À travers les oppositions:
FORCE ET GRANDEUR DE LA MISSION DE MARIE-PAULE

par Jean-Marcel GAUDREAULT

Depuis la fondation de l’Armée de Marie, plusieurs discussions ont eu lieu autour de la personne de Marie-Paule. À ce sujet, certaines autorités religieuses ont déjà mentionné qu’elles étaient ouvertes au mouvement mais non à sa fondatrice, attitude qui s’est maintes fois manifestée par la formule lapidaire: «L’Armée de Marie, oui, mais Marie-Paule, non!» Cependant, nous vivons actuellement des événements particuliers qui nous commandent de mieux comprendre les enjeux cruciaux qui se dessinent derrière cette reconnaissance du rôle de Mère Paul-Marie.

LES RÉTICENCES

Il faut tout d’abord souligner qu’à travers les siècles passés ceux qui semblaient avoir une mission spéciale à accomplir ont toujours dû affronter le doute et la suspicion de leurs contemporains, réticences qui, d’une certaine manière, pouvaient s’avérer compréhensibles du fait que les rôles particuliers comme ceux de Jésus, Jean le Baptiste ou Jeanne d’Arc ne sont pas légion dans l’histoire. Cependant, la prolifération de faux prophètes que nous avons connue au cours du dernier siècle et l’effet d’amplification exercé sur elle par les médias ont contribué à exacerber notre méfiance, nous rendant, tout comme une série de fausses alertes, extrêmement sceptiques face au moindre cas soumis à notre connaissance.

C’est pourquoi certains de nos contemporains se sentent aujourd’hui justifiés de rejeter a priori et sans discernement tout phénomène qui semble présenter une origine céleste ou surnaturelle sous prétexte qu’il est de nature suspecte. Pourtant, nous pouvons aisément percevoir le vide intellectuel et même la sottise qui sous-tendent une telle attitude, car celle-ci équivaut à rejeter le surnaturel parce qu’il est surnaturel ou encore à condamner le nouveau simplement parce qu’il est nouveau. C’est d’ailleurs justement avec ce genre d’arguments creux et tautologiques que Jésus et Jeanne d’Arc furent tués. Celui-ci fut crucifié parce qu’Il se disait Fils de Dieu et celle-ci brûlée parce qu’elle entendait des voix. Par conséquent, nier a priori l’authenticité de la mission de Marie-Paule, sous le simple prétexte que «cela ne se peut pas», constitue une position tout à fait dérisoire qui ne peut que traduire le manque de sérieux de celui qui l’adopte.

S’OUVRIR AUX LUMIÈRES DE L’ESPRIT

Certes, il faut éviter d’endosser les prétentions du premier venu, mais le discernement nécessaire ici doit s’exercer sur des bases plus solides et plus fondamentales. La sagesse nous commande donc d’examiner la qualité du témoin concerné et celle de ses oeuvres pour tenter d’y déceler les marques d’une authentique action divine. Si nous désirons que cet examen soit juste et fiable, il nous faut toutefois veiller à ce que celui-ci ne soit pas uniquement fondé sur un argumentaire théologique, surtout lorsque, comme dans les cas semblables à Vie d’Amour, les révélations étudiées semblent apporter un éclairage nouveau et complémentaire à la compréhension des Écritures.

En effet, il convient de tirer leçon des événements de l’histoire de l’Église, en commençant par celles émanant de la venue du Christ lui-même, et d’avoir à l’esprit que la théologie n’est pas une science définitive et autonome, puisque l’autorité qui lui est conférée est constamment tributaire de la Révélation d’où elle tire ses racines. En d’autres termes, c’est la théologie qui est subordonnée à la réalité divine et non l’inverse et, par conséquent, en ce qui concerne l’évolution de cette science, Dieu précède toujours la démarche des théologiens. Ceux-ci doivent donc examiner les cas qui leur sont soumis en veillant à ne pas enclore la doctrine à l’intérieur de cadres statiques comme l’ont fait autrefois les pharisiens, mais en demeurant ouverts aux lumières nouvelles dont celle-ci pourrait bénéficier.

