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«Je suis le Pain de la Vie»
Père |
L’Histoire Sainte, écrite par la Main de Dieu, dépasse toujours l’entendement de ceux qui en vivent les étapes. Ses rebondissements réels ou apparents ont pour effet de replacer chaque fois l’homme, le Peuple choisi, l’humanité entière dans une plus juste perspective de sa réalité face à Dieu. On pourrait dire que chacun d’entre nous, tel le Peuple choisi, vit aussi son Histoire Sainte… parfois plus sainte, plus vertueuse, plus remplie d’audace et de courage pour combattre l’ennemi et réaffirmer la primauté de Dieu dans sa vie. Parfois moins sainte, remplie de trahisons, de lâchetés, des échecs de nos péchés personnels et des péchés de ceux qui nous entourent. Et pourtant, il nous faut comprendre que la sainteté de l’Histoire ne vient pas des hommes, ne vient pas de nous, ne vient pas même de nos plus sublimes élans d’amour du moment. C’est Dieu, par son Plan d’Amour sur nous individuellement, puis collectivement, ecclésialement, qui rend «sainte» notre Histoire. Il l’a écrite, lui, de toute éternité, de ses accents d’Amour infini puisque son Être est l’Amour. Il l’a écrite historiquement par les gestes du Salut les plus puissants, séparant les eaux ou anéantissant l’ennemi. Il s’est aussi manifesté dans la brise légère ou dans la manne et les cailles données à profusion au désert de nos pauvretés.
L’Histoire est sainte parce que Dieu y est présent. Dieu guide son Peuple, d’Égypte vers la Terre promise, de la faute d’Adam jusqu’à la venue du Rédempteur, Dieu fait Homme; par la manifestation du Temple de son Corps, son Église fondée sur Pierre pour conduire les Peuples jusqu’au Royaume de l’éternelle Béatitude: «Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Et les portes de l’Enfer ne prévaudront point contre elle» (Mt 16, 18); par la manne qui couvrait le sol telle une légère couche de rosée jusqu’au don de son Corps, «le vrai Pain descendu du Ciel», fait eucharistie au soir du Dernier repas avec ses disciples – «Faites ceci en mémoire de moi–, Dieu est présent au coeur du monde et de l’Histoire.
L’Histoire est sainte de la Présence de Dieu. Dieu est là, parmi nous, non plus dans les signes et les gestes grandioses de la Première Alliance seulement, mais par une présence personnelle en son Fils, venu prendre la chair de l’homme pour sauver l’homme pécheur et lui rendre sa dignité de fils.
L’Histoire est sainte, car Dieu en son Fils a marché sur nos routes, enseigné dans nos carrefours, purifié les lépreux, les publicains et les pécheresses que nos sociétés bien-pensantes rejetaient, pour en faire des disciples, des apôtres, des saints et des saintes qui, aujourd’hui, nous sont des modèles et des encouragements à suivre le Christ et à répondre à son appel.
L’Histoire est sainte de la Présence permanente de Jésus sur terre en son eucharistie. Il a fait de notre terre l’autel de son sacrifice, de son Église l’ostensoir qui présente à l’adoration de tous les peuples son Rédempteur, du coeur des âmes qui l’accueillent son tabernacle en lequel il trouve ses délices.
L’Histoire est sainte. Elle est celle de cette Alliance qu’il a établie en son Sang versé sur la Croix pour nous purifier, pour nous élever jusqu’à lui, pour faire de nos propres croix une voie royale pour nous associer à son Sacrifice rédempteur, tremplin pour nous élever jusqu’au monde de la Divinité.
L’Histoire de notre monde composé de pécheurs est sainte de la sainteté de Dieu qui nous côtoie. Le monde divin nous est rendu accessible ici-bas par l’eucharistie. Jésus disait: «Moi je suis le Pain de la Vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim. Celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif.» (Jn 6, 35) Par le sacrifice du Rédempteur nous est donnée la Vie divine, Dieu lui-même, Amour et Sainteté. Il nous ouvre les portes de son Coeur pour nous donner accès au monde de la grâce, à la Vie même de Dieu. Par son Sacrifice, il nous donne en espérance le Royaume du Ciel où nous régnerons avec lui, où nous serons Un avec lui, Un en lui. Ce sera la Béatitude parfaite en partage, car le Dieu de toute sainteté sera la gloire des élus, le bonheur sans mélange dans la Lumière d’un Feu divin qui est Vie et qui est Amour sans limites et sans Fin.
Or, l’Histoire est sainte, notre Histoire terrestre qui nous prépare à ce bonheur du Ciel, aussi parce que le Sauveur veut nous faire partager cette Vie divine ici-bas, sur la terre de nos combats, sur le Golgotha de nos conquêtes, par le triomphe de sa Victoire à lui. Et pour cela, il a suscité en notre temps Celle qui nous ouvre les portes du Royaume terrestre.
