Le Royaume

Comment purifier notre âme et nous sanctifier

par Père Éric Roy

Père Éric Roy

Le temps du carême, achevé dans la Lumière du matin de Pâques, a permis à beaucoup d’entre nous de réfléchir à la confession, sacrement de la Réconciliation et du Pardon qui nous permet de tirer profit de la Miséricorde divine.

Précisons tout de suite que certains passages de la présente intervention pourraient paraître un peu délicats, mais qu’ils n’ont d’autre fonction que de servir d’exemples et ne visent évidemment personne en particulier, le but de l’exposé étant uniquement d’aider à mieux comprendre les différents aspects entourant le sacrement de la Réconciliation.

Le sacrement du Pardon

Le premier fait que nous constatons lorsque nous parlons de ce sacrement, c’est qu’on le nomme de plusieurs façons: sacrement de Pénitence, sacrement de Réconciliation, sacrement du Pardon, confession, sacrement ou «tribunal de la Miséricorde». Chacune de ces appellations vient illustrer et mettre en évidence un des nombreux éléments constitutifs du sacrement lui-même.

Par exemple, dans la vie quotidienne, nous parlons souvent de la confession en disant: «Es-tu allé te confesser?», «je vais me confesser», «y a-t-il un confesseur?»... Lorsque nous retenons ainsi le terme «confession», c’est pour faire référence à l’aveu des fautes, des péchés. Quand on évoque la confession, ce n’est en fait qu’à une partie du sacrement qu’on fait référence. Parler seulement de la confession est un peu restrictif, et n’exprime donc pas toute la réalité du sacrement.

Peut-être même que nous exprimer ainsi est le signe que nous vivons souvent ce sacrement sous le seul aspect de l’aveu à faire (qui est parfois pénible et peut demander un grand effort). Cet aveu est absolument nécessaire, mais nous devons essayer de rétablir l’équilibre, car il y a, dans ce sacrement, d’autres dimensions qui ne doivent pas être oubliées ni demeurer dans l’ombre. Afin d’illustrer la grandeur du sacrement dans ses divers aspects, référons-nous à un extrait de Vie d’Amour. Marie-Paule y parle de la confession et dit ceci:

«Ces confessions hebdomadaires faites à mes fils spirituels me sont comblantes! Ce baume de l’absolution qui coule sur mon âme, comme je le ressens suavement! Et la pénitence qui m’est donnée m’apporte une saveur nouvelle et je m’y soumets avec une humilité toujours plus profonde. Le sacrement du Pardon m’est accordé avec tant de ferveur par eux! Ils ont pleinement conscience du mystère d’amour qui, par leur sacerdoce, baigne l’âme dans le Sang purificateur du Sauveur. Ô grandeur extraordinaire du Sacerdoce! Puissante médiation entre le Ciel et la terre.» (Vie d’Amour, vol. VII, p. 82)

Marie-Paule nous montre ici toute la grandeur de ce qui se déroule au cours de la célébration de ce sacrement. Il y a bien sûr la confession proprement dite (l’aveu des fautes), mais il y a aussi toutes les grâces qui découlent de l’absolution, de la pénitence à accomplir humblement, et du mystère d’Amour et de miséricorde qui permet une véritable régénération de notre âme.

La puissance du sacrement

Un autre passage de Vie d’Amour nous montre la puissance du sacrement. Il s’agit de l’épisode où Marie-Paule, à Sainte-Agathe-des-Monts, tente de venir en aide à une jeune employée qui a eu un parcours difficile et dont le tempérament fougueux cause parfois des difficultés avec ses compagnes de travail. Un jour, cette jeune fille revient après une absence pendant laquelle elle a vécu de mauvaises expériences. Comme elle est un peu bouleversée, Marie-Paule va rapidement la voir et lui dit qu’il serait peut-être bon pour elle d’aller rencontrer le Supérieur de la maison (en sous-entendant qu’il lui serait ainsi possible de se confesser).

Quelques minutes plus tard, après être passée au confessionnal, la jeune fille revient dans la cuisine au milieu de ses compagnes, toute transformée et très heureuse d’avoir pu bénéficier de ce sacrement. Ses compagnes, voyant cela, s’exclament: «Elle est folle, elle n’a pas toute sa tête, car tantôt elle est arrivée en lion et la voilà comme un ange.»

