Le Royaume

Le Mystère de la Femme

par Soeur Louise Hélie

Sr Louise Hélie

«Quelle grâce d’être femme, nous disait un jour Marie-Paule, et de réaliser notre mission propre telle que Dieu l’a prévue!» (Lettre pour la fête des Mères, mai 2006) Toute femme est en droit de se demander quelle peut bien être cette mission propre qui lui est réservée. Pour répondre à cette question, il faut avant tout bien se connaître et bien connaître la grandeur de la femme. Dans le monde d’aujourd’hui où les valeurs sont renversées, les «grandes femmes» sont celles qui ont réussi à agencer vie de couple et carrière trépidante, celles qui ont un corps parfait et qui percent dans le show-business ou bien celles qui ont de l’argent et qui ont une réputation mondiale..., mais la vraie grandeur de la femme, c’est bien autre chose!

Mystère de la Co-Rédemption

Jésus, s’adressant un jour aux apôtres leur dit: «Je vous dis qu’il y a beaucoup de force dans le coeur de la femme. Dans le coeur, comme pour nous, les hommes, dans l’intelligence. Et je vous dis qu’elle va changer, la situation de la femme par rapport aux coutumes comme par rapport à tant d’autres choses. Et ce sera juste parce que, comme Moi pour tous les hommes, ainsi une Femme obtiendra pour les femmes, d’une manière spéciale, grâce et rédemption. (...) Car la Femme possédera, possède en elle-même, ce qui vainc l’Adversaire. Et Elle rachète donc du moment où Elle existe, Elle la Rédemption active bien que cachée. Mais bientôt Elle sortira en présence du monde et les femmes se fortifieront en Elle.» (Maria Valtorta, L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, vol. VII,  p. 339)

On voit dans ces quelques lignes tout le mystère de la Co-Rédemption qui s’étend du Calvaire à l’ouverture du Royaume. Dans la même phrase, Jésus utilise deux temps de verbe: le présent et le futur. La Femme: Marie de Nazareth, qui possède en elle-même ce qui vainc l’Adversaire, et La Femme: Marie-Paule, qui possédera, elle aussi, ce qui vainc Satan. De fait, elle est sortie en présence du monde, à la tête de son armée, et en elle, et par son exemple, se fortifient les femmes qui se sont enrôlées sous son étendard.

Le 14 septembre dernier marquait les 90 ans de Mère Paul-Marie, «La Femme par Excellence», celle dont le rôle fut d’écraser sous son talon le Serpent qui, par la complicité d’une femme, vola la terre à l’homme. Ce temps-ci est réservé à La Femme, et personne plus qu’elle n’a compris la vraie nature, l’essence même de la femme, sa grandeur, sa dignité et surtout sa place dans le plan d’amour du Père.

La mission de Mère Paul-Marie fut celle de la Co-Rédemption, et c’est le récit de cette mission que l’on trouve dans les pages de Vie d’Amour. Qui mieux que Jésus pourrait nous parler de cette mission qui fut celle de notre Mère? Dans un discours aux apôtres, Il leur dit: «Dieu peut-Il être présent par sa gloire aux péchés qui se consomment dans les murs du Temple? Un autre Tabernacle était nécessaire, et qu’il fût saint, et qu’il fût une étoile pour ramener au Très-Haut ceux qui sont perdus. Et cela on l’a dans la Corédemptrice qui dans les siècles des siècles aura la joie d’être la Mère des rachetés. “Tu brilleras d’un éclat splendide. Tous les peuples de la Terre se prosterneront devant toi. Les nations viendront de loin pour te porter des présents et elles adoreront en toi le Seigneur... Elles invoqueront ton grand nom... Ceux qui ne t’écouteront pas seront parmi les maudits, et bénis seront ceux qui se serreront près de toi... Tu seras heureuse en tes enfants car ils seront les bénis réunis près du Seigneur”. Le vrai cantique de la Corédemptrice. Et déjà le chantent dans le Ciel les anges qui voient... La Jérusalem nouvelle et céleste, c’est en elle qu’Elle commence. Oh! Oui, voilà la vérité. Et le monde l’ignore...» (Id., vol. VII, p. 339-340)