Comme au temps de Jésus, il nous faut reconnaître aujourd’hui l’Oeuvre de Dieu. «L’oeuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé.» (Jn 6, 29) Il y a 2000 ans, c’était l’Heure du Fils, qui se faisait Pain venu du Ciel pour nous donner la Vie. «Amen, amen, je vous le dis: ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde.» (Jn 6, 33) Et le Rédempteur, par sa présence sur nos routes, puis par sa présence réelle et sacramentelle dans l’eucharistie de nos messes et de nos tabernacles, a sanctifié le sol qu’il a foulé pour que nous remontions jusqu’à lui qui est désormais à la droite du Père, au Ciel.
Et c’est maintenant l’Heure de la Fille du Père, la Servante empruntant la même route que le Christ pour revivre toutes les souffrances de Sa Passion et nous ouvrir les portes du Royaume terrestre pour un millénaire de Paix, d’Amour et de Lumière. «“Vie d’Amour”, c’est cela: une vie comme sont toutes les vies: au-dehors les mêmes misères; mais au-dedans, quelle lumière et, surtout, quel mystère!» (Raoul Auclair, Préface à Vie d’Amour, volume I, p. 10)
Et vient maintenant l’heure où c’est ici-bas, «sur la terre comme au Ciel», que le Royaume du Christ-Roi doit être établi. Ainsi, désormais, par le sacrifice de la Co-Rédemptrice uni au sacrifice du Rédempteur, s’accomplit parfaitement la Volonté du Père «sur la terre comme au Ciel» pour que l’homme racheté par le Christ puisse, renouvelé, non plus seulement goûter un jour le bonheur du Ciel, mais accéder dès ici-bas et pour tout le temps du Royaume à la paix et au bonheur promis aux hommes et aux femmes de bonne volonté. «Gloire à Dieu, paix aux hommes, joie du Ciel sur la terre!» Cela est devenu possible par l’entrée de la Co-Rédemptrice dans le Coeur du Coeur du Père. Et le Ciel nous a donné Spiri-Maria qui devient la porte du Royaume, la Terre du Coeur du Coeur du Père pour que nous accédions au Royaume que les siècles ont sans cesse imploré: «Que ton règne vienne sur la terre comme au Ciel!»
«Désormais, le Ciel est descendu sur la terre et c’est pour y rester.» L’oeuvre de Dieu, aujourd’hui, n’est-elle pas encore de croire en celle que Dieu a envoyée pour notre temps? Et ce petit grain de blé perdu en l’eucharistie, pour que l’Église soit renouvelée par son Sacrifice et que les hommes accèdent au Royaume de la Paix «sur la terre des vivants», devient pour nous source d’espérance. Nous devons emprunter les mêmes chemins, vivre des dépouillements semblables, nous laisser purifier, diviniser, jusqu’à devenir ce que nous avons reçu, c’est-à-dire «eucharistie»: offrande et sacrifice avec le Rédempteur et la Co-Rédemptrice, «action de grâce» et hostie de louange à la Gloire du Père qui est Amour.
«Laissez-vous guider (...) par un esprit renouvelé. Adoptez le comportement de l’homme nouveau, créé saint et juste dans la vérité, à l’image de Dieu» (Ép 4, 23-24), nous dit saint Paul. Voilà que la porte nous est ouverte et que le chemin de ce renouveau nous est tracé par celle qui a reçu la mission de Paul en devenant la copie vivante de Marie. Et par notre entrée progressive dans le monde nouveau, celui du Coeur du Coeur du Père présent sur la terre, nous serons établis dans le Royaume et transformés par l’Eucharistie Nouvelle, notre Pain de Vie pour le Royaume.
«Je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif.» (Jn 6, 35) Rendons grâce à Dieu, Père de tout Amour, pour le don ineffable de son eucharistie. Communions souvent, quotidiennement, à cette nourriture du Ciel sur la terre. En recevant le Corps du Seigneur, nous serons transformés en lui.
Par les mérites du Sacrifice uni du Rédempteur et de la Co-Rédemptrice, nous accéderons ici-bas, sur la terre du Coeur du Coeur du Père, aux délices de l’Amour de Dieu qui est venu jusqu’à nous. L’eucharistie nouvelle, en l’Église renouvelée de Jean, prépare le temps du Royaume où «nous serons prêtres, nous serons prophètes et nous serons saints».
Laissons-nous transformer par la Vie et la Lumière de l’hostie rayonnante d’où émane la double présence: «Et pourtant, ils sont deux!» C’est ainsi que nous serons transformés, sanctifiés, divinisés, eucharistifiés, pour ne vivre que pour Dieu et que de Dieu dès cette vie. Ainsi, en toute vérité, nous pourrons devenir ce que nous avons reçu: eucharistie de louange au Père sur la terre des vivants et pour tout le temps du Royaume.
Père Jean-François Mastropietro, o.ff.m.