Pénitent dans les bras de Jésus

«Qu'une âme soit dans la misère profonde ou près de Dieu, le sacrement de Pénitence est porteur de grâces bien spéciales. C'est pourquoi une absolution générale ne peut tenir lieu du sacrement de Pénitence, car la confession n'est pas uniquement l'aveu de ses fautes, ce sont aussi des conseils précieux donnés sous l'inspiration de l'Esprit Saint; ce sont des directives précises pour l'âme et c'est la paix qui en découle.» (Marie-Paule en Vie d'Amour, vol. III. p. 264)

Et Marie-Paule ajoute ceci qui est très important:

«C’est bien vrai. Il est bien dommage que l’équipe doive ignorer que SEUL le sacrement de pénitence peut transformer une âme à ce point. Par la suite, elle me raconte toute son aventure et je la préviens qu’il vaut mieux être prudente, car on ne joue pas impunément avec la grâce.» (Vie d’Amour, vol. II, p. 372-374)

 Qui parmi nous n’a jamais fait l’expérience de ce «baume» de l’absolution lorsqu’il sort d’une telle rencontre avec le divin Maître et qu’il a été absous de ses péchés? Qui n’a jamais ressenti cette paix intérieure, cette joie débordante? Oui, nous l’avons tous expérimentée, et c’est véritablement extraordinaire! La grâce est différente de celle de l’Eucharistie, mais elle n’est pas moins grande et elle est tout aussi porteuse des grâces si nécessaires à la montée de notre âme!

La démarche du pénitent

Si nous n’aimons pas toujours aller nous confesser, c’est peut-être – comme nous l’avons vu – que nous considérons le sacrement sous le seul aspect de la confession, de l’aveu des fautes. Le seul fait que nous devions dire nos péchés à un prêtre (même s’il est tenu au secret et qu’il est l’instrument de Dieu), à quelqu’un en chair et en os, peut parfois nous rebuter.

C’est souvent difficile, en effet, parce qu’on insiste trop sur le seul aveu des fautes.

Maria Valtorta nous montre, en L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, une situation très spéciale où le repentir est présent mais difficile à avouer.

[Un jour, Jésus et Judas sont seuls et] «Judas glisse aux pieds de Jésus, le visage sur ses genoux, les bras serrés à ses côtés et il gémit: “Garde-moi avec Toi, Maître... (...) Je sais que tu sais et que pourtant tu attends que je le dise... Mais il est difficile de dire, Maître: ‘J’ai péché’.”

«“Je le sais, ami. C’est pour cela qu’il faudrait bien agir, pour ne pas s’avilir en disant: ‘J’ai péché.’ Mais pourtant, Judas, il y a en cela un grand remède, de devoir faire effort en disant la faute retient de la faire; et si elle est accomplie, la peine de s’accuser est déjà une pénitence qui rachète.”» (Volume VII, p. 55)

Si nous pensions davantage à d’autres aspects du sacrement tels que l’absolution, l’action de la Miséricorde et la grâce de purification qui agit de façon significative dans notre âme, nous verrions alors une tout autre réalité. Considérons donc ce sacrement dans toutes ses dimensions, puisque c’est la transformation de notre être profond qu’il rend possible.

Que dire au confessionnal?

Une autre difficulté à laquelle certaines personnes doivent faire face est de ne pas trop savoir quoi dire au confessionnal. En pareil cas, il est évidemment difficile de se confesser et le pénitent est mal à l’aise. La première solution à ce problème est évidemment de se préparer par un examen de conscience approfondi, en se plaçant face à Dieu pour tenter de se voir «avec les yeux de Dieu».

Chacun doit en effet se demander quelles fautes il a pu commettre, de quels manquements d’amour il s’est rendu responsable, quelles transgressions il a commises par rapport aux Commandements de Dieu, et ainsi de suite...

Nous devons donc prendre le temps de bien nous préparer. Il est même parfois bon de prendre quelques notes parce que nous avons souvent la mémoire courte. Rien n’empêche en effet de prendre note de notre examen de conscience! Bien plus, cela pourrait même être un manquement de ne pas le faire, d’autant plus que cela ne demande qu’un effort de quelques minutes.

Il est ensuite beaucoup plus facile d’avouer nos fautes, car, ayant déjà fait notre examen de conscience, notre esprit est plus dégagé. Tout le monde a des pertes de mémoire et il n’y a aucun problème à le reconnaître et à vouloir mieux se confesser. C’est donc un moyen que l’on peut prendre, et même que l’on doit prendre si nous avons des difficultés de cet ordre.

