L’histoire des âmes

Lors des différents triduums qui se sont succédé depuis 2004, chacun a pu constater en écoutant les récits poignants parfois de conversion que, pour Dieu, chaque âme a son histoire bien singulière.

Sainte Thérèse
de l'Enfant-Jésus

Comme nous le dit la petite Thérèse dans son Histoire d’une âme, sa confiance en son Jésus d’Amour est totale. Bien sûr, elle recevait de ces petits cadeaux qui aident à la confiance: «Réfléchissant au nom que je porterai au Carmel, je savais qu’il y avait une Soeur Thérèse de Jésus. Cependant, mon beau nom de Thérèse ne pouvait m’être enlevé. Tout à coup, je pensai au petit Jésus que j’aimais tant et je me dis: “Oh! que je serais heureuse de m’appeler Thérèse de l’Enfant-Jésus!” Je ne dis rien du rêve que j’avais fait tout éveillée, mais cette bonne Mère de Gonzague demandant aux Soeurs quel nom il faudrait me donner, il lui vint à la pensée de m’appeler du nom dont j’avais rêvé… Ma joie fut grande et cette heureuse rencontre de pensées me sembla une délicatesse de mon bien-aimé petit Jésus

Thérèse ne voyait en cela que «la rencontre d’heureuses pensées». Nous savons que c’était plus que cela. Consciemment ou inconsciemment, elle nous montre que se remettre totalement à Dieu n’empêche pas d’avoir de saints désirs.

Et toute l’histoire du Salut est tissée de ces récits d’hommes et de femmes qui ont su s’abandonner à la Miséricorde.

Force est de reconnaître que pour écrire cette histoire singulière il faut l’abandon. Il n’est pas un témoignage où cela n’apparaît. L’homme doit accepter de se laisser modeler. Et c’est quand il y a opposition à cette Volonté divine que son histoire devient banale et pour beaucoup routinière et sans goût, quand elle ne sombre pas dans les coulisses du désespoir ou du vice.

Accepter Dieu comme guide de notre vie, c’est une aventure. Oui, une aventure dont on ne connaît pas l’issue. Dans la confiance, faire un pas supplémentaire découvre souvent une possibilité insoupçonnée, pas même imaginée. C’est comme marcher dans le vide où, mettant le pied devant l’autre, une petite planche (de salut) venant on ne sait d’où vous permet de poser le pied, quelquefois même à la seconde près. On en trouve tant d’exemples dans Vie d’Amour: le téléphone qui sonne, donnant in extremis la direction à suivre, etc. Et chacun peut, s’il y porte attention, le reconnaître dans sa propre vie.

Il faut du courage pour s’abandonner: l’abandon est une véritable immolation. Cet abandon qui se fait dans l’amour: amour-abandon, conduit à l’amour du don: amour-don. Car lorsqu’on donne un peu, l’on reçoit beaucoup. C’est ce que nous dit Jésus: «Dieu mesurera ce qu’Il vous donne avec la mesure [de l’amour] que vous employez vous-mêmes et Il y ajoutera encore. Car celui qui a quelque chose [à offrir à Dieu] recevra davantage, mais à celui qui n’a rien [à offrir à Dieu], on enlèvera même le peu qui pourrait lui rester.» (Cf Mc 4, 24-25)

Croyons que notre foi en la Providence peut transformer notre vie. Un simple retour en arrière sur tout ce qu’a été cette vie d’abandon permet de reconnaître la main de Dieu. Aurions-nous pu, pauvres pécheurs, trouver meilleurs aboutissants! Dans bien des situations, nous serions tombés dans le découragement qui mène à la révolte.

Et c’est ainsi que, possédant ce vécu dans l’abandon comme un trésor à partager, chacun peut témoigner et agir comme Jésus nous le demande: «Et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères.» (Lc 22, 32) Revenus… de cette formation que Dieu exerce en nous jour après jour. Affermis… soutiens ceux qui n’osent pas la confiance, la foi pure. Et par l’écoute de ces nombreux témoignages, nous pouvons sentir comme une force nouvelle nous envahir. À notre tour, nous voulons nous essayer à l’abandon. Cependant, il faut parfois attendre la fin d’une vie pour en comprendre l’heureux dénouement. Alors, chaque jour, nous rendrons grâce pour ces planches de salut reçues au moment opportun.

Pour Dieu, toute âme est une histoire bien singulière et son plan d’amour, tenu caché très longtemps parfois, finit par être mis en lumière et porté à la connaissance de tous. Comme il en est de la Dame, pour que tous croient en Lui, en Elle!

«Accueille et reçois, Seigneur, toute ma vie,
Intelligence et volonté, mémoire et liberté.
Tout ce que je possède,
Ce que Tu m’as donné, Seigneur, je Te le rends.
Tout est à Toi! Fais-en ce que Tu voudras.
Donne-moi seulement Ton amour et Ta grâce
Et je serai comblé.»
(Ignace de Loyola, Prière du Suscipe)

Ghislaine Pernak, France
Octobre 2009