Le Royaume

De PIERRE à JEAN jusqu’aux rives du ROYAUME

par Père Carl Beaupré

Père Carl Beaupré

Très chers Chevaliers de Marie, on dit que la Parole de Dieu est d’une richesse infinie et que chacun de ses replis renferme des trésors encore inexplorés que l’on découvre à l’heure de Dieu, car c’est Lui qui guide l’Histoire et l’illumine par sa Parole divine. Les textes de ce vendredi 9 avril en sont encore une preuve.

Nous sommes les contemporains d’une transmutation étonnante: celle de l’Église de Pierre en l’Église de Jean. Il est quand même fascinant de constater à quel point les lectures d’aujourd’hui annoncent cette transmutation.

Transmutation: Judaïsme au Christianisme

La première lecture commence ainsi: «Comme Pierre et Jean parlaient au peuple dans le Temple, les prêtres intervinrent, avec le commandant de la garde du Temple et les sadducéens. Ils ne ­pouvaient souffrir de les voir enseigner leur doctrine au peuple et annoncer, dans la personne de Jésus, la résurrection.» (Ac 4, 1-2) En effet, on vivait à cette époque une transmutation tout aussi étonnante que celle d’aujourd’hui: celle du Judaïsme au Christianisme. L’Église de Pierre éclatait au grand jour avec une doctrine nouvelle fondée sur la résurrection du Christ. Et, dans l’annonce de ce grand Mystère, le livre des Actes des Apôtres lie ensemble deux personnages qui ressortent avec force dans le texte sacré: Pierre et Jean. Cependant, on constate que la figure qui prédomine est celle de Pierre. En effet, les chefs du peuple, les anciens, les scribes ainsi que tous ceux qui appartenaient à la famille des grands prêtres se réunirent et firent comparaître Pierre et Jean pour les interroger. Alors, Pierre, avec une assurance remarquable, parce que rempli de l’Esprit Saint, prit la parole et leur annonça le Mystère de la Rédemption qui venait tout juste de s’accomplir.

Effacement de Jean

«Pierre partit donc avec l’autre disciple et ils se rendirent au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble.  L’autre disciple, plus rapide que Pierre, le distança et arriva le premier au tombeau. Se penchant alors, il voit les bandelettes à terre; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour, et entre dans le tombeau (…).» (Jn 20, 3-6)

À cette époque, Jean s’effaçait devant Pierre, car c’est sur lui que Jésus venait de fonder son Église: «Pierre, tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église» (Mt 16, 18), lui avait-Il dit de son vivant. Puis, une fois ressuscité, Il le confirme dans cette fonction en lui demandant par trois fois de paître ses agneaux et ses brebis.

Ainsi, l’Apôtre Jean, qui aurait pu tout aussi bien que Pierre répondre à l’interrogatoire des autorités ecclésiastiques de l’époque, laisse au Chef des Apôtres le soin de s’expliquer.

En d’autres circonstances, il avait agi de la même manière. Par exemple, au matin de Pâques, courant au tombeau en compagnie de Pierre, il arrive le premier, mais laisse d’abord Pierre entrer dans le tombeau. Puis, se rendant au Temple avec Simon-Pierre pour la prière de la neuvième heure, ils arrivent tous deux au moment où l’on déposait un infirme de naissance à la porte du Temple. Voyant Pierre et Jean sur le point d’entrer dans le Temple, l’infirme leur demande l’aumône. «Alors, affirme l’Écriture Sainte, Pierre fixa les yeux sur lui, ainsi que Jean...» (Ac 3, 4) Et c’est Pierre qui prend la parole, guérissant miraculeusement l’infirme de naissance au nom de Jésus ressuscité.

Il est merveilleux de constater à quel point tous les détails de l’Écriture Sainte ne sont pas le fruit du hasard et s’éclairent avec l’Histoire. Cette phrase, par exemple: «Alors, Pierre fixa les yeux sur lui, ainsi que Jean», est riche d’enseignements. L’auteur aurait pu écrire: «Alors, ils fixèrent les yeux sur lui», car tous les deux font le même geste. Mais non! C’est d’abord Pierre, ensuite Jean. Cette formulation est importante et nous fait comprendre que ce que fait Pierre, parce que c’est son heure, Jean le fera pareillement à l’heure marquée par Dieu. On peut déjà y voir une annonce voilée de la transmutation de l’Église de Pierre en celle de Jean.

