LHebdo Mékinac - Des Chenaux, de St-Tite, publiait dans son numéro du 5 octobre 2002 une «Réflexion» signée Roland Leclerc, ayant pour titre Rapprocher le Droit canon des Évangiles, où il est question du refus de lÉvêque de Trois-Rivières de permettre des funérailles catholiques pour le frère Hugues De Nantes, de la Contre-Réforme catholique, qui fait partie dun mouvement dont les membres
«se rendent schismatiques du fait même quils refusent leur affiliation au Pape et leur adhésion aux enseignements du Concile Vatican II».Roland Leclerc sinterroge sur la pertinence, en un tel cas, de funérailles non catholiques tenues dans un lieu de culte paroissial, dans le cadre dune liturgie «préparée et dirigée par les disciples de labbé De Nantes... Ce fut le cas à Beloeil à loccasion des funérailles laïques de Marie-Soleil Tougas.»
Pour terminer, lauteur de larticle rapproche la situation des membres de lArmée de Marie de celle du frère Hugues De Nantes:
«Que feront nos évêques et nos paroisses quand commenceront à mourir les milliers de Québécois et Québécoises qui sont membres de lArmée de Marie, mouvement interdit par le Vatican? Je ne suis pas certain que chaque membre comprend bien que son adhésion à ce mouvement en fait un schismatique et entraîne le refus de funérailles catholiques. Je ne suis pas certain, non plus, que les proches et amis de ces personnes, ne pourraient pas se retrouver ensemble pour prier, sans faire scandale ni outrage à lorthodoxie catholique. Nous avons besoin de rapprocher le Code de droit canonique du livre des Évangiles!»
Ces lignes ont de quoi faire sursauter qui connaît la situation de lArmée de Marie et la portée réelle de la Note doctrinale émise par la Conférence des Évêques catholiques du Canada à lencontre de cette Oeuvre, le 15 août 2001. On trouvera ci-après la réaction de quelques membres à larticle de Roland Leclerc qui contribue à entretenir la confusion au sujet de lArmée de Marie.
Lutte contre les grands mouvements religieux (Sylvie Payeur-Raynauld)
Les membres de lArmée de Marie: des schismatiques?... (Daniel Couture)
Quavons-nous fait de lÉglise catholique?... (Pauline T.-Avon)
«Que feront nos évêques et nos paroisses?...» (Père Pierre Mastropietro)
Labbé Roland Leclerc et les funérailles (Marc Élie)
Sylvie Payeur-Raynauld
* * *
LUTTE CONTRE LES GRANDS MOUVEMENTS RELIGIEUX
Le 13 octobre 2002
Lettre ouverte à Roland Leclerc
et à LHebdo Mékinac - Des ChenauxMonsieur lAbbé,
Jai lu avec étonnement le commentaire que vous avez fait, dans le numéro du 5 octobre 2002 de LHebdo Mékinac - Des Chenaux, au sujet de lArmée de Marie que vous avez qualifiée de «mouvement interdit par le Vatican», traitant ses membres de «schismatiques».
Avant dêtre approuvés par lÉglise, la plupart des grands mouvements religieux et leurs Fondateurs ont été condamnés. Prenons lexemple de Padre Pio, aujourdhui canonisé: de son vivant, il a été condamné cinq fois par le Saint-Office et les Groupes de prière quil avait fondés ont été interdits en Italie. Avec le recul, on peut admirer les bons catholiques qui, malgré linterdit, sont demeurés fidèles à leur père spirituel.
Sainte Thérèse dAvila, docteur de lÉglise, a eu maille à partir avec lAutorité religieuse de son temps: un jour quon avait décidé de la destituer comme Supérieure, le Visiteur apostolique a menacé dexcommunication lesSoeurs qui voudraient la réélire. Ehbien! malgré les sanctions prévues, un bon nombre sont demeurées fidèles à la Fondatrice du Carmel réformé.
