«Un discours décollé de la réalité»
réponse à monsieur Jean-Paul Lefebvre
Journal Le Devoir le 26-27 avril 20031er mai 2003
Monsieur Lefebvre,
Vous abordez tant de sujets dans votre lettre que jai de la difficulté à formuler lavant-propos de ma réponse à la vôtre, que je considère assez incendiaire!
Vous vous attardez dabord à la pensée «unique» du Pape Jean-Paul II, comme si cela constituait une entorse grave à lire et à interpréter lÉvangile de Jésus-Christ lui-même Unique.
LÉglise catholique nest-elle pas Une, Sainte, Catholique et Apostolique? Et cette unicité que vous décriez ne constitue-t-elle pas la force même de lÉglise en son corps visible quest Jésus-Christ, modèle unique dans lhistoire de lhumanité?
Cette pensée unique que vous dénoncez nest-elle pas omniprésente dans le monde de léconomie, de la politique, des affaires en général? Quattendez-vous donc pour la dénoncer?
Le Pape Jean-Paul II nest-il pas le successeur de Pierre et lAutorité Suprême de lÉglise?
Lors de son intronisation à titre dArchevêque de Québec et Primat de lÉglise au Canada, Mgr Marc Ouellet na-t-il pas déclaré quil voulait travailler en communion de coeur et desprit avec les Évêques du Québec et du Canada, et lÉvêque de Rome, le successeur de Pierre? Craignez-vous, monsieur Lefebvre, quil manquera à sa parole et à ses obligations?
Navez-vous pas confiance aux Pères de lÉglise, au dernier concile Vatican II où toutes les questions que vous soulevez ont été soigneusement étudiées et mises de lavant dans des documents; ces derniers ayant été transmis par la suite aux Évêques et aux prêtres de tous les diocèses dans le monde entier?
Le modernisme que vous soulevez et la foi chrétienne ne relèvent pas du même domaine, le premier appartenant au monde, alors que la foi chrétienne prend racine dans la parole du Christ lui-même! Les deux aspects étant souvent incompatibles, parfois contradictoires.
La doctrine de lÉglise ne relève pas de la démocratie, 50% + 1. Quoique lÉglise soit à lécoute du peuple de Dieu, elle na pas moins lobligation de sen tenir à lÉvangile et à linterprétation quen font les Pères de lÉglise en accord avec les documents conciliaires de Vatican II.
Les débats publics dont vous faites allusion, monsieur Lefebvre, ont eu lieu lors des synodes dont vous faites référence. Les Évêques de chaque diocèse ont été à lécoute de revendications de toutes natures, même sils étaient en désaccord avec certaines recommandations. Ils ont fait leur devoir de pasteur à lécoute du troupeau, comme vous le dites si bien.
Toutes ces suggestions et recommandations ont été envoyées à Rome, siège de la Papauté au Vatican, où chacune delles a été étudiée, dont la plupart, je suppose, ont été acceptées, alors que dautres, cependant, ont été rejetées. Cest une procédure normale, il fallait sy attendre.
Et cest précisément à Mgr Ouellet que fut attribuée lodieuse tâche dannoncer «les mauvaises nouvelles» que le Peuple de Dieu du Québec ne veut pas entendre. Les Évêques du Québec et du Canada auraient pu le faire, mais ils sen sont remis au Vatican afin quil décide pour eux. Ils connaissent très bien limportance et la profondeur de la doctrine de lÉglise catholique.
Si le Pape, en communion avec les Évêques, a décidé que les femmes ne peuvent avoir accès au sacerdoce, de même que les prêtres ne peuvent se marier, cest une décision devant laquelle tous les chrétiens doivent sincliner; tout comme ils doivent le faire devant le NON dun Premier Ministre dun État. Le NON du Pape nayant pas moins dimportance que celui de lorganisation civile.
Il en va également pour toutes les questions relatives à la sexualité et au mariage où lÉglise propose à tous les chrétiens un dépassement, le contrôle de soi, un idéale supérieur à atteindre! Quon ne veuille point atteindre cet idéale est autre chose...
Mgr Ouellet na pas dit que lEucharistie nétait pas importante, tout au contraire; il préconise la multiplication des chapelles dadoration du Très Saint Sacrement dans tout le diocèse de Québec, de même quil propose la fréquentation au Corps du Christ le plus souvent possible à tous ceux et celles aptes à le recevoir.
Heureusement que les Évêques ont pris sur eux linitiative de discuter publiquement de toutes les questions que vous soulevez! Cest une chose faite et réalisée lors des synodes de Québec, Sherbrooke, Montréal et Rimouski. Le bilan est maintenant fait et le peuple a parlé.
Vous parlez de schisme. Ne seriez-vous pas le premier à en faire état? Et la question de «manque dhumilité» est à revoir, ne vous en déplaise, monsieur Lefebvre.
Quant à la paix, ce nest pas en sillonnant les rues avec des pancartes quelle viendra, mais en remplissant les Églises déjà vides, en implorant le Seigneur de la Paix, le Dieu damour et de miséricorde, en Lui demandant pardon pour nos péchés.
À la liberté de conscience, je réponds oui, mais avec une conscience éclairée par lenseignement de lÉglise.
Il ny a aucun effort à faire pour vider les églises, monsieur Lefebvre, elles le sont déjà. Plusieurs sont à vendre, ne lavez-vous pas remarqué? Je dirais même que plusieurs ont été transformées en condos, en bibliothèques, en salles de spectacle, etc. Informez-vous!
Et je termine en vous saluant très respectueusement. Cordialement vôtre,
Valérien Lachance
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