Ce n’est d’ailleurs pas inutilement que Jésus disait à ses apôtres: «J’ai encore bien deschoses à vous dire mais actuellement, vous n’êtes pas à même de les supporter; lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière» (Jn 16, 12-13). Ces paroles relatées par Jean référaient bien sûr aux lumières nouvelles que leur apporterait le Paraclet au jour de la Pentecôte, mais le recul historique fourni par 2000 ans d’histoire nous oblige à constater qu’elles se projetaient sur un avenir plus vaste englobant l’ensemble de l’histoire de l’Église, car il est aujourd’hui évident que les humains n’ont pas encore pleinement saisi toute la richesse et toute l’envergure de la doctrine chrétienne. À travers les cas qui leur sont soumis, il est donc de première importance que les théologiens s’appliquent à distinguer clairement ce qui contredit la doctrine de ce qui, au contraire, lui permet de se déployer, en étant sans cesse conscients de la possibilité tout à fait réelle que Dieu les ait encore devancés.

NOS JUGEMENTS: UNE PROJECTION DE CE QUE NOUS SOMMES

Mais, au-delà des considérations théologiques, il est un autre élément encore plus important par rapport auquel nous devons prendre des précautions extrêmes lorsque vient le temps d’examiner une Oeuvre comme celle de la vie de Marie-Paule, relatée dans les livres Vie d’Amour, précautions sans lesquelles notre analyse pourrait être totalement faussée. Il s’agit de... «nous-mêmes». En effet nous ne devons pas oublier que la qualité des jugements que nous portons est un reflet de la qualité de notre démarche. Par conséquent, nous pourrions dire que d’une certaine manière nos jugements nous révèlent et même, en quelque sorte, qu’ils nous jugent. Il n’est d’ailleurs point étonnant que le Seigneur ait jadis affirmé que nous serions mesurés avec notre propre mesure. Et ce principe prend toute sa réalité lorsque nous sommes confrontés à la lecture de Vie d’Amour, car les événements et les révélations qui y sont rapportés constituent des éléments clés qui, tout en ne laissant place à aucune équivoque, sont appelés à jouer un rôle de premier plan à l’époque charnière dans laquelle nous nous trouvons, marquée par les controverses au sujet de la doctrine chrétienne.

Sans aborder comme telle la substance même de l’Oeuvre, que seule une lecture approfondie permet de saisir, nous pourrions dire que, globalement, celle-ci nous présente à la fois des éléments qui concernent la vie intérieure et d’autres qui sont d’ordre extérieur. Sur le premier de ces plans, nous pouvons suivre le cheminement d’une âme d’élite dont le caractère exceptionnel apparaît dès les premières pages et qui accomplit, à travers les épreuves qu’elle traverse, un cheminement spirituel pouvant, sans contredit, constituer un modèle et une source d’inspiration pour chacun d’entre nous. En outre, dans un style empreint de franchise et de simplicité, cette âme nous entretient avec autorité de vie spirituelle et des voies mystiques, autorité qui, il est important de le souligner, ne provient manifestement pas du ton ou de quelque artifice que l’auteur aurait pu se conférer, mais se dégage, au contraire nettement, de la justesse et de la qualité intrinsèque de ses propos1. Non seulement cette qualité spirituelle est d’ailleurs manifestée à l’intérieur du discours, mais elle est aussi appuyée solidement par tous les gestes posés au fur et à mesure des événements relatés et qui, imprégnés de sagesse évangélique, constituent un vivant plaidoyer en faveur de l’authenticité de cette Oeuvre.

Sur un plan plus extérieur, les événements relatés dans Vie d’Amour démontrent en outre que Marie-Paule est gratifiée d’une manière peu commune de charismes et de locutions intérieures qu’elle n’a pas demandés ou recherchés. Ceux-ci l’aident cependant à accomplir la mission particulière qui lui est confiée pour le temps présent et qui la lie d’une manière toute spéciale à l’Immaculée. Les faits relatés sont sans équivoque. Les charismes sont particulièrement nombreux, les locutions intérieures le sont aussi et leur contenu, extrêmement clair et franc, ne laisse aucune place aux demi-mesures. Quant aucaractère particulier de la mission de Marie-Paule, il ressort aussi d’une manière très explicite.

Ceux qui lisent Vie d’Amour se trouvent donc en présence de faits qui ne peuvent se satisfaire de positions tièdes ou intermédiaires: ou Marie-Paule ment par fourberie ou déséquilibre, ou le Ciel lui parle réellement. Or la qualité spirituelle de ses propos et celle de son témoignage de vie rendent peu crédible l’hypothèse d’une supercherie ou d’un quelconque déséquilibre, d’autant plus que ces révélations qu’elle a eu l’ordre d’écrire ont été jusqu’à maintenant pour elle la cause de grandes souffrances.