LArmée de Marie a été demandée par le Ciel et cest le Ciel qui continue de la diriger à travers Son humble instrument, Mère Paul-Marie: cela est incontestable à la lumière des réalisations dont nous sommes témoins (guérisons inexplicables, prophéties réalisées, etc.). Mais le Christ a promis que Ses disciples connaîtraient comme Lui la persécution, et lune des facettes de cette persécution est la campagne de calomnies et de fausses accusations qui ont sali lArmée de Marie et sa Fondatrice à différents paliers de lÉglise catholique et dans les médias.
Un jour, les gens seront surpris lorsquils apprendront la vérité. Cette Oeuvre a donné les preuves dune grande fidélité à lÉglise catholique et àson chef, le Successeur de Pierre; et dune grande fidélité à la doctrine catholique. Si des idées nouvelles sont véhiculées, cela ne veut pas dire que ce sont des hérésies: au cours des siècles, la doctrine a souvent évolué à coups de «chicanes de théologiens».
Le monde est en péril; quelle responsabilité de refuser et de renier les bons soldats du Christ et de Marie!
Sylvie Payeur-Raynauld
* * *
LES MEMBRES DE LARMÉE DE MARIE: DES SCHISMATIQUES?...
Pauvre Vérité quil est si facile de ne pas recevoir dans son coeur et son intelligence!
Lédition du samedi 5 octobre 2002 de LHebdo Mékinac - Des Chenaux a fait paraître une «Réflexion» signée par Roland Leclerc, prêtre du diocèse de Trois-Rivières. Cet article dont il faut bien soulever le caractère aberrant porte le curieux titre «Rapprocher le Droit canon des Évangiles» et se termine par une «réflexion» sur lArmée de Marie.
Larticle entoure le refus de Monseigneur Martin Veillette, en vertu du canon 1184, §1, daccorder des funérailles ecclésiastiques à des membres dune communauté religieuse qui «se rendent schismatiques du fait même quils refusent leur affiliation au Pape et leur adhésion aux enseignements du Concile Vatican II» (LHebdo Mékinac - Des Chenaux, samedi 5 octobre 2002, p.4). Lauteur termine son texte en se demandant si le même sort ne nous sera pas réservé «quand commenceront à mourir les milliers de Québécois et Québécoises qui sont membres de lArmée de Marie». Ajoutant: «Je ne suis pas certain que chaque membre comprend bien que son adhésion à ce mouvement en fait un schismatique et entraîne le refus de funérailles catholiques.» Labbé Leclerc sous-entend ainsi que, par charité évangélique, on devrait faire une entorse au Droit canonique en admettant les membres de lArmée de Marie à des funérailles catholiques.
On croit rêver
Soulignons que «résister» à un jugement émis par une instance de lÉglise, comme la Note doctrinale de la CECC du 15 août 2001, néquivaut pas à une excommunication et ne fait pas de nous des schismatiques. Disons aussi quil est inconcevable quon puisse amalgamer lArmée de Marie avec un groupe qui «refuse son affiliation au Pape et son adhésion aux enseignements du Concile Vatican II».
Adhérer à lArmée de Marie ferait de nous des schismatiques?
1. La Note du 15 août 2001 de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) est fondée sur des faussetés. La preuve en a été faite de bien des manières et il est très facile den prendre connaissance. Il suffit de chercher la vérité. Quil suffise de mentionner les accusations à propos des apparitions de la Dame de Tous les Peuples, alors que leur caractère surnaturel est maintenant officiellement reconnu!
Il convient de mentionner que 2 des 93 évêques actifs au Canada se sont abstenus dapprouver cette Note doctrinale. Ces deux évêques nont pas voulu signer cette Note non conforme à la vérité, ayant vérifié par eux-mêmes ce quil en était des fondements et des activités de lArmée de Marie, approuvée en 1975 par le Cardinal Maurice Roy, Primat de lÉglise au Canada, et désapprouvée par le Cardinal Albert Vachon, en 1987, sous de fausses accusations.
Après quelques années dobservation, détude et de visites dans les maisons des Fils et Filles de Marie, les deux évêques qui avaient déjà en service dans leur diocèse respectif des religieux Fils et/ou Filles de Marie, et conscients du bien-fondé de leur ministère, nont pas consenti à signer cette Note doctrinale.