Transmutation: L’Église de Pierre en l’Église de Jean

L’Évangile du jour, cependant, annonce non seulement cette future transmutation, mais aussi le contexte dans lequel elle se fera et la raison pour laquelle elle aura lieu. Notez que c’est saint Jean lui-même qui annonce tout cela, car le texte évangélique est de lui. Mais comment s’y prend-il? Saint Jean raconte: «Il y avait là Simon-Pierre, avec Thomas (...), Nathanaël (...), les fils de Zébédée, et deux autres disciples. Simon-Pierre leur dit: “Je m’en vais à la pêche.” Ils lui répondent: “Nous allons avec toi.” Ils partirent et montèrent dans la barque; or, ils passèrent la nuit sans rien prendre.» (Jn 21, 1-3) Cette scène illustre le contexte qui régnera le jour où se fera la transmutation. Et ce sont précisément les temps où nous vivons: il fait nuit, les ténèbres recouvrent la terre, les églises se vident de plus en plus et la pêche est nulle.

Saint Jean continue ainsi la relation des faits: «Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était ­Jésus.» (Jn 21, 4) Mais n’est-ce pas exactement ce qui se passe en ce temps de la Co-Rédemption? Le Christ est là sur la terre. C’est l’aurore d’un jour nouveau qui se lève sur l’humanité. Le mot «Christ» signifie l’Élu ou l’Élue de Dieu, Celui ou Celle qui a reçu l’onction divine. La Dame, l’Élue de Dieu, est là sur la terre..., mais, de la barque de Pierre, on a beau la regarder, on ne la reconnaît pas. Seul Jean a le regard assez pur pour la reconnaître. Cela explique la raison pour laquelle Dieu va devoir transmuter l’Église de Pierre en l’Église de Jean. Tout comme au temps du Christ, on n’a pas su reconnaître Celle qui nous visite.

Et lorsque Simon-Pierre entendit Jean déclarer que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. C’est ici que l’image de la transmutation de l’Église de Pierre en celle de Jean est la plus forte, car Pierre n’étant plus dans la barque, c’est Jean qui, par le fait même, doit se mettre au gouvernail. Or, lorsque Jean, en la personne de Padre Jean-Pierre, dans la foulée des cérémonies du triduum de mai 2007, déclare solennellement par dogme que Marie, présente en Marie-Paule, et donc Marie-Paule Elle-même, est Co-Rédemptrice, Médiatrice et Avocate, eh bien, Pierre se jette à l’eau et quitte la Barque. On nous excommunie, mais, en réalité, la Barque, nous ne l’avons jamais quittée. L’image évangélique de Pierre qui se jette à l’eau nous prouve plutôt le contraire. Et c’est Jean qui en prend la gouverne.

Une seule Communauté

Chers amis, loin de vouloir juger qui que ce soit, il faut plutôt prier afin qu’un jour l’histoire que nous vivons se termine comme le récit évangélique. Oui, prions afin que Pierre, réuni à Jean, ainsi que tous les autres disciples de quelque dénomination religieuse qu’ils soient, atteignant le rivage du Royaume, puissent aller à la rencontre de la Dame avec leur filet rempli de poissons qu’Elle-même leur aura miraculeusement procurés. Peu importe s’ils osent demander: «Qui es-tu?», pourvu que chacun, tout comme l’apôtre Jean, sache qu’Elle est Celle «qui fut un jour Marie». Alors, tous unis en une seule Communauté, ayant quitté les dangers de la mer et la nuit profonde, réunis près de la Dame, nous nous laisserons nourrir par les leçons de sa Vie d’Amour et par le Pain des forts qu’Elle nous distribuera abondamment afin que nous puissions La suivre jusqu’à ce brasier ardent qui n’est autre que celui du Coeur du Coeur du Père.

Père Carl Beaupré, o.ff.m.