Sainte Jeanne d'Arc

Sainte Thérèse d'Avila

Mère Teresa de Calcutta

Mère Paul-Marie

Et, malheureusement, beaucoup veulent l’ignorer par mépris et par suffisance. Si l’absence de connaissance est encore excusable, l’aveuglement délibéré ne l’est pas. Grande est la responsabilité de ceux qui rejettent l’Oeuvre de Dieu! Comme au temps du Christ, certains ont voulu fermer l’accès au Royaume. Ils ont verrouillé la porte et jeté la clé au loin pour empêcher les gens d’y accéder et ils n’y sont pas entrés eux-mêmes! Mais le Ciel, qui n’est pas limité dans ses moyens, a su passer autrement.

En effet, dès les premiers articles du journal Marie, Marie-Paule écrivait: «La Généralissime des Armées Célestes va surprendre, car Elle vient avec Sa psychologie féminine qui va désarmer les plus grands théologiens.» (Marie, Les Éditoriaux, p. 135) En effet, «plus la femme est sainte, disait Léon Bloy, plus elle est femme.» (La femme pauvre, Mercure de France, p. 59) Mais lorsque la femme se pare de tous les joyaux de l’arc-en-ciel de la sainteté, elle n’est plus seulement femme, elle devient «La Femme»!

*

De tous les temps, il y eut des femmes extraordinaires qui, malgré leurs faibles forces, ou leur santé démolie, ont su accomplir de grandes oeuvres qui ont traversé les siècles et dont nous pouvons encore admirer le génie. Que l’on pense à Judith, à Jeanne d’Arc ou à Mère Teresa, pour ne citer que celles-là. Mais il en est deux particulièrement qui ont marqué leur époque et qu’il vaut la peine de regarder de plus près. Il s’agit de sainte Thérèse d’Avila et de Mère Paul-Marie. Ces deux femmes, docteurs de l’Église, ont su guider les âmes dans les voies mystiques et nous montrer le chemin qui conduit au Ciel! Mais ces deux femmes ont, avant tout, pleinement compris et vécu leur état de femme avec tout ce qu’il comporte de richesse et de mystère.

La psychologie féminine

La psychologie de la femme consiste avant tout à vivre avec son coeur plutôt qu’avec sa tête. Pour cette raison, elle ne suit pas toujours la logique humaine. Elle est, en général, un mystère pour l’homme dans le développement de leurs rapports, et elle est un mystère, souvent insoupçonné, pour elle-même.

«Cette complexité féminine n’a pas échappé au regard pénétrant de sainte Thérèse. “Vous m’amusez, écrit-elle au Père Mariano, le 21 octobre 1576, quand vous dites que vous la connaîtrez dès que vous la verrez. Nous ne sommes pas si faciles à connaître, nous autres femmes; vous en confessez depuis des années et vous êtes ébahi un jour de voir comme vous les avez mal comprises; c’est qu’elles ne se connaissent pas elles-mêmes quand elles disent leurs fautes, et vous les jugez d’après ce qu’elles disent.”» (Dominique Deneuville, Sainte Thérèse d’Avila et la Femme, p. 31)

Thérèse sait fort bien que si la femme dissimule trop souvent ses intentions réelles, elle tient aussi en réserve dans son coeur des possibilités incommensurables de générosité et d’oblation.

«Thérèse nous apprend que l’être humain se pacifie, s’équilibre, s’accomplit en Dieu et en Dieu seul. S’équilibre celui qui a trouvé un centre, s’y établit et s’y maintient. Or, le centre de l’homme est Dieu et n’est que Dieu. Le secret de l’équilibre même humain est l’union à Dieu par l’amour et dans l’oraison. Plus intime est l’union à Dieu, plus élevé et plus solide est l’équilibre.