En effet, l’être spirituel ne cherche pas à être mis en évidence. Il désire au contraire se retirer pour trouver ses délices en Dieu. N’ayant aucun attrait pour les honneurs humains, il sait en outre très bien que ceux-ci constituent au contraire pour lui un danger qui pourrait bien éloigner son âme de Celui qu’elle aime. S’il est contraint par la force des choses ou par obéissance à être mis en évidence, il en éprouvera une grande contrariété et une grande souffrance.

Or Marie-Paule démontre constamment qu’elle est dans cet état d’esprit par rapport à ce qui lui est demandé. Elle répète sans cesse qu’elle est un «zéro» et qu’elle voudrait disparaître. Quiconque est le moindrement familier avec les particularités de la vie spirituelle et mystique peut donc constater facilement que l’attitude qu’elle démontre par rapport au fait qu’elle soit mise en avant ne vient nullement discréditer son témoignage, mais renforce au contraire toute son authenticité. Tôt ou tard, le lecteur doit donc faire face à la troublante évidence: comment en effet, la simplicité, la sincérité et la vertu qui transpirent de ces pages pourraient-elles émaner d’une source frauduleuse?

C’est pourquoi il y a lieu de se demander très sérieusement pourquoi les détracteurs ne prêtent attention qu’aux aspects extérieurs de Vie d’Amour, c’est-à-dire aux charismes et aux locutions intérieures, et, insensibles à la valeur spirituelle de l’Oeuvre, en arrivent curieusement à dire: «Quelle est cette orgueilleuse qui tente de se mettre en évidence?» Cette attitude démontre-t-elle qu’ils ont porté sur Vie d’Amour un regard éclairé ou ne révèle-t-elle pas simplement les schémas mondains qu’ils portent en eux et qu’ils projettent inconsciemment sur Marie-Paule parce qu’ils ne connaissent pas d’autre manière de penser? En effet, comment quelqu’un qui est imprégné de l’esprit du monde actuel avec ses luttes pour les honneurs et le pouvoir, peut-il réussir à comprendre qu’une personne puisse souffrir d’être mise en avant et de voir sa vie étalée au grand jour?

Quand bien même on donnerait à une hyène des mets fins et recherchés, elle persistera à les traiter comme la charogne dont elle se repaît tous les jours. Ou encore tout devient clou pour celui qui ne possède qu’un marteau comme outil et tout ne devient qu’orgueil et prétention pour celui qui, imprégné des schémas du monde, est incapable de concevoir qu’une personne puisse être mise en évidence sans en éprouver de l’orgueil ou de la fierté.

L’ORGUEIL ET L’HUMILITÉ: AU-DELÀ DES APPARENCES

Pourtant la mise en relief d’une personne à travers une mission particulière n’implique pas nécessairement qu’elle soit orgueilleuse. Ceux qui côtoient Marie-Paule quotidiennement sont en mesure de le confirmer facilement. De plus, selon ce raisonnement, Jésus, Jean le Baptiste et Jeanne d’Arc ne devraient-ils pas être considérés comme ayant été de grands orgueilleux? L’orgueil ne consiste donc pas à être en évidence et l’humilité à être dans l’ombre. Certaines personnes sont dans l’ombre justement parce que, étant orgueilleuses, elles craignent les critiques et préfèrent juger les autres sans s’exposer, alors que d’autres sont humiliées par une mise en évidence qu’elles n’ont pas désirée et qui leur donne un rôle dont elles se savent indignes. L’être spirituel qui estéminemment conscient de son indignité, peut d’ailleurs souffrir considérablement de se voir attribuer à tort par les gens des mérites qu’il sait ne revenir qu’à Dieu. Il est en outre extrêmement conscient que LE FAIT QUE NOUS SOYONS CONNUS OU MIS AU PREMIER PLAN N’AJOUTE ABSOLUMENT RIEN À NOS MÉRITES DEVANT DIEU.

L’humilité ne consiste donc pas à mentir aux autres ou à soi-même en dénigrant nos capacités ou nos talents (certains agissent d’ailleurs ainsi avec cette forme particulière d’orgueil qu’est la «prétention d’humilité»), ou, dans le cas de Marie-Paule, à nier la mission qui est la sienne. Jésus nous a dit de faire fructifier nos talents et de ne pas mettre la lumière sous le boisseau. L’humilité consiste au contraire à être dans la vérité jusqu’au bout et, par conséquent, elle implique QUE NOUS SOYONS VIVEMENT CONSCIENTS QUE TOUT CE QUE NOUS POSSÉDONS NOUS A ÉTÉ DONNÉ PAR DIEU ET QUE, À TRAVERS TOUT CE QUE NOUS ACCOMPLISSONS, CE N’EST QUE LUI ET LUI SEUL QUI EST GLORIFIÉ.

