«VOUS ÊTES LE CORPS DU CHRIST...
VOUS ÊTES LE SANG DU CHRIST...»

par l’abbé Marcel LAROUCHE

«Vous êtes le Corps du Christ... Vous êtes le Sang du Christ...»
(Chant eucharistique «Je cherche» – O Vercruysse)

Nous avons tous entendu ou chanté ce magnifique chant interprété par John Littleton qui est au répertoire régulier d’un grand nombre d’églises au Canada et ailleurs:

«Je cherche le Visage,
le Visage du Seigneur...
Je cherche son Image
tout au fond de vos coeurs.
Vous êtes le Corps du Christ.
Vous êtes le Sang du Christ.
Vous êtes l’Amour du Christ.
Vous êtes la Paix du Christ.
Vous êtes la Joie du Christ.
Alors! qu’avez-vous fait de Lui?»

Voilà des paroles inspirées, s’il en fut. Des paroles qui évoquent sans détour la puissance d’un mystère d’amour, le mystère eucharistique chrétien. Peu importe l’interprétation spirituelle, comparative ou analogue qu’on voudrait donner à ce texte, on est étonné par la hardiesse et l’originalité du sens qui s’y dégage au premier abord. Il est clair que d’affirmer: «Vous êtes le Corps du Christ... Vous êtes le Sang du Christ» suggère une proximité du chrétien et de la chrétienne avec le Christ, une proximité assimilable au thème de l’identification mystique cher à saint Paul où il dit: «Ce n est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi» (Ga 2, 20)

Malgré la puissance évocatrice du chant «Je cherche...», personne n’a pensé, que je sache, partir en guerre contre l’auteur et l’interprète pour les taxer d’hérésie et d’être en marge de la communauté ecclésiale catholique. D’ailleurs, l’excellent chanteur chrétien qui interprétait ce texte est baptiste. Heureusement qu’il n y a pas eu de chasse aux sorcières. Oecuménisme oblige.

À mon humble avis, le mystère eucharistique ne serait-il pas suffisamment large, profond et élevé pour englober des sens qui nous échappent encore? Est-ce un mystère statique et fermé ou un mystère dynamique et ouvert? En tout cas, le magnifique texte «Je cherche...» permet de croire plutôt en un mystère dynamique et ouvert où l’amour de Dieu se vit dans une relation interpersonnelle d’une intensité insoupçonnée. Si la relation du Corps du Christ eucharistique avec l’être humain est à ce point condensée et unificatrice, n’y aurait-il pas une place particulière, en cet Amour déployé, pour l’expression du mystère de l’Immaculée?

Eu égard à la place centrale du rôle de la Mère dans l’incarnation du Fils, le contraire serait surprenant. Il y aurait lieu d’explorer plus à fond cette avenue d’approfondissement spirituel.

Toute lumière développant et élargissant la richesse de sens du mystère chrétien suscite toujours des réactions incrédules ou des scandales. Mais les âmes simples et humbles croient sans s’énerver, sans partir à l’épouvante, sans crier à l’hérésie pour ce qui est déjà présent dans le coeur de la foi. Il est réconfortant de constater comment les petites âmes peuvent comprendre l’agir de Dieu se manifestant à l’improviste.

Plusieurs personnes répandent l’idée que les Fils de Marie propagent une autre religion où leur Fondatrice serait dans l’Eucharistie. On pourrait leur répondre avec la logique chrétienne: «C’est pourtant bien simple. Quand on communie, n’est-ce pas le Corps du Christ qu’on assimile matériellement à notre corps, mais pour être, spirituellement, assimilés au Christ?» Quant à la doctrine chrétienne, ne nous affirme-t-elle pas qu’au moyen des sacrements nous sommes divinisés par grâce? Quand nous communions avec l’Hostie, nous ne faisons pas toutes ces distinctions et ces nuances, nous nous laissons porter par la grâce de Dieu, sans discours théologique ou spirituel; chacun fait alors son action de grâce courte ou longue et s’unit à Dieu avec son vécu, ses traditions, ses expériences propres, son amour, ses espoirs, ses craintes, ses angoisses, etc., sans préjuger ni analyser l’action de grâce des autres. La présence eucharistique est une présence grandiose de Dieu, mais dans une extrême simplicité.

André Malraux, grand écrivain français, disait une phrase type reprise et analysée par des auteurs et des personnages: «Le XXIe siècle sera spirituel ou il ne sera pas.» Constat prophétique. Augure perspicace. Lumière inauguratrice. André Malraux a perçu l’essentiel de l’histoire. Il a vu juste, car, véritablement, le nouveau millénaire appartiendra au spirituel ou il ira vers le cul-de-sac. Il y a fort à parier que cette dimension spirituelle sera habitée par des âmes eucharistiques et mariales, les deux composantes se compénétrant à la jointure de l’âme. Si Marie est Mère de Dieu et Mère de l’Église, il y a lieu de se demander si Elle ne serait pas en quelque manière et en un sens particulier présente dans le mystère eucharistique? L’avenir le précisera probablement.

