt une importance particulière dans le cas de la mission de Marie-Paule. En effet, avec le développement des sciences et lexpansion du rationalisme, la foi a subi un tel déclin que Dieu est devenu pour plusieurs une abstraction, une hypothèse, une possibilité ou un sujet dont on discute, mais, pour beaucoup, il est hors de question quil sagisse dun Être tangible intervenant concrètement au sein de notre histoire.
Or, dans Vie dAmour, Dieu et lImmaculée se révèlent clairement comme personnes et se font plus que jamais proches des hommes. Ils parlent, donnent des directives et nhésitent pas à se manifester directement pour guider à travers les embûches lévolution de lOeuvre de lArmée de Marie qui marquera à la fois la fin dune époque et le début dune ère nouvelle. Quant au rôle particulier de Marie-Paule, même sil demeure encore empreint de mystère, il révèle aux humains la présence agissante de lImmaculée au sein de lhistoire, témoignage qui ne peut que nous rappeler, quoique de manière différente, toute la force et limpact de celui porté jadis par Jésus-Christ en tant que Fils de Dieu.
Le témoignage apporté par Marie-Paule donne donc plus que jamais aux êtres humains loccasion de prendre conscience du fait quils ont un Père et une Mère qui désirent leur bien et les accompagnent à travers leur cheminement terrestre. Il peut donc tout à fait être qualifié de révolutionnaire, car il porte en lui lune des plus grandes forces de changement que nous ayons pu rencontrer à travers lhistoire de lÉglise jusquà ce jour, étant capable de faire basculer toutes les conceptions actuelles avec les erreurs quelles comportent.
Ce nest pas en nous inscrivant dans le courant tortueux des hésitations présentes que nous parviendrons à convaincre et à susciter une force de changement, mais en utilisant courageusement et positivement toute la vigueur des témoignages capables de détruire les barrages du mensonge actuel pour laisser enfin toute la force de la vérité sécouler et inonder le monde.
LE RÔLE DE LA CO-RÉDEMPTRICE
À ce titre, il est plus que jamais urgent que nous cessions de considérer lémergence dune dévotion à lImmaculée Co-rédemptrice comme une entrave à la gloire du Rédempteur pour comprendre enfin que celle-ci participe au contraire de la consécration de la victoire définitive de Dieu sur Satan!
En effet, pour créer lhumanité, Dieu dut susciter ce qui était de Lui, mais nétait pas Lui et, par conséquent, consentir à travers son Oeuvre au «surgissement de la fragilité». Il nya donc rien détonnant que le serpent ait choisi, pour atteindre Dieu, dattaquer lHomme (lhumanité), puisque celui-ci semblait être le plus vulnérable. Il ny a rien détonnant également à ce que, de la même manière, pour atteindre lhumanité, le serpent ait choisi dattaquer dabord en elle la femme, car lHomme étant fait à limage de Dieu, cest elle qui, étant de lhomme, mais nétant pas lhomme, semblait la plus fragile.
Par conséquent, ce nest point vainement que Dieu créa, après la faute, une inimitié entre la femme et le serpent, en soulignant que celle-ci lui écraserait la tête, puisque ce nest précisément que lorsque cette partie fragile, qui avait été vaincue et représentant symboliquement lhumanité, vaincrait elle-même le serpent que Sa victoire sur le malin serait totalement consommée. Et cette victoire commença il y a deux mille ans lorsque, dans la foi, lhumilité et lobéissance les plus totales, une femme accepta au nom de lhumanité de suivre la volonté de Dieu, cette femme qui aujourdhui est appelée à nous mener vers la victoire finale.
Cest pourquoi le mystère de la Rédemption nest nullement supplanté par le mystère de la Co-rédemption, mais au contraire lappelle instamment. En effet, cest Dieu qui sauve, mais la glorification du Rédempteur ne connaît son ultime aboutissement que par la réalisation du mystère de la Co-rédemption, puisque cest à travers la collaboration des humains que Dieu réalise la victoire définitive de Sa création sur le mal.
À partir de ces observations, il nest donc nullement étonnant que le témoignage porté dans Vie dAmour suscite la controverse et, dune certaine manière, soit craint, car il porte en lui une force de changement et une puissance de Révélation propres à ébranler les scepticismes, à stimuler notre foi et, contrairement à ce que certains craignent, mais tel que mentionné dans lOeuvre même, capables de «redonner le Christ au monde».
4 décembre 2000
Jean-Marcel Gaudreault
1. Comme le soulignait Arnaud Desjardins: «Un maître nous conduit à lautonomie et non à la dépendance, à la tolérance et non au fanatisme, à la compassion et non à lorgueil, à louverture aux autres, tous les autres, et non au repliement sur soi-même dans la conviction de faire partie dune minorité délus», et si telles sont les caractéristiques dun maître, alors Marie-Paule peut être considérée comme un vrai maître pour nous tous.