La Vérité veut également que si certaines personnes s’avèrent gratifiées dans Vie d’Amour de bénédictions spéciales qui semblent les distinguer d’une manière particulière, ces gestes ne visent nullement à glorifier les gens concernés, mais Dieu seul qui révèle simplement ainsi les sommets qui sont appelés à être atteints à la «fin des temps» (non la fin du monde) par les seuls progrès que sa grâce a fait accomplir aux êtres humains à travers les siècles. Les gens désignés n’ont, par conséquent, aucune raison d’en tirer orgueil puisque tout vient de Dieu, et que Lui seul peut juger de la manière dont ils ont su faire fructifier ses grâces dans la conjoncture historique favorable dans laquelle ils se trouvaient.

Ces idées sont fondamentales. Et, si elles ont tendance à contrarier notre humanité, sans cesse rivée aux apparences, en vérité notre âme ne peut qu’en jubiler: GRANDEUR ET SPLENDEUR DE LA JUSTICE DIVINE, MERVEILLE DE VÉRITÉ ET OASIS DE PAIX OFFERTES AU GENRE HUMAIN!

MIROIRS DE DIEU

De plus, nous pouvons considérer que Vie d’Amour agit comme un révélateur pour celui qui en fait la lecture, car il le met en face de meilleure que lui-même. Or comment réagissons-nous en pareille circonstance? Sommes-nous envahis par l’envie, la rivalité et la volonté de détruire ce qui semble mettre en relief nos limites, ou sommes-nous empressés de nous «faire miroirs», comme celle que nous admirons, pour refléter à notre tour la Beauté de l’Amour Divin? En effet, nous ne devons pas oublier que toute beauté vient de Dieu. Comme ces chambres remplies de miroirs qui nous amusaient dans notre enfance et qui n’avaient leur raison d’être que par la lumière qui s’y réfléchissait, la fête céleste sera donc d’autant plus belle et grande que nous aurons tous su devenir des miroirs pour refléter la Beauté de la Lumière Divine.

Conscients de ce qu’est la créature par rapport au Créateur, la découverte de celle qui, comme un miroir vivant, reflète l’Amour de Dieu devrait donc nous inciter non pas à briser l’instrument qui Le glorifie, mais à nous faire nous-mêmes, devant elle, miroirs, sans envie ni compétition, afin de nous préparer à accroître l’atmosphère de la fête céleste. Il importe donc que l’envie ne nous fasse point percevoir celle qui est l’instrument de Dieu comme une rivale, mais que nous la voyions plutôt comme une mère ou une grande soeur qui, au prix de plusieurs sacrifices, commence déjà à préparer pour nous la fête.

Qui que nous soyons, craignons donc avec humilité et prudence que l’Oeuvre de Vie d’Amour et, à travers elle, Marie-Paule ne soient crucifiées par notre suffisance et surtoutpar la barbarie inconsciente des idées sur lesquelles nous fondons nos jugements, empreints le plus souvent d’une humanité si lourde et si mesquine.

MARIE-PAULE OU L’ARMÉE DE MARIE: UN FAUX DILEMME

Enfin, à travers tous ces débats entourant la personne de Marie-Paule, il s’en trouvera aussi sûrement plusieurs pour croire qu’il serait plus logique et plus utile de travailler à la progression du mouvement de l’Armée de Marie plutôt que de tergiverser sur le rôle de sa fondatrice.

Si nous pensons de cette manière, nous devons cependant nous demander sur quelles bases nous nous appuyons pour prétendre ainsi connaître les forces qui feront progresser l’Église en ces temps difficiles et savoir ce dont ses membres ont besoin réellement à l’heure actuelle.

Pouvons-nous croire raisonnablement que ce sont toutes nos «stratégies» et «techniques pastorales», empruntées davantage à la psychologie humaine qu’inspirées par une foi vivante et imprégnées beaucoup plus d’intellectualisme que de spiritualité, qui sauront toucher les âmes pour les amener vers Dieu? En vérité, aujourd’hui, nous avons ouvert nos portes toutes grandes aux sciences humaines et à la prétention qui les habite, alors que nous les avons malheureusement refermées à la vie divine qui, pressentie au sein des grands témoins, savait pourtant toucher les coeurs sans détour et sans calcul.

