Le Royaume

«Tu détiens tous les pouvoirs»

Marc Bosquart

Dans le cadre des journées de prière de mai 2011, la rose a été mise en évidence, synonyme de l’Amour et symbole de la Co-Rédemption. Un texte inédit et éclairant de Marc Bosquart, rédigé en janvier et août 2007, nous éclaire sur le rapport qui existe entre la Fleur des Fleurs (Flos Florum) et le mystère de la Co-Rédemption.

C’était un après-midi de 14 septembre, il y a plus de vingt ans. Marie-Paule était dans son bureau de la 26e Rue à Québec. Elle s’entretenait avec quelqu’un. Dehors, il faisait soleil et la porte de la terrasse était ouverte. On voyait les bacs de fleurs accrochés tout le long de la balustrade à quelques pieds de son bureau.

Marie-Paule alors, changeant tout à coup de sujet, dit à la personne devant elle à peu près ceci: «C’est curieux. D’habitude, à cette heure, les fleurs sont tournées vers l’extérieur, vers le soleil, mais, aujourd’hui, c’est vers l’intérieur qu’elles sont tournées, vers mon bureau. De plus, c’est le jour de ma fête que cela se produit.»

«C’est curieux», dit Marie-Paule avec une humilité consternante, une humilité telle qu’elle dut faire tressaillir d’allégresse les anges du Ciel et terrasser de dépit tous les démons de l’enfer! «C’est curieux», dit-elle, «c’est le jour de ma fête», alors que c’est la création tout entière, en ses plus beaux atours que sont les fleurs, qui lui rendait le plus simple et le plus confondant des hommages!

En vérité, qui, parmi les riches et les puissants de ce monde – et qui commandent aux hommes! aux machines! aux événements! –, qui pourrait obtenir qu’une fleur, un jour, se penche naturellement vers lui? Personne, absolument personne! Oui, mais, vers Marie-Paule, elles se tournent, les fleurs, et lui manifestent ainsi que sa Fête est un peu la leur et celle de toute la création.

1985 - Marie-Paule parmi les fleurs sur la terrasse du Centre international de l'Armée de Marie, au 2040, 26e Rue, à Québec.

Ce que l’humanité ne voit pas, pas encore ou pas assez, les fleurs le perçoivent à leur manière et l’expriment en s’inclinant vers elle, ce qui est la façon qu’ont les fleurs de s’agenouiller. C’est ainsi qu’elles nous font comprendre qu’en Marie-Paule, en vérité, brille toute la Beauté, se condense toute la Puissance et s’épanouit tout l’Amour de notre Dieu, ce qui fait d’elle, en vérité, «la Fleur des Fleurs dans le Jardin de Dieu»! (Livre blanc, vol. II, p. 166)

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À l’origine, on le sait, l’expression «la Fleur des Fleurs» se trouve, en latin, dans un texte appelé «La prophétie des papes» et qu’on attribue à saint Malachie, un évêque irlandais qui vécut au XIIe siècle et qui fut un ami de saint Bernard.

À cela, nous ne nous attarderons pas, sinon pour retenir que cette expression particulière est d’abord une devise pontificale, insérée dans une série de locutions servant à désigner les papes successifs de l’Église, du Moyen Âge à nos jours.

Une devise pontificale oui, mais une devise aussi qu’aucun pape comme les autres, et quel que soit son rôle ou son rayonnement, ne saurait mériter! Raoul Auclair l’avait bien pressenti, quand il écrivit, dès 1969, qu’on décelait, dans cette expression, comme «la prescience d’un sommet et d’une apothéose».

Depuis lors, des décennies se sont écoulées. L’Église catholique est toujours à Rome et poursuit son chemin dans l’Histoire, avec plus ou moins de bonheur et plus ou moins de fidélité réelle au Fils de Dieu qui l’a fondée.

Mais aujourd’hui, l’Église est aussi d’une autre nature et elle s’est établie dans un autre endroit, là même où vit celle en qui se condense actuellement la véritable Église du Christ. Elle est, l’Église, où est le Christ. Et le Christ est en Marie-Paule. Et le Christ est Marie-Paule. Et Marie-Paule est le Christ – pas la personne de Jésus-Christ, mais le Christ, en ce sens que l’état de Christ est l’ultime état qu’elle partage avec Lui, Jésus-Christ.

