Le 11 décembre 2002, Marie-Paule recevait, d’un théologien qui doit conserver l’anonymat, une lettre datée du 8 décembre et signée «J. P.», dans laquelle celui-ci démontre à quel point les Autorités n’ont pas respecté les prescriptions du Code de Droit canonique dans leurs interventions à l’encontre de l’Armée de Marie. Nous publions, dans la présente lettre, de larges extraits de l’exposé de ce théologien que nous remercions pour son analyse lucide de la situation de l’Armée de Marie.


Lettre ouverte au Père Maurice Levesque

Père Levesque,

Sur votre site Internet opéré à partir de Saskatoon, dans l’Ouest canadien (http://catholicdoors.com), vous présentez l’Armée de Marie dans la section “Is it catholic?”. Malheureusement, les informations que vous donnez, et qui reflètent l’opinion de nombreuses Autorités religieuses au Canada, ne sont pas conformes à la vérité.

Quiconque est familier avec l’histoire de l’Église sait très bien que la plupart des mystiques et des Oeuvres authentiques ont d’abord été rejetés. Sept Évêques de France ont renvoyé saint Louis-Marie Grignion de Montfort de leur diocèse; l’Évêque Cauchon a condamné sainte Jeanne d’Arc qu’il a ensuite livrée aux Anglais pour être brûlée sur un bûcher; le Saint-Office a condamné Padre Pio à cinq reprises... Et nous pourrions citer tant d’autres cas!

Et si l’Armée de Marie était une chance que le Ciel donnait à notre temps pour le sortir du marasme dans lequel il s’enfonce de plus en plus profondément? Avant de condamner cette Oeuvre sur la foi de déclarations négatives, dussent-elles émaner de personnes en autorité, les chrétiens n’ont-ils pas le devoir d’essayer de «discerner» la vérité, se fondant sur le critère que le Christ nous a laissé pour exercer notre discernement: les oeuvres, c’est-à-dire «les fruits» - «On reconnaît un arbre à ses fruits.»

MARIE-PAULE

Il suffit de lire Vie d’Amour, autobiographie de Marie-Paule, Fondatrice de l’Armée de Marie, pour constater «l’esprit» qui anime cette personne toute donnée à Dieu et à Marie pour le salut des âmes. Une personne qui s’est offerte en victime pour les âmes à l’âge de 12 ans, qui n’a jamais cessé d’embrasser la lourde croix que le Ciel lui présentait, conservant son amour pour tous ceux qui la frappaient, qu’ils soient laïcs ou religieux; une personne qui a vécu à un niveau très élevé toutes les vertus chrétiennes; une personne qui s’est donnée pour les Oeuvres que le Ciel lui a demandé de fonder, et qui continue à se donner encore sans répit, travaillant jusqu’à 18 heures par jour alors qu’elle est âgée de 81 ans... Mais qu’est-ce que l’Église peut demander de plus à l’une de ses filles?

Que lui reproche-t-on? Une «mission» qu’elle n’a pas choisie, mais qu’elle a acceptée généreusement. Des messages du Seigneur qu’elle a consignés par obéissance, n’en comprenant pas la signification. C’est sûr que ces messages indiquent un phénomène nouveau, encore inconnu dans l’Église; sur votre site Internet, dans l’introduction à la section “Is it catholic?”, vous indiquez que, pour vérifier l’authenticité d’une manifestation divine, «on doit se demander si c’est le “PREMIER” événement de ce genre à survenir dans la communauté. Fatima, Lourdes, ces événements ont été classés comme événements “premiers”. Suivant un “événement” premier, il y a une tendance à faire de fausses prétentions. On peut donner plus de CRÉDIBILITÉ à une “PREMIÈRE” manifestation spirituelle qu’à une “seconde” ou une “troisième”» (n. 3).

Mais force est de constater la tendance, dans l’Église, à condamner d’abord une authentique manifestation «première». Même un saint Bernard n’avait pas cru possible la conception immaculée de Marie...

L’ARMÉE DE MARIE

Depuis sa fondation, l’Armée de Marie a été bafouée par de nombreux prêtres et Autorités religieuses, tandis que d’autres Autorités lui donnaient leur bénédiction. Aujourd’hui, elle est rejetée par la majorité des Évêques du Canada, tandis que certains considèrent qu’elle est plutôt une chance pour l’Église. Qui a raison?