2. Les exemples sont très nombreux de jugements aberrants de la part dévêques ou dinstances dans lÉglise catholique romaine. LÉglise a une part bien humaine; sa sainteté et son unité ne reposent nullement sur cette part, mais sur sa part divine. Cela est vrai depuis toujours, il faut rappeler cette vérité plus que jamais. Dieu merci! plusieurs récentes canonisations par Jean-Paul II témoignent avec éclat de cette vérité que les hommes et les femmes les plus fidèles à lÉglise catholique et les plus saints de lhistoire sont le plus souvent lobjet de persécutions de la part dautorités dans lÉglise. Cest dans la nature des choses, à quoi dautre pourrions-nous nous attendre quand nous connaissons le sort que les autorités religieuses du Sanhédrin ont réservé au Christ auquel les saints sont configurés?
3. LArmée de Marie se reconnaît depuis sa fondation et se reconnaîtra toujours à ce signe: sa fidélité à Rome et au Pape dûment élu, actuellement Jean-Paul II, ce qui, bien sûr, inclut les évêques en communion de foi avec lui. Mais cela néquivaut absolument pas à nous autodétruire si, à laide de procédés plus que douteux, sur des raisons discutables basées sur des faits non vérifiés et de toute évidence faux, des évêques, en conférence épiscopale, déclarent que nous ne pouvons plus nous considérer catholiques.
Monsieur labbé est allé très vite en besogne dans les jugements quil porte sur lArmée de Marie. Ses affirmations portent pourtant hautement à conséquence; elles sont de lordre de celles quil faut peser avec un soin extrême!
Dailleurs, être prêtre et dire quil faut que le Droit de lÉglise catholique romaine se rapproche des Évangiles, cest se faire, il me semble, sur les Évangiles et le Droit canonique de lÉglise, une étrange idée qui ne correspond pas à la vérité.
Si le Droit canonique de lÉglise nest pas parfait, ce qui est possible puisquil comporte des éléments humains, il est cependant fondé sur la Vérité et la Justice du Christ. Il nest pas nécessaire dêtre canoniste et de connaître tous les articles du Code de droit canonique pour affirmer cela; il suffit davoir la foi en lÉglise catholique romaine. Notre-Seigneur est présent dans Sa Parole, les Évangiles, comme Il est présent dans le Très Saint Sacrement de lEucharistie. LÉglise catholique romaine communique le Christ aux fidèles selon ces deux nourritures. Comment donc lÉglise pourrait-elle «prétendre» dispenser LÉGITIMEMENT la Parole et le Corps du Christ aux fidèles si le Code régulateur de lensemble de ses activités nétait pas entièrement soumis à la Vérité des Évangiles?
Ce nest pas tant le Droit canon qui doit se rapprocher des Évangiles, ce sont les fidèles, surtout les prêtres, et en tout premier lieu les évêques, qui doivent se rapprocher du Droit canon, sans sécarter pour autant du véritable esprit de lÉvangile.
Cest cette douloureuse vérité qui rend apparemment contradictoire la situation vécue par les membres de lArmée de Marie qui, professant et vivant en une entière soumission à lÉglise catholique romaine, sont bannis de celle-ci par la Conférence des Évêques catholiques du Canada!
Car cest en ne respectant pas le Droit de lÉglise catholique que les évêques du Canada ont pu «condamner» lArmée de Marie, nous ne le dirons jamais assez. LArmée de Marie ne fait RIEN en dehors de lÉglise catholique romaine. Cest au contraire à TOUTE lÉglise quelle adhère. Ceux qui disent le contraire ne peuvent pas, par eux-mêmes, avoir enquêté honnêtement à son sujet. Ce qui rappelle un certain Pilate à qui Jésus répondait: «Dis-tu cela (ton accusation contre moi) de toi-même?» La condamnation de Jésus nest tout de même pas une preuve quIl est coupable des crimes dont on Laccusait... Bien au contraire, Il est la preuve quon peut être parfaitement innocent et être condamné à la pire des peines capitales. Or, il est impossible que la condamnation de Jésus ait été faite sans quil y eût usurpation de pouvoir, par manque dégard à la vérité et à la justice
Les évêques du Canada doivent se rapprocher du Droit canon; cest ce qui donne au dernier paragraphe de larticle de labbé Leclerc des accents dune sombre tragi-comédie! Rien ne mautorise à le déplorer, sinon les faits; rien ne men donne le droit, sinon la vérité qui aura toujours le dernier mot, Dieu nous en est garant.
