Seconde lettre d’un Théologien à S. Exc. Mgr Maurice Couture

Une SECONDE lettre, nous concernant à nouveau, nous était adressée le 12 septembre dernier. Nous publions ce qui se rapporte à l’Armée de Marie, omettant les parties reprises de la lettre précédente et d’autres sujets qui ne nous concernent pas. Nous remercions l’auteur de ces deux Lettres, «J.P.», qui n’est pas membre de l’Armée de Marie.


En la fête de sainte Anne, le 26 juillet 2000

S. Exc. Mgr Maurice Couture
Archevêché, Québec

Re: L’Armée de Marie

Excellence,

À ma lettre du 26 juillet dernier, il a paru nécessaire d’ajouter quelques autres commentaires concernant l’Armée de Marie, dans le but de dissiper davantage les confusions qui existent dans les directives diocésaines et vaticanes relatives à ce mouvement spirituel. (...) Il y a donc quelques points qui seront traités dans la présente lettre et, en premier lieu, la justification de l’Armée de Marie d’avoir construit l’édifice Spiri-Maria, qui comporte une «maison de retraites», pour laquelle aucune autorisation de l’évêque n’était nécessaire, contrairement à ce qui est affirmé dans votre «Note disciplinaire» publiée à ce sujet. (Voir «Pastorale-Québec», 15 mai 2000, pp. 10-11).

En effet, dans le canon 298, § 1, il est question des associations «dans lesquelles des fidèles, CLERCS ou LAÏCS, ou encore CLERCS ET LAÏCS ENSEMBLE, tendent par un agir commun à favoriser une vie plus parfaite, à promouvoir le culte public ou la doctrine chrétienne, ou à exercer d’autres activités d’apostolat, à savoir des activités d’ÉVANGÉLISATION, des oeuvres de PIÉTÉ ou de CHARITÉ, et l’animation de l’ordre temporel par l’esprit chrétien».

Or, ce canon indique clairement que les associations «privées», au nombre desquelles se situe l’Armée de Marie, composée de «clercs et de laïcs ensemble», peuvent promouvoir «la doctrine chrétienne», ou exercer d’autres activités d’apostolat, à savoir «DES ACTIVITÉS D’ÉVANGÉLISATION»!... Or, une «maison de retraites», comme il en fut préparé une à la maison Spiri-Maria de l’Armée de Marie, ne correspond-elle pas aux «activités d’évangélisation» indiquées dans le canon 298?...

D’ailleurs, n’y a-t-il pas quelques communautés religieuses qui ont ouvert une maison de retraites, ainsi que des groupes de laïcs, comme certains centres charismatiques, par exemple?... Même les laïcs ne sont-ils pas appelés à évangéliser, puisque, selon le canon 766, on restreint leur prédication seulement «dans une église ou un oratoire», mais même là on admet des exceptions!... N’y a-t-il pas des «soeurs-curés», qui font de la prédication dans les églises?... De simples laïcs ne prêchent-ils pas occasionnellement des retraites, comme Jean Vanier, par exemple, et d’autres?...

De plus, les associations «privées» de fidèles n’ont-elles pas le droit de construire les édifices qui sont nécessaires à leur apostolat, puisque, selon le canon 325, § 1, «l’association privée de fidèles ADMINISTRE LIBREMENT les biens qu’elle possède selon les dispositions des statuts»?... En conséquence, les biens d’une association «privée» ne sont pas des biens ecclésiastiques et ainsi ils échappent au contrôle des autorités diocésaines!...

Le nouveau Code de droit canonique admet donc la FONDATION et l’ADMINISTRATION autonomes des associations «privées», sans qu’intervienne aucun acte constitutif ou incitatif de l’autorité ecclésiastique, comme l’indiquait déjà d’ailleurs le Décret de VaticanII sur l’apostolat des laïcs: «On trouve dans l’Église, y est-il écrit, un certain nombre d’initiatives qui doivent leur origine au LIBRE CHOIX des laïcs et dont la GESTION relève de leur propre jugement prudentiel» (n° 24). Cette affirmation était confirmée par le nouveau Code de droit canonique: «Les fidèles ont la liberté de constituer des associations PAR CONVENTION PRIVÉE conclue entre eux, pour poursuivre les fins dont il s’agit au canon 298, § 1, restant sauves les dispositions du canon 301, § 1». Or, ce dernier canon indique que l’autorisation ecclésiastique est nécessaire seulement pour «les associations de fidèles qui se proposent d’enseigner la doctrine chrétienne AU NOM DE L’ÉGLISE». Telle n’est donc pas la situation de l’Armée de Marie, qui ne prétend aucunement faire de l’enseignement au nom de l’Église!...

La CONCLUSION qui s’impose est donc celle-ci: l’Armée de Marie existe légalement comme association «privée» (can. 298, § 1 & 215), elle a absolument le droit d’exercer des ACTIVITÉS D’ÉVANGÉLISATION (can. 298, § 1), elle a le droit de construire les édifices requis pour les oeuvres d’apostolat qu’elle se propose d’exercer, puisqu’elle a le droit d’administrer les biens qu’elle possède (can. 325, § 1)!...

Les autorités diocésaines n’ont donc pas le droit d’ignorer, encore moins de nier, que les fidèles peuvent s’associer librement dans l’Église pour des fins en rapport avec la mission de l’Église et, comme l’indique le Décret de Vatican II sur l’apostolat des laïcs, «IL APPARTIENT À LA HIÉRARCHIE DE FAVORISER L’APOSTOLAT DES LAÏCS, DE LEUR DONNER PRINCIPES ET ASSISTANCE SPIRITUELLE» (n° 24). Et cette assistance spirituelle est un SERVICE que la hiérarchie a le DEVOIR de rendre aux laïcs dans leurs oeuvres d’apostolat!... Il ne s’agit pas là d’une «faveur» que l’évêque «daigne» accorder, mais c’est pour lui une obligation de rendre un tel service!...

Dans votre «Note d’ordre disciplinaire» du 10avril dernier, vous faites une affirmation très contestable, qui ne manifeste aucun souci des nuances et de la justice, mais qui exprime implicitement votre désir de nuire à l’Armée de Marie!... Vous affirmez, en effet, que «non seulement cette chapelle a-t-elle été construite dans l’irrespect le plus total des normes promulguées par le Pape Jean-Paul II, mais les célébrations liturgiques y seront présidées le plus souvent par des prêtres appartenant à un groupe n’ayant pas de statut reconnu dans l’Église» («Pastorale-Québec», 15 mai 2000, p. 11). Ici, il faut faire le partage entre ce que le Magistère officiel a décrété, comme réforme liturgique, et ce qui a été réalisé par les «liturgistes»; de plus, il ne faut pas «canoniser» trop facilement la réforme liturgique elle-même!...

À ce sujet, on peut citer le Cardinal Ratzinger qui, dans le cas présent, a parfaitement raison: «Je suis convaincu, disait-il, que la crise actuelle de l’Église dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui dépend en grande partie de l’effondrement de la liturgie». Selon lui - ce qui est encore la vérité -, la suppression de l’ancienne Messe a marqué «une rupture dans l’histoire de la liturgie, dont les conséquences ne pouvaient être que tragiques». Ces renseignements sont puisés dans un communiqué émis par l’agence de presse CNS et publié dans la revue canadienne «Challenge», en juin 1997, page 8; ces renseignements sont traduits de l’anglais. (...)

J. P.

Autorisation donnée pour publication et photocopies.


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