La véritable Église du Christ est donc où est Marie-Paule, en toute certitude et vérité. Bien sûr, il faut de la foi pour le voir et le croire. Il reste que l’évidence est manifeste aussitôt qu’on écoute son cœur et s’ouvre à l’esprit que Dieu a mis en nous pour que nous puissions Le reconnaître.

Mais, en vérité, qu’y a-t-il d’étonnant dans tout cela? Certes, il est grand d’être le Principe de la nouvelle Église héritière de l’ancienne, et cela doit peser d’un poids très lourd, mais ce que nous savons déjà de Marie-Paule est infiniment plus grandiose encore: être le Corps et le Sang du Christ autant que Jésus-Christ Lui-même!, être celle qui brille en la Divinité nouvelle et la complète aujourd’hui, broyant le Temps pour en extraire l’Éternité!

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Dès lors, en tant que Souverain Pontife de l’Église du Christ, Marie-Paule est véritablement comme un «pont» lancé dans l’univers et qui relie les mondes entre eux pour les rattacher à Dieu! Le pont par lequel Il descend jusqu’à nous – car elle est sa Médiatrice –, et le pont qui nous sauve aussi – car elle est notre Avocate –, avant de nous arracher à ce monde et de nous permettre de monter à sa suite et jusqu’à Dieu – car elle est la Co-Rédemptrice.

Ainsi, nantie de l’autorité de la Divinité même – qui, de toute façon, ne saurait l’exercer sans celle qui participe d’Elle aujourd’hui –, Marie-Paule détient «tous les pouvoirs» sur la Terre et sur l’humanité qu’elle sauve, et elle ne fait rien ici-bas que ne ferait Dieu Lui-même s’Il était là!

«Tous les pouvoirs», oui, mais dans quelle mesure et jusqu’où? C’est simple: étant l’Immaculée-Fille et l’Épouse de Jésus-Christ, Marie-Paule n’a jamais eu le pouvoir – et n’a d’ailleurs jamais eu l’intention – de défaire ce qu’a fait le Christ, mais elle a toujours eu le pouvoir de parfaire ce qu’Il a commencé, de l’adapter aux circonstances et de le transformer en vue du Royaume qu’elle porte et qu’elle nous apporte en son Nom. Plus encore, et parce qu’à tout pouvoir est associé le devoir correspondant, Marie-Paule n’avait pas seulement le pouvoir de sauver l’Église du Christ, elle en avait le devoir! Le terrible et l’écrasant devoir!

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C’est justement cela qu’il faut bien voir aussi: «l’autre côté de la médaille» et le poids de son devoir. Oui, Marie-Paule aura sauvé l’Église du Christ et, Fleur des Fleurs, elle aura donné l’impulsion qui la projettera dans le Royaume et l’y fera s’épanouir au sein de la Communauté de la Dame. Oui, mais à quel prix!

De plus, elle aura sauvé le monde avec le sourire et celui-ci nous accompagnera pendant toute la durée du Royaume et même au-delà. Mais, pour elle, il y a, depuis tant d’années, «l’autre côté» de son sourire, ainsi que, de «l’autre côté» de la gloire du Christ ressuscité le matin de Pâques, il y avait le Christ écrasé par le monde, anéanti par son œuvre et qui, en fait, ne nous sauva qu’en mourant sur la croix dans l’oblation totale de Lui-même à la Volonté de son Père.

Alors, que Marie-Paule ait aujourd’hui «tous les pouvoirs» dans l’Église du Christ – et, demain, les exerce par d’autres en vue du Royaume –, oui, mais Dieu seul sait le prix qu’elle a dû les payer pour nous en faire profiter. De même aussi, que Marie-Paule soit, dans tous les sens des mots, la «Fleur des Fleurs dans le Jardin de Dieu», certes oui, mais, dans le chœur de Spiri-Maria, la Fleur n’est pas rouge, elle est rose: c’est la couleur qui reste quand on s’est vidé de son sang.

Marc Bosquart