Laura Bégin Giguère

«La femme ne peut être vraiment elle-même que lorsqu’elle appartient à Dieu. La femme est instinctivement possessive mais elle peut, par une transfiguration de la grâce, devenir oblative. Il importe que ceux qui l’aident n’oublient pas ses immenses possibilités spirituelles.» (Id., p. 13)

C’est ainsi que Maman Laura a initié Marie-Paule dès son enfance au don de soi, si bien que Marie-Paule se plaisait à rendre service partout où elle passait.  Sa vie d’oblation commence très jeune, alors qu’à 12 ans elle s’offre à Dieu pour sauver les âmes. Puis, au niveau familial, elle offre sa vie pour guérir son papa de l’alcoolisme. Enfin, se vie oblative deviendra ecclésiale, puis finalement universelle, au point de dire: «Je Te demande le monde, Seigneur!» (Vie d’Amour, vol. III, p. 43), et pour cela elle est prête à en payer le prix! Le résumé de sa vie devient: «Tout pour Dieu, rien pour moi!» (Livre blanc I, Grâces Eucharistiques, p. 40)

Marie, Modèle de perfection

La Vierge Marie,
Chef-d'Oeuvre de la création

Si Marie-Paule et Thérèse d’Avila ont su si bien exploiter et découvrir leur nature féminine, c’est qu’elles ont pris pour modèle Marie, Chef-d’Oeuvre de la création. Dans un texte écrit par Monseigneur van Lierde, en 1974, celui-ci nous indique quelles sont les qualités éminentes de la psychologie féminine:

«La première est l’intuition. Alors que l’homme pénètre à l’intérieur des choses avec l’intellect, en scrutant leur nature, la femme les saisit par l’intuition. Elle sent, devine presque, sans encore comprendre la nature, le fond des choses (...), elle a le don des nuances...

«La seconde qualité de la femme est la noblesse du coeur. (...) Elle possède la délicatesse, le dévouement qui devient, dans la réalité de chaque jour, générosité, sacrifice silencieux et même héroïsme...» (Vie d’Amour, vol. IX, p. 225)

On voit amplement en Vie d’Amour cette délicatesse du coeur qui émane des faits et gestes de Marie-Paule. Quelle charité recouvre ses paroles afin de ne pas blesser l’autre; et avec quel amour elle enveloppe ses enfants afin d’adoucir leurs souffrances causées par un père égoïste et égaré!... C’est vraiment un coeur qui aime jusqu’à ce qu’il fasse mal de tant aimer!

«Cette délicatesse du coeur se retrouve aussi chez sainte Thérèse. Écoutons-la avouer la peine qu’elle ressent, en quittant ses Filles, lorsqu’elle va d’un monastère à l’autre: “Les aimant comme je les aime, ce n’était pas, je vous l’assure, la plus petite croix que d’avoir à m’en séparer. Je souffrais surtout quand je pensais que je ne devais plus les revoir et que j’étais témoin de leur chagrin et de leurs larmes.”

«Son instinct maternel se manifestait aussi sous sa plume par l’usage assez fréquent de possessifs affectueux: ... “J’écrierai à mon Jeronimo de Cepeda.” “Rappelez-moi au souvenir de mes enfants, j’ai envie de les voir.”» (Dominique Deneuville, op. cit., p. 118 et 122)

Brûler de l’amour même du Père

Ces deux âmes n’ont pas eu peur de manifester leur affection envers leur prochain, de faire déborder le trop-plein de leur amour sur ceux qui les approchaient. Car le centre de cet amour était Dieu lui-même. C’est l’amour même du Père qui passe à travers elles pour se répandre sur les créatures. Cet amour dévorant les brûle et ne trouve son soulagement qu’en se déversant sur le prochain. «Se donner, s’oublier, aimer, pardonner, accueillir, consoler, former, voilà les qualités bienfaisantes qui couronnent la vraie mère, car elles ont la puissance des relèvements et des réalisations les plus nobles, les plus riches de sens.» (Marie-Paule, Lettre pour la fête des Mères, mai 2006)

L’on serait porté à penser que ces femmes étaient des exceptions, nées avec un courage à toute épreuve. Et pourtant, «la vie démontre que le courage féminin est surtout à la mesure de l’amour qui le soutient» (Dominique Deneuville, op. cit., p. 115).