Voilà pourquoi vous, théologiens et hommes d’Église, qui avez pour mission de préserver la doctrine et surtout, ne l’oublions pas, de la faire fructifier, devez être prudents dans vos jugements et surtout savoir orienter votre prudence. En effet, à quoi sert d’être prudents ou méfiants si nous n’avons pas pris soin d’identifier auparavant notre ennemi. Or l’ennemi le plus menaçant n’est pas celui qui vient de l’extérieur sous l’apparence de doctrines erronées. C’est celui qui cherche en premier lieu à faire pénétrer subtilement en nous des raisonnements humains afin d’altérer notre jugement et de nous fermer à la grâce divine. Et à quoi sert de surveiller l’ennemi à l’extérieur en montant aux barricades si plusieurs de ses légions sont déjà installées à l’intérieur de nos murs, occupées à empoisonner notre esprit par des réflexions strictement humaines?

Par exemple, depuis longtemps, plusieurs refusent d’accorder à la mère de Dieu les attributs de médiatrice, Co-rédemptrice et avocate, qui lui reviennent de droit, par crainte de susciter un culte qui reléguerait le Christ au second rang. En toute fraternité, purifions notre jugement! Des enfants sains aimeront-ils moins leur père parce qu’ils aiment leur mère, ou encore un père sain s’opposera-t-il au fait que son épouse soit admirée et aimée de ses enfants par crainte de perdre leur amour? Comment peut-on appliquer à Dieu de tels schémas? En vérité, ce n’est pas la volonté divine que nous prenons ainsi en compte dans de telles délibérations, mais bien nos propres considérations alourdies par tout leur poids d’humanité.

D’autres prétendent aussi qu’une telle décision pourrait entraver la démarche oecuménique. Mais comment pouvons-nous savoir que cette reconnaissance de la Mère de Dieu constituera un obstacle à l’oecuménisme? Même si nous croyons y déceler certains irritants, comment pouvons-nous être à ce point assurés qu’il ne vaudrait pas mieux donner préséance à notre foi plutôt qu’à nos calculs stratégiques, et considérer que la Mère de l’Église contribuera au contraire à faire avancer la cause de l’unité des chrétiens en rassemblant tous ses enfants sous son aile? Croyons-nous sincèrement que la démarche oecuménique se réglera par un simple jeu de discussions où les parties négocieront les articles de la vérité comme on négocie les clauses d’une convention syndicale en trouvant un compromis qui évitera de froisser leurs susceptibilités respectives?

C’est lorsque l’ennemi a réussi à nous endormir en faisant pénétrer en nous de tels raisonnements inspirés d’une logique purement humaine qu’il nous faut commencer à craindre et non lorsque Dieu, parlant à travers ses témoins, tente d’éveiller en nous toutes les audaces de la foi. Trop de personnes autour de nous ne seraient-elles pas malheureusement déjà tombées dans un sommeil très profond?

Avant de mettre de côté ceux qui, comme Marie-Paule, portent témoignage, il y a donc lieu de nous interroger sérieusement sur la justesse de nos actions qui, lorsqu’elles n’émergent point de notre envie, risquent fort de provenir des effluves de prétention humaine qui émanent de notre orgueil inavoué.

Ces interrogations sont d’autant plus pertinentes que, tout au long de l’histoire, avant de susciter des mouvements, Dieu a d’abord choisi de parler et d’agir à travers des personnes, prophètes, saints ou autres qui, en premier lieu, ont dû être reconnus en qualité de témoins. La reconnaissance de la valeur des témoins fait donc partie intégrante de l’évolution des oeuvres suscitées par Dieu.

UNE OEUVRE AU POUVOIR RÉVOLUTIONNAIRE

En outre, si ce principe de reconnaissance des témoins est généralement valable, il faut considérer qu’il revêt une importance particulière dans le cas de la mission de Marie-Paule. En effet, avec le développement des sciences et l’expansion du rationalisme, la foi a subi un tel déclin que Dieu est devenu pour plusieurs une abstraction, une hypothèse, une possibilité ou un sujet dont on discute, mais, pour beaucoup, il est hors de question qu’il s’agisse d’un Être tangible intervenant concrètement au sein de notre histoire.