«Lévêque du diocèse de Trois-Rivières était sans doute fondé selon le Droit canon de refuser que des funérailles officiellement catholiques soient accordées au frère Hugues De Nantes, membre de la contre-Réforme catholique, à Shawinigan.» Oui, sans doute. Avec ce que les «dissidents» de la Contre-Réforme disent des Papes Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II et de Vatican II, ce nest pas très surprenant. Il irait contre lunité que le Seigneur veut pour Son Église dadmettre «de droit» à des funérailles ecclésiastiques une personne qui professe violemment de son vivant ne pas reconnaître les Actes du Magistère de lÉglise romaine. Dans les faits, ce sont toujours les circonstances qui conduisent à appliquer ou non un article de droit. Cela signifie que sil y a une interrogation à porter, ce nest pas le Droit canon quil faut remettre en question, mais le jugement de lOrdinaire, comme le stipule très bien le paragraphe 2 du canon 1184 cité par labbé Leclerc dans son article: «Si quelque doute surgit, lOrdinaire du lieu, au jugement duquel il faudra sen tenir, sera consulté.»
La Vérité a ses droits et nous avons tous nos devoirs envers elle. Le droit véritable ne peut exister sans une pleine et entière soumission à la vérité. Exercer un droit ou exercer «le droit», sans soumettre lintégralité de son action à une entière soumission à la vérité, équivaut à exercer un abus de pouvoir.
Cest ainsi quon peut fameusement abuser du droit à la liberté dexpression, surtout lorsquon est diffusé dans un média. Que ne nous faut-il pas endurer tous les jours à cause de ce droit à la liberté dexpression dont lexercice est devenu ridiculement fou!
La véritable liberté, on le sait bien, ne consiste pas à dire ou à faire nimporte quoi, elle est la plus grande conquête humaine dilatant le coeur et lintelligence que le Seigneur réserve à ceux qui sont FIDÈLES À LA VÉRITÉ.
Daniel Couture
* * *
QUAVONS-NOUS FAIT DE LÉGLISE CATHOLIQUE?...
Montréal, 18 octobre 2002
Monsieur Roland Leclerc, ptre
«LHebdo»
Région «Mékinac - Des Chenaux»
Shawinigan QCMonsieur lAbbé,
Jai lu votre Réflexion: «RAPPROCHER LE DROIT CANON DES ÉVANGILES», article édité dans lHebdo du samedi 5 octobre 2002, en page 4.
Comme simple lectrice de votre journal, jose venir, à mon tour, donner mon appréciation aux propos tenus par le journaliste du «JOUR DU SEIGNEUR», à Radio-Canada. Cest bien connu, Monsieur Roland Leclerc, prêtre, est le narrateur des nouvelles religieuses et de la messe dominicale télévisée, ce qui semble lui donner une sorte de notoriété. Mais, en même temps, il doit exercer une certaine prudence lorsquil émet quelques-unes de ses réflexions concernant lappartenance de plusieurs catholiques à leur Église quils chérissent par-dessus tout avec le Pape Jean-Paul II à sa tête et les Évêques qui sont en communion de foi avec lui.
Monsieur labbé Leclerc se pose la question suivante: «Que feront nos Évêques et nos paroisses quand commenceront à mourir les milliers de Québécois et Québécoises qui sont membres de lArmée de Marie, mouvement interdit par le Vatican?» Jaimerais bien voir et lire les documents officiels émanant du Pape et du Vatican condamnant la pratique religieuse à laquelle le Concile Vatican II nous exhorte dans les Documents conciliaires. Les membres de lArmée de Marie ne sont que des catholiques convaincus en le Christ Jésus né, mort et ressuscité proclamé dans le Symbole des Apôtres, le «Je crois en Dieu».