Répéter la même chose

Un autre sentiment qui peut nous rendre mal à l’aise, c’est celui d’être fatigué de répéter chaque fois la même chose, ou presque la même chose. Nous nous sommes tous plus ou moins plaints de cela, de vive voix ou intérieurement.

Cela signifie-t-il que le sacrement ne «fonctionnerait» pas, puisque nous ne voyons aucun progrès? Pas du tout, car nous ne savons pas si notre inclination au péché ne deviendrait pas plus grave encore si nous ne profitions pas de la grâce du pardon. De plus, notre état de pécheurs requiert l’intervention répétée du médecin de l’âme, de même qu’une maladie du corps peut demander des soins pendant toute la vie.

Enfin, comme nous sommes souvent très mauvais juges de nous-mêmes, le plus simple et le plus sage est de laisser à Dieu le soin de juger de notre état, car sa Miséricorde est infinie. Il veut toujours nous accorder son pardon, même si nous retombons dans les mêmes fautes. Faisons quand même attention à ne pas «jouer avec la grâce» et poursuivons nos efforts pour essayer sincèrement de nous corriger de nos penchants mauvais.

Confesser des actes concrets

Comme nous l’avons vu, nous éviterons le piège ou l’embarras de ne pas savoir quoi dire en prenant le temps de bien préparer notre confession. De plus, nous ne devons pas trop nous inquiéter si les mêmes fautes reviennent souvent. Cela dit, il existe un moyen de faire en sorte que ce ne soit jamais tout à fait les mêmes fautes dont nous nous accusons. Ce moyen réside dans la façon de les accuser. Voici quelques exemples:

Si je dis «mon Père, je m’accuse d’être voleur», ou encore «je m’accuse d’être orgueilleux», je n’accuse pas vraiment mon péché concret, ma faute réelle. Si je dis «je m’accuse d’être voleur, orgueilleux ou paresseux», j’accuse en fait le «péché générique» ou mon état de pécheur en général. Il y a une différence entre dire «mon Père, je suis un voleur» et dire «mon Père, j’ai pris tel objet ou telle somme d’argent qui ne m’appartenait pas» ou «j’ai fait de l’évasion fiscale, etc.». C’est très différent, parce qu’à ce moment-là nous nous accusons d’un acte concret, d’une faute précise.

Main bénissante du prêtre au confessionnal

Si je dis «mon Père, je suis orgueilleux», qu’est-ce que cela signifie en réalité? Nous savons très bien que l’orgueil est à la racine de tous les péchés! Par contre, si je dis «mon Père, je m’accuse d’avoir monopolisé l’attention dans telle conversation, de m’être vanté dans telle discussion, de m’être placé au centre de l’attention générale en telle circonstance», alors c’est vraiment l’acte d’orgueil dont nous nous accusons.

Dans ce sacrement, nous ne devons donc pas accuser seulement notre état, parce qu’alors la confession pourrait consister à dire tout simplement: «Mon Père, je me suis confessé il y a une semaine, deux semaines, j’ai reçu l’absolution, j’ai accompli la pénitence imposée. Mais, depuis lors, j’ai de nouveau péché. S’il vous plaît, donnez-moi l’absolution.» Ce serait un peu facile, n’est-ce pas? De plus, qu’est-ce que ça provoquerait en nous? Notre démarche pénitentielle serait-elle aussi complète et fructueuse? Bien sûr que non! Cela ne susciterait pas autant le désir de changement, ou même les regrets, parce que nous sommes tous pécheurs et tous orgueilleux dans la mesure où notre nature humaine est affaiblie par le péché originel.

Ce qui précède permet de voir l’importance, pour mieux nous confesser, de bien spécifier les actions concrètes qui ont été commises ainsi que les circonstances, et pas seulement le «péché générique» ou notre état de pécheurs. Certes, c’est un bon premier pas de nous accuser d’être orgueilleux, paresseux ou menteurs, mais, pour notre propre profit spirituel, pour mieux déraciner nos habitudes et poursuivre notre réforme intérieure, il est souhaitable d’aller plus loin en mentionnant des actes concrets. Ainsi le confesseur, qui est le médecin de l’âme, pourra plus facilement administrer le remède ou donner le conseil approprié.