Le chant «Je cherche» de John Littleton fait figure de proue pour nous initier à la compréhension du facteur d’identification entre le Corps et le Sang du Christ et les disciples qui suivent le Seigneur. John Littleton trace un chemin où les âmes seront plus conscientes de la présence du Christ en elles et de leur présence dans le Corps et le Sang du Christ.

Le chant de John Littleton affirme: «Je cherche le Visage, le Visage du Seigneur... Je cherche son Image tout au fond de vos coeurs...» La Genèse dit que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 27). Le terme est bien choisi chez Littleton avec un «I» majuscule pour lui conférer une importance capitale: «Je cherche son Image tout au fond de vos coeurs.» C’est à la fois théologique et mystique. Le mystère de la foi déployé dans tout son sens.

Puisque nous tentons de circonscrire les relations entre l’Eucharistie et la mariologie, il serait intéressant de faire l’analogie de l’expression «son Image» avec l’image de la Vierge de Guadalupe, patronne des Amériques. Le 10 décembre 1531, la Dame, qui apparaissait à l’Indien Juan Diego (béatifié par Jean-Paul II en 1990), lui dit de se rendre au haut de la colline et d’y cueillir les fleurs qu’il trouverait là. Juan Diego découvre miraculeusement un jardin de roses sur la terre gelée. Rien n’est impossible à Dieu. Juan recueille quelques fleurs qu’il apporte à la Dame qui les dépose dans le «tilma» (sorte de tablier ou de manteau) de l’Indien et lui dit de les porter à l’évêque comme réponse au signe qu’il avait demandé. Arrivé chez l’évêque, Juan ouvre son «tilma» pour lui offrir les roses. Tous deux découvrent alors la merveille, soit l’image de la Dame imprimée sur le tissu du «tilma». L’image et le «tilma» sont toujours intacts et exposés à la vénération des chrétiens.

L’image de la Vierge de Guadalupe et l’Image de Jésus sur le Suaire de Turin sont des surprises pour la science qui les analyse. Cette image de Marie et cette Image de Jésus nous renvoient bel et bien à un mystère qui s’ouvre de plus en plus sous nos yeux. Les deux facettes d’un même mystère? Peut-être... Quoi qu’il en soit, la réflexion et l’ouverture s’imposent, sans précipitation et sans hâte, mais avec hardiesse et foi. L’image de la Vierge de Guadalupe nous renvoie sûrement à l’Image de Jésus tout au fond de nos coeurs, pour reprendre l’expression de John Littleton, une expression qui sied parfaitement au mystère que nous essayons de discerner. «Je cherche le Visage, le Visage du Seigneur... Je cherche son Image tout au fond de vos coeurs. Vous êtes le Corps du Christ. Vous êtes le Sang du Christ.»

Dans la foulée de cette «Image tout au fond de nos coeurs», force est de référer un tant soit peu à une autre image, signe de notre temps, où nous contemplons une Dame, impératrice des Amériques, se transformer en Dame de tous les Peuples. Voilà son nom élargi et exprimant la réalité d’un mystère épanoui: le jardin miraculeux des roses, surgissant de la terre gelée de Mexico, se métamorphosant enfin en une multiplicité de jardins des coeurs où tous les peuples retrouveront la paix et l’amour définitifs, dons de Dieu pour le Royaume.

L’image de la Dame de tous les Peuples est en corrélation et en conjonction avec l’Image du Seigneur Jésus-Christ «tout au fond de nos coeurs» où l’Eucharistie doit régner et devenir un centre d’amour duquel rayonneront toute gloire et toute majesté.
«Vous êtes le Corps du Christ.
Vous êtes le Sang du Christ. (...)
Alors! qu avez-vous fait de Lui?»

Dans la 55e vision des messages de la Dame de tous les Peuples, le 31 mai 1959, nous lisons: «Et tandis que je contemplais cet Être, cet Être unique, quelque chose d’intérieur me portait sans cesse à penser: "Et pourtant, ils sont DEUX." Mais moi, je n en voyais qu UN. Tant que dura la vision, mon esprit répétait la phrase: "Et pourtant, ils sont deux." (...).

«Une voix retentit. J’entendis: "Qui Me mange et Me boit, acquiert la vie éternelle et reçoit l’Esprit Véritable."

«Après cela, qui dura un certain temps, la Dame reparut dans la gloire qui lui est propre, cette gloire merveilleuse que j’avais contemplée dès le début de la vision. Mais, à présent, je voyais, je savais, je faisais la différence entre sa gloire et l’autre Gloire, puissante et majestueuse, celle de l’Être dans la Figure flottante.»

Que les âmes accaparées par le doute se rassurent en méditant la dernière phrase de la voyante Ida qui précise et nuance avec un grand équilibre la nouveauté qu’elle perçoit dans l’Eucharistie, un équilibre qui permet de laisser à Jésus-Christ tout le centre du message de la présence eucharistique: «Je voyais, je savais, je faisais la différence entre sa gloire – la gloire de l’Immaculée – et l’autre Gloire – la Gloire de Jésus-Christ –, puissante et majestueuse, celle de l’Être dans la Figure flottante.»

La sagesse et la sérénité du message obéit à une maxime scolastique: «Unir et distinguer.»

Marcel Larouche, ptre