LArmée de Marie est notre planche de salut. Nous sommes très bien informés que nous vivons en notre siècle un grand Mystère de notre foi catholique. LArmée de Marie vit lÉvangile et les préceptes contenus dans les Saintes Écritures, repris et enseignés par notre Mère la Sainte Église. Pour bien connaître lArmée de Marie et ce quelle apporte au monde daujourdhui, il faut tout dabord chercher honnêtement à découvrir lEsprit qui favorise ladhésion libre de chacun à joindre les rangs dune Armée dirigée par la Servante de la Vierge Marie. Pour bien comprendre le rôle et la sublime Mission de lArmée de Marie, il faut être à lintérieur pour saisir notre participation dans léconomie du Salut.
Pour ma part, jai oeuvré dans plusieurs mouvements catholiques sous la direction des Évêques du temps qui sont maintenant disparus et élevés dans la gloire du Père, et jai le regret de vous dire que je ne my retrouve plus dans cette Église du Québec dite populaire qui ne fait que de vider les églises et physiquement et spirituellement. Je ny retrouve plus lEsprit et la pratique religieuse qui ont marqué dune façon indélébile notre appartenance à Dieu et à lÉglise catholique. LEsprit que Jésus a voulu et les valeurs quont véhiculées nos pairs dans la foi chrétienne de notre enfance et notre vie dadulte sont pourtant immuables, que sont-ils devenus?... Le Christ a voulu son Église Sainte et Immaculée, quavons-nous fait de lÉglise catholique au Québec?...
LArmée de Marie mest apparue comme un souffle divin confié à notre Mère à tous, la Vierge Marie, pour sauver lÉglise de son Fils et les âmes en quête du beau, du bien et du vrai, et pour préserver les peuples de la corruption, des calamités et des guerres qui envahissent le monde de notre époque.
Quant à la Fondatrice de ce sublime mouvement, Madame Marie-Paule Giguère, elle est une véritable Mystique sur qui Dieu a daigné jeter Son regard damour pour tous les êtres sincères et volontaires de notre temps. Avant de terminer, jaimerais reprendre les paroles des Béatitudes qui sont dune cuisante actualité en ce qui touche à la réputation de notre chère Fondatrice qui est tellement vilipendée à tort. Les voici: «HEUREUX ÊTES-VOUS SI LON VOUS PERSÉCUTE, SI LON DIT FAUSSEMENT TOUTES SORTES DE MAL CONTRE VOUS, À CAUSE DE MOI. RÉJOUISSEZ-VOUS, SOYEZ DANS LALLÉGRESSE, CAR VOTRE RÉCOMPENSE SERA GRANDE DANS LES CIEUX.»
Cher Monsieur labbé Leclerc, voilà quelques pensées qui ont surgi à la suite de la lecture de votre réflexion et de votre inquiétude au sujet déventuelles funérailles dans nos églises.
Agréez, Monsieur lAbbé, mes sentiments respectueux en J.M.J.
Mme Pauline T.-Avon
* * *
«... Que feront nos évêques et nos paroisses quand commenceront à mourir les milliers de Québécois et de Québécoises qui sont membres de lArmée de Marie, mouvement interdit par le Vatican? Je ne suis pas certain que chaque membre comprend bien que son adhésion à ce mouvement en fait un schismatique et entraîne le refus de funérailles catholiques. Je ne suis pas certain, non plus, que les proches et amis de ces personnes, ne pourraient pas se retrouver "ensemble pour prier" sans faire de scandale ni outrage à lorthodoxie catholique. Nous avons besoin de rapprocher le code de droit canonique du livre des Évangiles!»
Cet extrait de larticle publié sous la plume de Roland Leclerc, dans LHebdo Mékinac - Des Chenaux du samedi 5octobre, semble être une réflexion conclusive de lauteur, à la lumière dun événement récent qui a dailleurs été passablement médiatisé, cest-à-dire celui des funérailles catholiques refusées par lOrdinaire de Trois-Rivières au frère Hugues De Nantes, un membre de la Contre-Réforme catholique, à Shawinigan.