Que penser lorsqu’un théologien étranger à l’Oeuvre écrit, concernant la condamnation des Évêques à l’endroit de l’Armée de Marie:

«Il semble juste d’affirmer qu’il est difficile d’obtenir justice dans l’Église de Dieu!» Et, se fondant sur des canons du Code de droit canonique, il ajoute: «Il existe des éléments litigieux dans la Note doctrinale sur l’Armée de Marie, publiée par la Conférence des évêques catholiques du Canada, avec l’approbation du Saint-Siège, le 15 août 2001.»

Et ce théologien de dénoncer la confusion créée par cette Note doctrinale dont les prétentions à l’endroit de l’Armée de Marie vont à l’encontre des prescriptions du Code de Droit canonique: encore et toujours, on voudrait faire s’appliquer à cette Oeuvre les prescriptions touchant les associations «publiques» de fidèles, alors que l’Armée de Marie est une association «privée», ce qu’a reconnu le plus haut tribunal de l’Église, le Tribunal Suprême de la Signature apostolique, à Rome.

Le théologien dénonce aussi les agissements de Mgr Couture qui reproche à l’Armée de Marie un manque de transparence dans les «affaires temporelles». Il écrit:

«Au sujet des affaires temporelles, les autorités diocésaines n’ont aucun pouvoir d’intervention directe, comme le détermine le Droit canonique: “L’association privée de fidèles ADMINISTRE LIBREMENT LES BIENS qu’elle possède selon les dispositions des statuts, restant sauf le droit qu’a l’autorité ecclésiastique compétente de veiller à ce que les biens soient employés aux buts de l’association” (can. 325, § 1). En ce domaine, l’évêque n’a pas droit d’ingérence, car les biens d’une association privée ne sont pas des biens ecclésiastiques!...»

Et le théologien identifie d’autres reproches que fait Mgr Couture à l’Armée de Marie:

«La “Note disciplinaire [relative à l’établissement de la Maison Spiri-Maria à Lac-Etchemin]” de Mgr Couture semble reprocher à l’Armée de Marie d’organiser “d’imposants pèlerinages en plusieurs pays d’Europe et en Terre Sainte et diverses activités annuelles à grand déploiement au Québec”. Néanmoins, l’Armée de Marie a absolument le droit, même si cela contrarie le bon plaisir des autorités diocésaines, d’organiser d’imposants pèlerinages!... De plus, les “diverses activités annuelles à grand déploiement au Québec” ne dérogent aucunement au Droit canonique, qui reconnaît aux associations privées de fidèles deux droits différents: celui d’ASSOCIATION et celui de RÉUNION. (Voir can. 215.)

«Dans la “Note disciplinaire” de Mgr Couture, on s’étonne, injustement aussi, qu’“avec des appuis financiers et ecclésiaux (sic) dont l’identité reste vague, des candidats entreprennent à Rome des études théologiques et la formation spirituelle préparatoire au sacerdoce”!... Il est faux d’affirmer que l’Armée de Marie utilise des appuis “ecclésiaux” pour défrayer le coût d’études théologiques pour certains de ses membres. Les argents utilisés à cette fin ne sont pas des biens ecclésiaux, mais des biens de l’association. Il est normal que l’identité des appuis financiers reste vague, car l’Armée de Marie n’a aucun compte à rendre à ce sujet aux autorités ecclésiastiques!...»

Quant à la construction de Spiri-Maria, le théologien écrit:

«La Note doctrinale des évêques sur l’Armée de Marie considère comme “illicite” l’érection d’“une chapelle et d’un centre de retraite à Lac-Etchemin”. Or, il faut affirmer, d’après les normes établies par le Droit canonique pour les associations “privées” de fidèles, que l’autorisation de l’évêque n’était aucunement nécessaire pour l’érection d’un tel édifice.