La conversion du coeur

Le sacrement de la Réconciliation est aussi celui de la conversion, et il doit s’inscrire dans un cheminement pénitentiel. Voyons ce que nous dit Marie-Paule à ce sujet dans Vie d’Amour:

«Après la messe, je fais le Chemin de Croix quand je vois Monsieur le Curé se diriger vers le confessionnal. Autant en profiter en ce premier vendredi du mois. Ce prêtre est curé de la paroisse depuis un an. Ici, au presbytère, on connaît ma condition familiale: foyer séparé, c’est tout. “Continuez votre ascension vers Dieu, dit-il, demeurez près de Lui malgré les épreuves à supporter. Continuez à vous nourrir de l’Eucharistie chaque jour. Votre vie sera un témoignage pour tous.”

«Quelle paix je ressens! Qu’une âme soit dans la misère profonde ou près de Dieu, le sacrement de Pénitence est porteur de grâces bien spéciales. C’est pourquoi une absolution générale ne peut tenir lieu du sacrement de Pénitence, car la confession n’est pas uniquement l’aveu de ses fautes, ce sont aussi des conseils précieux donnés sous l’inspiration de l’Esprit Saint; ce sont des directives précises pour l’âme et c’est la paix qui en découle.

«Le pénitent est un malade spirituel, et nous le sommes tous. Or, un médecin ne soigne pas tous ses malades à la fois; il s’arrête à chaque cas pour le comprendre, diagnostiquer, conseiller et guérir si Dieu le veut. (...)

«Notre belle religion n’est pas un opium, mais une oeuvre d’AMOUR à laquelle nous devons participer activement pour gravir les sommets où nous attend la félicité éternelle.» (Vie d’Amour, vol. III, p. 264)

Pour comprendre un état, diagnostiquer une maladie et conseiller son patient, le médecin doit avoir un minimum d’informations. Si quelqu’un allait voir le médecin pour lui dire uniquement «je suis malade», il serait difficile pour celui-ci de prescrire les soins appropriés. De la même façon, nous sommes invités à faire en sorte que nos confessions ne soient pas un automatisme, mais vraiment une démarche de conversion et de pénitence.

Le sacrement ne doit pas être reçu de façon machinale, il doit être accompagné d’une démarche réelle entraînant des changements intérieurs et extérieurs. Il demande donc une préparation (l’examen de conscience) ainsi que l’aveu des fautes concrètes, et non seulement de son état. Agir ainsi, c’est faire un pas dans la bonne direction pour améliorer la façon de vivre ce sacrement.

La nécessité de la réparation

Enfin, il ne faut pas l’oublier, il y a une dimension réparatrice associée à ce sacrement, car il faut chercher à réparer le mal qui a été fait. En effet, il y a une peine qui est associée à chaque péché commis et que l’âme devra purger un jour ou l’autre, sur la terre ou au purgatoire. Telle est la raison d’être de la pénitence qui nous est prescrite au cours du sacrement, mais il faut savoir qu’elle suffit rarement à réparer les fautes commises. C’est pourquoi, dans toute notre vie, doit prévaloir une attitude pénitentielle qui contribuera au pardon de nos fautes, ou plus précisément à la réparation du mal commis.

Cette réparation s’obtient par la pratique des vertus et l’accomplissement de bonnes actions. Saint Jaques nous dit: «La charité couvre une multitude de péchés.» Aussi l’ensemble des prières que nous disons, des sacrifices que nous faisons et des indulgences dont nous bénéficions peut aider à réduire la peine due au péché.

Une indulgence est l’annulation de la peine due pour un péché commis. Lorsqu’une indulgence est plénière, alors la personne peut obtenir que soient remises toutes les peines relatives à tous les péchés de sa vie. Mais ce n’est pas automatique: il s’agit de remplir toutes les conditions et de laisser le soin à Dieu d’en juger. Sachons tirer profit de ses grâces de pardon et surtout remercions-Le pour sa bonté infinie à notre égard.

Continuons donc à aller de l’avant en nous rappelant comment ce sacrement nous transforme, comment il renouvelle notre âme à tel point qu’elle se purifie peu à peu afin d’être prête un jour à voler vers Dieu en toute liberté et dans l’amour. Et, pour terminer, voici ce que Mère Paul-Marie nous dit en poésie dans le livret La Communauté de la Dame de tous les Peuples (p. 101):

«Le mal à regretter et à Dieu confessé,
Grand bien tu percevras, grâce du sacrement.
Plus heureux tu seras; l’Esprit va pénétrer
En ton âme purifiée, en ton coeur ardemment!»

Père Éric Roy, o.ff.m.