Or, dans Vie d’Amour, Dieu et l’Immaculée se révèlent clairement comme personnes et se font plus que jamais proches des hommes. Ils parlent, donnent des directives et n’hésitent pas à se manifester directement pour guider à travers les embûches l’évolution de l’Oeuvre de l’Armée de Marie qui marquera à la fois la fin d’une époque et le début d’une ère nouvelle. Quant au rôle particulier de Marie-Paule, même s’il demeure encore empreint de mystère, il révèle aux humains la présence agissante de l’Immaculée au sein de l’histoire, témoignage qui ne peut que nous rappeler, quoique de manière différente, toute la force et l’impact de celui porté jadis par Jésus-Christ en tant que Fils de Dieu.

Le témoignage apporté par Marie-Paule donne donc plus que jamais aux êtres humains l’occasion de prendre conscience du fait qu’ils ont un Père et une Mère qui désirent leur bien et les accompagnent à travers leur cheminement terrestre. Il peut donc tout à fait être qualifié de révolutionnaire, car il porte en lui l’une des plus grandes forces de changement que nous ayons pu rencontrer à travers l’histoire de lÉglise jusquà ce jour, étant capable de faire basculer toutes les conceptions actuelles avec les erreurs qu’elles comportent.

Ce n’est pas en nous inscrivant dans le courant tortueux des hésitations présentes que nous parviendrons à convaincre et à susciter une force de changement, mais en utilisant courageusement et positivement toute la vigueur des témoignages capables de détruire les barrages du mensonge actuel pour laisser enfin toute la force de la vérité s’écouler et inonder le monde.

LE RÔLE DE LA CO-RÉDEMPTRICE

À ce titre, il est plus que jamais urgent que nous cessions de considérer l’émergence d’une dévotion à l’Immaculée Co-rédemptrice comme une entrave à la gloire du Rédempteur pour comprendre enfin que celle-ci participe au contraire de la consécration de la victoire définitive de Dieu sur Satan!

En effet, pour créer l’humanité, Dieu dut susciter ce qui était de Lui, mais n’était pas Lui et, par conséquent, consentir à travers son Oeuvre au «surgissement de la fragilité». Il n’ya donc rien d’étonnant que le serpent ait choisi, pour atteindre Dieu, d’attaquer l’Homme (l’humanité), puisque celui-ci semblait être le plus vulnérable. Il n’y a rien d’étonnant également à ce que, de la même manière, pour atteindre l’humanité, le serpent ait choisi d’attaquer d’abord en elle la femme, car l’Homme étant fait à l’image de Dieu, c’est elle qui, étant de l’homme, mais n’étant pas l’homme, semblait la plus fragile.

Par conséquent, ce n’est point vainement que Dieu créa, après la faute, une inimitié entre la femme et le serpent, en soulignant que celle-ci lui écraserait la tête, puisque ce n’est précisément que lorsque cette partie fragile, qui avait été vaincue et représentant symboliquement l’humanité, vaincrait elle-même le serpent que Sa victoire sur le malin serait totalement consommée. Et cette victoire commença il y a deux mille ans lorsque, dans la foi, l’humilité et l’obéissance les plus totales, une femme accepta au nom de l’humanité de suivre la volonté de Dieu, cette femme qui aujourd’hui est appelée à nous mener vers la victoire finale.

C’est pourquoi le mystère de la Rédemption n’est nullement supplanté par le mystère de la Co-rédemption, mais au contraire l’appelle instamment. En effet, c’est Dieu qui sauve, mais la glorification du Rédempteur ne connaît son ultime aboutissement que par la réalisation du mystère de la Co-rédemption, puisque c’est à travers la collaboration des humains que Dieu réalise la victoire définitive de Sa création sur le mal.

À partir de ces observations, il n’est donc nullement étonnant que le témoignage porté dans Vie d’Amour suscite la controverse et, d’une certaine manière, soit craint, car il porte en lui une force de changement et une puissance de Révélation propres à ébranler les scepticismes, à stimuler notre foi et, contrairement à ce que certains craignent, mais tel que mentionné dans l’Oeuvre même, capables de «redonner le Christ au monde».

4 décembre 2000

Jean-Marcel Gaudreault

1. Comme le soulignait Arnaud Desjardins: «Un maître nous conduit à l’autonomie et non à la dépendance, à la tolérance et non au fanatisme, à la compassion et non à l’orgueil, à l’ouverture aux autres, tous les autres, et non au repliement sur soi-même dans la conviction de faire partie d’une minorité d’élus», et si telles sont les caractéristiques d’un maître, alors Marie-Paule peut être considérée comme un vrai maître pour nous tous.