«En effet, dans le canon 298, § 1, il est question des associations “dans lesquelles des fidèles, CLERCS ou LAÏCS, ou encore CLERCS ET LAÏCS ENSEMBLE, tendent par un agir commun à favoriser une vie plus parfaite, à promouvoir le culte public ou la doctrine chrétienne, ou à exercer d’autres activités d’apostolat, à savoir des activités d’ÉVANGÉLISATION, des oeuvres de PIÉTÉ ou de CHARITÉ, et l’animation de l’ordre temporel par l’esprit chrétien”.

«Or, ce dernier canon indique clairement que les associations “privées”, au nombre desquelles se situe l’Armée de Marie, composée de “clercs et laïcs ensemble”, peuvent promouvoir “la doctrine chrétienne”, ou exercer d’autres activités d’apostolat, à savoir “DES ACTIVITÉS D’ÉVANGÉLISATION”!... Or, une “maison de retraite”, comme il en fut préparé une à la maison Spiri-Maria de l’Armée de Marie, ne correspond-elle pas aux “activités d’évangélisation” indiquées dans le canon 298?... (...)

«De plus, les associations “privées” de fidèles n’ont-elles pas le droit de construire les édifices qui sont nécessaires à leur apostolat, puisque, selon le canon 325, § 1, “l’association privée de fidèles ADMINISTRE LIBREMENT les biens qu’elle possède selon les dispositions des statuts”?... En conséquence, les biens d’une association “privée” ne sont pas des biens ecclésiastiques et ainsi ils échappent au contrôle des autorités diocésaines! (...)

«[Le canon 301, § 1] indique que l’autorisation ecclésiastique est nécessaire seulement pour “les associations de fidèles qui se proposent d’enseigner la doctrine chrétienne AU NOM DE L’ÉGLISE”. Telle n’est donc pas la situation de l’Armée de Marie, qui ne prétend aucunement faire de l’enseignement au nom de l’Église!... (Voir can. 299.)

«La CONCLUSION qui s’impose est donc la suivante: l’Armée de Marie existe légalement comme association “privée” (can. 298, § 1, & 215), elle a absolument le droit d’exercer des ACTIVITÉS D’ÉVANGÉLISATION (can. 298, § 1), elle a le droit de construire les édifices requis pour les oeuvres d’apostolat qu’elle se propose d’exercer, puisqu’elle a le droit d’administrer les biens qu’elle possède (can. 325, § 1)!...»

«ÉQUITÉ» «AMOUR» «JUSTICE»

Les Autorités de l’Archidiocèse de Québec ont à plusieurs reprises reproché à l’Armée de Marie sa dévotion à la Dame de Tous les Peuples, malgré les quelque 200 imprimatur qu’avait recueillis, à travers le monde, la Prière donnée par la Dame. Depuis le 31 mai 2002, l’origine surnaturelle de ces apparitions qui ont eu lieu à Amsterdam est reconnue par l’Église, dans un décret de l’Évêque de Haarlem (Amsterdam), Mgr Joseph-Marie Punt.

Le 28 mars 1948, Ida Peerdeman, la voyante de la Dame, voyait écrits les mots: «ÉQUITÉ» «AMOUR» «JUSTICE». Et la Dame précisait: «Aussi longtemps que ces mots ne brilleront pas au regard des hommes, aussi longtemps qu’ils ne brûleront pas dans leur coeur, il n’y aura pas de paix en vue.» (15e vision)

Le Pape Jean-Paul II lui-même a insisté sur le respect de ces trois points importants. C’est ce que mentionne le théologien déjà cité:

«Plusieurs autorités vaticanes ont le devoir strict de réajuster leurs comportements aux directives suivantes du Pape Jean-Paul II: “Le grand respect qui est dû aux droits de la personne humaine, lesquels doivent être protégés avec beaucoup d’attention et de soin, requiert du juge qu’il observe avec exactitude les règles de la procédure, qui constituent précisément la garantie des droits de la personne (...). Mais, au-delà de la JUSTICE, il devrait tendre à l’ÉQUITÉ et, au-delà de l’équité, à la CHARITÉ” (allocution au tribunal de la Rote, 17 février 1979).»

Cette ligne de conduite n’a manifestement pas été suivie à l’égard de l’Armée de Marie.

13 décembre 2002

Sylvie Payeur-Raynauld

(Le Royaume, n° 158, nov.-déc. 2002, p. 24)


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