Sans vouloir ici reprendre un par un les points de cet article entourant, dans un premier temps, le cas du décès du frère Hugues De Nantes, puis celui de certaines autres personnes décédées dont il est fait mention, je ne peux toutefois cacher à mon tour ma surprise non seulement devant linconsistance des supposées considérations pastoralo-biblico-canoniques de labbé Leclerc, mais plus encore du lien que ce dernier fait de ces cas avec celui de lArmée de Marie. Pour le moins quon puisse dire, cest que, en fait dentrée en matière puis de conclusion, ce nest pas bien fort...
Lauteur, en affirmant que lArmée de Marie est un «mouvement interdit par le Vatican», ferait bien de citer clairement ses sources dinformation, car- à moins que labbé Leclerc nait été mandaté pour annoncer quelque primeur nous concernant-, à ma connaissance, jusquà ce jour, il ny a eu aucune action ou déclaration de la part du Vatican et encore moins du Saint-Père en ce sens, et il ny a non plus aucun fondement biblique ou canonique qui permette dassocier cette Oeuvre aux autres cas pré-cités.
Certes, il pourrait toujours y avoir quelque vieille motivation «pastorale» pour certains évêques dici et dailleurs qui tentent depuis des années de faire condamner lOeuvre et plus particulièrement sa Fondatrice; mais, dans ce cas-là, ce ne serait que le parachèvement de loeuvre non évangélique de leurs pères dans la foi qui, sils étaient encore de ce monde, feraient en sorte aussi quune seule femme meure pour tous les Peuples...
De toute façon, le but de larticle de labbé Leclerc nest pas celui de faire la lumière et la vérité sur la situation ecclésiale de lArmée de Marie, mais plutôt de bien introduire, par une question, son affirmation et celle de ceux qui, avec lui, veulent jeter du discrédit sur la catholicité de lOeuvre en prétextant, au nom de lorthodoxie, le scandale et loutrage que des membres de lArmée de Marie pourraient susciter en désirant se réunir «ensemble pour prier» dans une église catholique avec leurs proches et leurs amis, à loccasion de funérailles... Comme le dit le dicton, «heureusement que le ridicule ne tue pas», car, autrement, ce nest pas uniquement des funérailles de nos membres dont il serait question ici.
Il est tout de même étonnant de constater tant de préoccupation de la part de M. labbé Leclerc à propos de lorthodoxie de lOeuvre et de ses membres, alors que cette même notion dorthodoxie est devenue, depuis plus de trois décennies, une expression quasiment taboue, parce que presque complètement disparue de lhorizon du langage ecclésiastique au Québec.
Si la présence et linfluence de lArmée de Marie au Québec permettent une prise de conscience et un réveil face à cette valeur peut-être un peu mise au rancart mais toujours actuelle quest lorthodoxie catholique, je pense que M. labbé Leclerc devrait sen réjouir et en rendre grâce à Dieu, plutôt que décrire un article où il ne semble certain de rien et par lequel, pourtant, il insinue à tort et à travers toutes sortes de faussetés au sujet de lOeuvre.
Qui sait si, au fond, la vraie motivation de larticle Rapprocher le Droit canon des Évangiles nest pas plutôt, pour lauteur, lexpression dun malaise personnel profond. En tout cas, faire peser au Droit canon et à lÉvangile le besoin de se rapprocher, voire de se réconcilier - alors que le «Salus Animarum», cest-à-dire le salut des âmes, est la loi suprême commune à tous deux-, ce nest pas se sentir bien dans sa peau..., et ce nest pas une pseudo-pastorale de sympathie qui pourra régler le vrai problème de M. labbé Leclerc et de ceux qui, avec lui, semblent plus préoccupés de notre orthodoxie que de la leur personnelle.
Là où nous en sommes, il convient de préciser certains points relativement à la question que pose lauteur dans son article: «Que feront nos évêques et nos paroisses, quand commenceront à mourir des milliers de Québécois et de Québécoises qui sont membres de lArmée de Marie, mouvement interdit par le Vatican?»
