À LA DÉFENSE DE SON EXCELLENCE MGR MARC OUELLET
Dans une lettre au Devoir publiée le 27 avril 2003, Monsieur Jean-Paul Lefebvre croit «que les circonstances sont propices à un débat public sur lavenir de lÉglise au Québec». De quoi sagit-il, sur quoi faut-il débattre? Selon les propos de M. Lefebvre, il faudrait débattre de la légitimité des positions de Rome, compte tenu quelles sont «décollées de la réalité..., dans les domaines où elles viennent en contradiction flagrante avec les valeurs modernes et avec la conscience de la grande majorité des croyants».Je comprends très bien la position de Monsieur Lefebvre, je connais à fond les valeurs modernes, je suis professeur de philosophie. Mais je ne comprends pas quon puisse avoir la foi catholique et remettre en question les positions de Rome sur des sujets comme lordination des femmes et la morale sexuelle. Que lon se questionne sur le bien-fondé de certaines positions dont on ne comprend pas la légitimité, oui, très bien. Mais quon invoque «les valeurs modernes» et «la conscience de la grande majorité» pour dire quil doit y avoir débat public, ce nest pas fort.
LÉglise annonce la vérité du Christ sans moraliser, mais pour «révéler la dignité chrétienne aux personnes». Comment peut-on croire que le Christ doit être inféodé aux valeurs modernes, voire à la conscience de la très grande majorité? Comment le Christ pourrait-il changer pour sadapter à un discours qui «colle à la réalité»? Jésus-Christ nest-il pas le Même pour toujours? Il est venu parmi nous pour que nous montions au Père par sa sublime Médiation, dans lEsprit Saint. Il est venu pour sauver le monde, jai bien peur que bien des valeurs modernes se soient sauvées de Lui, mettant la table à un sauve-qui-peut des intelligences.
Pour le croyant que je suis, les paroles de vérité de Mgr Ouellet, comme celles du Pape Jean-Paul II, sont dune fraîcheur libératrice. La vérité ne divise pas, ni nemprisonne, elle délivre. Larchevêque de Québec a raison de dire que le sacerdoce nest pas un droit mais un appel, un appel qui vient dEn-Haut. Un appel qui, comme toutes les positions de lÉglise, fait écho à la radicalité de la libération évangélique fondée sur la Liberté Divine elle-même qui, par Amour, donne la vie et qui, par Amour, sest donnée Lui-même pour nous sauver du péché et de la mort.
Il a raison, Mgr Ouellet, de dire quon gomme les différences en revendiquant le droit à lordination des femmes. Lidée de revendiquer le droit à la prêtrise est fondée sur le postulat de légalité des sexes. Bien sûr que les femmes et les hommes sont égaux devant le droit, absolument, nous sommes tous et toutes de même nature. Mais cela ne signifie pas que, de nature, les deux sexes aient des rôles et des fonctions identiques. On pourrait faire valoir certains arguments très solides à lappui de la position de lÉglise sur le sujet, mais il faudrait recourir à des notions théologiques quon ne peut développer ici. De toute manière, larticle de M. Lefebvre ne cherche pas à argumenter pour que vérité se fasse, mais seulement à discréditer Mgr Ouellet parce quil est fidèle à Rome.
Je suppose que monsieur Lefebvre ne comprend pas que les valeurs modernes ont en grande partie évacué le concept de nature, pourtant indispensable à la compréhension vraie de lêtre humain et des religions. Je ne dis pas que les valeurs modernes ne sont pas des valeurs, pas du tout. Vatican II est dailleurs, à bien des égards, une mise à jour du discours de lÉglise en fonction des valeurs modernes, principalement en ce qui regarde la liberté de conscience dont la promotion est, à mon sens, lapport le plus précieux de la modernité. La liberté de conscience encadre la personne des droits nécessaires pour quelle puisse réellement sacquitter de son devoir envers la recherche de la vérité. La liberté de conscience nest pas le droit de penser et de revendiquer nimporte quoi, mais un pressant et profond appel à une adhésion libre de toute contrainte et de tout facteur conditionnant à la vérité.
En dehors de la liberté de conscience, il ne saurait y avoir de religion vraie, il ny a que des croyances adoptées en fonction du discours et du pouvoir ambiants et non à cause de leur vérité. Cependant, contrairement à ce que Jean-Paul Lefebvre semble prétendre, la liberté de conscience et les valeurs modernes ne vont pas à lencontre de lautorité de la pensée unique du Magistère de lÉglise au profit de la collégialité épiscopale. Si la vérité de lÉglise universelle provient de la Révélation de lunique Jésus-Christ, comment la pensée de cette vérité pourrait-elle ne pas être une, sainte, universelle et apostolique? Cest bien mal comprendre lÉglise catholique que de croire que lenseignement du Magistère suprême peut se faire «aux dépens de la collégialité épiscopale». Le Collège des évêques nest pas un lieu de représentation dopinions partisanes, mais de communion dans lEsprit de Vérité.
À propos «du schisme objectif, sans précédent dans lhistoire, qui menace lexistence du catholicisme dans la plupart des sociétés occidentales», ne faut-il pas rappeler quun schisme implique une fixation doctrinale dune division de la pensée unique de lÉglise? Lunité de la pensée de lÉglise de Jean-Paul II serait, selon M. Lefebvre, la cause du «schisme objectif occidental» et, pour le solutionner, il faudrait diviser la «pensée unique» de lÉglise. Mais cest cette solution de «division interne» qui détruirait lunité de lÉglise.
Dans sa Providence envers lÉglise, le Seigneur veille à son indéfectible Unité, ce nest pas Lui qui inspire ceux qui divisent la pensée unique de lÉglise. LÉglise catholique est bien lÉglise du Dieu Un et Trine. Sil fallait que des évêques démissionnent de lÉglise pour se rapprocher du «peuple de Dieu», comme le propose M. Lefebvre, cela signifierait que ce soi-disant «peuple de Dieu» ne serait en fait quele peuple de certains évêques schismatiques. Il est sans doute vrai que «le conflit entre les cultures et la foi provient surtout dun manque dhumilité de la part des porteurs de la Bonne Nouvelle», mais ce nest certainement pas à Monseigneur Marc Ouellet quon doit le reprocher. Car lhumilité suppose dabord quon se soumette à lunique vérité de lunique Dieu dAmour qui, selon la foi catholique, inspire infailliblement Pierre en matière de doctrine et de morale.
Comme le proclamait le nouvel archevêque de Québec, dès louverture de son homélie de la cérémonie où il fut intronisé, «les temps sont courts». Si de saints évêques de la trempe de Monseigneur Marc Ouellet et du Pape Jean-Paul II se lèvent pour soumettre humblement au peuple de Dieu lunique pensée de lUnique Seigneur Jésus-Christ, cest que lheure de Dieu et de sa Très Sainte Mère a sonné pour le triomphe de lÉglise qui transformera les sociétés occidentales comme les sociétés orientales pour faire du monde une seule communauté.
5 mai 2003Daniel Couture, Lac-Etchemin
© 2003 - Tous droits réservés : ÉDITIONS CO. DAME, Québec, Canada