Dominique Deneuville, dans son ouvrage sur Thérèse d’Avila et la Femme, la décrit ainsi: «Son courage, du reste, si évident qu’il soit, n’apparaît pas tellement comme une disposition foncière de nature, mais plutôt comme la résultante d’une extrême maîtrise de soi et le fruit de la grâce divine. Le Père Ibanez fait remarquer que Thérèse, avant les grandes grâces mystiques, était une femme timide. La Sainte est du même avis, en plusieurs passages de sa Vie, bien qu’elle ait signalé, dès le début de son récit, “le courage que lui donnait sa nature”.» (Id., p. 118)

Oui, le courage féminin est surtout à la mesure de l’amour qui le soutient. Et quand cet amour est le Dieu-Amour, alors il n’est aucun obstacle pour décourager ces âmes éprises de Dieu. «La flamme de leur zèle pour le salut des âmes, qui a sa source dans la charité théologale, utilise ce besoin vital de fécondité que Dieu lui-même a déposé dans l’être de la femme.» (Id., p. 122)

La Femme est FAITE POUR AIMER

Car la femme est Mère, elle est faite pour transmettre la vie, que ce soit au niveau physique, psychique, spirituel ou moral. En ses écrits, Marie-Paule nous a donné une très belle définition de la femme: «La femme est faite d’amour et de pardon(Vie d’Amour, vol. I, p. 217) C’est l’essence même de son être, c’est ce qui la meut à travers toute son existence pourvu que cette existence ait sa source en Dieu-Amour.

Jésus aussi abonde dans le même sens lorsqu’Il dit aux apôtres: «La femme sait aimer. Elle est faite pour aimer. Elle a avili l’amour en en faisant une convoitise des sens mais, au fond de sa chair, est toujours prisonnier le véritable amour, la gemme de son âme: l’amour dépouillé de l’âcreté fangeuse des sens, fait d’ailes et de parfums angéliques, fait de flamme pure et de souvenirs de Dieu, de son origine divine, de sa création faite par Dieu. La femme: le chef-d’oeuvre de la bonté auprès du chef-d’oeuvre de la création qu’est l’homme.» (Maria Valtorta, L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, vol. III, p. 70-71)

Nicole Échivard, auteure, écrit: «Dans l’ordre du péché, la femme est “dominée” par l’homme, prise, utilisée. C’est l’ordre de la force. Dans l’ordre de l’amour, c’est plutôt la femme qui est “donnée”, qui se donne. Elle est maîtresse de son don... Dans l’ordre libre de l’amour, elle a la primauté. Et ceci, parce que dans l’ordre de la création, c’est elle d’abord qui est “aimable”, qui est aimée, qui est faite pour être aimée.» (Femme, qui es-tu?, p. 165)

Et comme l’amour et la souffrance vont de pair, la grande capacité d’aimer de la femme est aussi proportionnée à sa capacité de souffrir. Jésus, parlant aux femmes disciples, leur dit un jour:

«L’homme n’est jamais très fort dans la souffrance. La femme, au contraire, a sur l’homme cette supériorité royale de savoir souffrir. Enseignez-la à l’homme en le soutenant dans ces heures de peur, de découragement, de larmes, de fatigues, de sang. (...)

«Et vous, mes amis [apôtres et disciples], sachez avoir l’humilité et la constance des femmes et, abaissant l’orgueil de l’homme, ne méprisez pas les femmes disciples, mais modérez votre force, et je pourrais dire votre dureté et votre intransigeance au contact de la douceur des femmes. Et, par-dessus tout, apprenez d’elles à aimer, à croire et à souffrir pour le Seigneur, parce qu’en vérité je vous dis qu’elles, les faibles, deviendront les plus fortes dans la foi, dans l’amour, dans l’audace, dans le sacrifice pour leur Maître, qu’elles aiment avec toutes elles-mêmes, sans rien demander, sans rien prétendre, payées seulement par l’amour, pour me donner réconfort et joie.» (Maria Valtorta, op. cit., vol. III, p. 71)

Oui, voilà quel est le rôle de la femme dans le plan initial du Père: être l’amour au coeur du monde. L’être de la femme est comme un vase contenant un parfum précieux. Lorsque, par la mortification et une vie de sacrifices, le flacon se brise, alors un parfum d’amour s’écoule tout autour et sur tous les êtres qui l’approchent et chacun peut en respirer le parfum. C’est ce que Mère Paul-Marie a fait de sa vie, c’est aussi ce que doivent faire toutes celles qui marchent sur ses traces!

Soeur Louise Hélie, o.ff.m.