Le premier point à préciser, ou plutôt à re-préciser, cest que lArmée de Marie nest pas un mouvement interdit par le Vatican. Pour preuve, en dépit du retrait, en 1987, par Son Éminence le Cardinal Louis-Albert Vachon, de la reconnaissance canonique donnée à lArmée de Marie en 1975 par Son Éminence le Cardinal Maurice Roy, le Pape Jean-Paul II lui-même a salué et a béni dune façon spéciale tous les pèlerins de lArmée de Marie présents à laudience du mercredi 27 mai 1992, à Rome.
M. labbé Leclerc devra convenir sur ce point que ce nest pas parce quune autorité locale, si grande soit-elle, pose un geste discutable, et ce, même avec laval dune autorité haut placée à Rome, que tout le Vatican interdit lArmée de Marie ; autrement, nous risquerions de nous retrouver avec beaucoup de petits « vaticans » ici et là, à travers le monde, ce qui pourrait avoir pour fâcheuse conséquence de faire, parfois, des petits et, parfois peut-être aussi, des gros schismes avec celui qui incarne lunité et luniversalité de lÉglise, en loccurrence le Pape.
Le deuxième point à souligner, cest le fait que, depuis tant dannées que lArmée de Marie vit «le traitement de faveur» qui lui est réservé au Québec, bon nombre de chevaliers ont non seulement commencé à mourir, mais sont effectivement morts ; et, à ce jour, tous sans exception ont eu droit, comme pour tout catholique, à des funérailles chrétiennes. Sur ce point, je ne vois vraiment pas de problème.
Dans léventualité toutefois que, un jour, des évêques, des curés ou encore des administrateurs(trices) de paroisse décideraient à tort de nier ce droit à la fois canonique et évangélique à lun ou à lautre des membres de lArmée de Marie, il ne faudrait pas que M. labbé Leclerc sen fasse outre mesure, car le Bon Dieu nest pas limité par les limites des hommes...
En terminant, il est un dernier point sur lequel il me semble opportun de revenir: cest celui de lallusion de M. labbé Roland Leclerc au fait que des proches et des amis de membres de lOeuvre ne pourraient éventuellement pas se retrouver «ensemble pour prier» sans faire scandale ni outrage à lorthodoxie catholique.
Jignore ici si, par cette allusion, lauteur veut étendre quelque interdit au-delà des confins de son diocèse ou encore de ceux des diocèses environnants. Toutefois, je crois quil serait quand même bon pour tous et pour chacun de nous rappeler que le scandale et loutrage de lorthodoxie catholique, dans le monde daujourdhui, résident bien ailleurs que dans le fait dêtre «ensemble pour prier». Si, selon les dires mêmes de labbé Leclerc, et ce au début de son article, être «ensemble pour prier», «cest la position de Jean-Paul II, à Assise avec les chefs des autres religions», à plus forte raison cela doit-il être, de droit, la position des membres de lArmée de Marie, de leurs amis et de leurs prochesqui nont dautre désir que celui dêtre en pleine communion avec lorthodoxie catholique du Saint-Père régnant.
«Que feront donc nos évêques et nos paroisses...?» Voilà une question désormais dépassée, mais qui méritera peut-être, un jour, dêtre reformulée. Dici-là, la vérité, cest que bon nombre de chevaliers de Marie sont partis ou partent vers le Ciel, heureux davoir vécu et plus heureux encore de mourir dans la grâce de Dieu, alors que des milliers dautres demeurent encore ici-bas, eux aussi heureux, bien vivants et, avec la grâce de Dieu, pour longtemps!
Père Pierre Mastropietro
Lac-Etchemin, le 20 octobre 2002
* * *
LABBÉ ROLAND LECLERC ET LES FUNÉRAILLES
À la suite de la lecture de votre réflexion Rapprocher le Droit canon des Évangiles du 5 octobre 2002, dans LHebdo Mékinac - Des Chenaux, jaimerais apporter brièvement ma pensée sur quelques points.
Ce texte est dense et soulève maintes questions. Vous ny allez pas avec le dos de la cuillère pour un prêtre renommé dans les médias pour sa grande ouverture desprit et ses idées très à la mode du jour.
La fermeture à double tour de cette réflexion détonne dans le paysage religieux journalistique qui est le vôtre. Il aurait mieux valu vous abstenir, car vous ny gagnez rien en logique oecuménique, psychologique et spirituelle. Vous tentez de «rapprocher», mais vous éloignez plus quautrement... Vous essayez de vous donner une figure orthodoxe, mais vous repoussez davantage... Vous louvoyez de défi en défi pour trouver des solutions à des situations complexes, mais vous ne réussissez quà exaspérer votre auditoire par lignorance dont vous faites preuve... Il serait trop long et fastidieux daborder de long en large tous les sujets soulevés dans votre article. Je laisse à dautres le soin de le faire.
Dabord, votre titre Rapprocher le Droit canon des Évangiles sonne faux. Cest comme si le Droit canon nétait pas avant tout lexpression adéquate et juste de lesprit évangélique. Point nest besoin de rapprocher le Droit canon des Évangiles, car il est déjà là pour faciliter lexpérience spirituelle de lÉvangile dans le concret de la vie de lÉglise. Ou cest comme si votre titre voulait signifier que le Droit canon napplique pas suffisamment lÉvangile.
Il est bon de noter que le Droit canon nest pas aussi catégorique que vos positions tranchées et péremptoires. Le Droit canon souligne sans cesse à chaque détour la possibilité de dérogation aux lois, tenant compte des us et coutumes des pays respectifs, des situations pastorales diverses.
Vous parlez dabondance «des apostats, hérétiques et schismatiques» dans votre texte. Que ne vous a-t-on pas vu et entendu parler ainsi dans vos nombreuses apparitions publiques sur les ondes de la télévision, alors que diverses occasions sy seraient parfois prêtées? Au contraire, vous avez parfois su intervenir dans le sens contraire où vous avez favorisé sans feinte des positions qui séloignaient du Magistère et des Enseignements de lÉglise catholique. Un exemple évident sest produit dernièrement, lors de la visite de la Reine Élisabeth II en terre canadienne. Vous étiez commentateur invité à Radio-Canada. Et vous avez souligné avec force lexemple de lÉglise anglicane qui a montré la voie à suivre pour les autres en permettant lordination sacerdotale des femmes. Vous avez vanté cette position de lÉglise anglicane. Réalisez-vous que, ce faisant, vous parlez publiquement contre les positions du Droit canon et du Pape Jean-Paul II sur le sujet? Réalisez-vous que, ce faisant, vous faites figure de schismatique, pour employer votre langage? Monsieur labbé Leclerc, avant de faire la leçon aux autres, regardez la poutre dans votre oeil. Il est trop facile de voir la paille dans loeil des autres et démettre des diktats.
Il est trop facile de se servir du Droit canon quand cela satisfait ses objectifs afin de frapper sur la tête de milliers de catholiques de lArmée de Marie, faire peur et menacer. Procédé douteux et taxé de rétrograde et de dépassé par les ténors de lÉglise post-conciliaire elle-même.
Il est curieux de constater que les modernistes ont toujours à la bouche lÉvangile et le respect des autres, mais, quand vient le temps de les pratiquer envers certaines catégories de personnes, ils refusent ce même dialogue charitable.
Si vous voulez refuser les funérailles catholiques à tous ceux qui ne suivent pas les lois de lÉglise et les enseignements du Pape, vous allez vider les églises - ou ce quil en reste. Seulement, les questions morales concernant la contraception artificielle et lavortement, la sexualité et le divorce réussiraient à rallier une proportion importante de catholiques à qui vous devriez ipso facto refuser les funérailles catholiques.
Vous vous gargarisez du Droit canon. Savez-vous justement que le Droit canon exige un degré de foi très basique pour que les prêtres acceptent la demande dun baptême ou dun mariage, même quand les gens sont très loin de lesprit et de la lettre de lÉvangile et de lÉglise. Une de ces caractéristiques, cest que les gens soient dabord baptisés et fassent la demande expresse dun sacrement.
Le Droit canon est très loin de la position qui mettrait un prêtre dans léventualité de refuser un sacrement à qui en fait la demande. Le Droit canon est beaucoup plus souple que vous ne le laissez supposer.
En toute amitié spirituelle,
Marc Élie
© 2002 - Tous droits réservés : ÉDITIONS CO. DAME, Québec, Canada