Le Royaume

«Toi que mon coeur aime, toi qui m’as tant coûté...»

par Père Angelo Gonthier

Père Angelo Gonthier

«Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime» (Jn 15, 13), a révélé le Seigneur Jésus à ses apôtres. Lorsque le don de soi va jusqu’à la mort, aucun obstacle ne peut arrêter le flot incandescent d’amour sorti tout droit du Coeur du Père. Jésus vivait de ce courant éternel. À cette source, Il puisait toute sa force pour toucher les coeurs et les âmes, redonner l’espoir aux désespérés, et insuffler aux hommes la soif du Dieu Vivant.

Or, nous retrouvons les mêmes dispositions chez Mère Paul-Marie. Certes, le sacrifice n’est pas sanglant, parce que les circonstances historiques ne sont pas les mêmes, mais le don et la générosité sont identiques. «Toi que mon coeur aime, toi qui m’as tant coûté1», s’écrie-t-elle. Mots qui révèlent un amour aussi gratuit que total envers chacune des âmes dont elle a la charge et que le Père désire voir en son Coeur. Cette phrase est synonyme de celle qu’a prononcée le Fils de Dieu. Et, tout comme Lui, notre Fondatrice passe tranquillement de ce monde au Père, allongée sur sa Croix de nacre.

Nous n’avons qu’à jeter un regard sur quelques épisodes de sa vie pour prendre conscience de la vertigineuse ascension de cette âme d’élite en vue de la Co-Rédemption. Voyons ce qu’elle écrit en Vie d’Amour au moment d’une grande souffrance qui fait remonter à son esprit «le souvenir des tempêtes» qu’elle a traversées: 

«Pendant trois jours et trois nuits défilent devant mes yeux tant et tant de douleurs qui me furent un véritable martyre de tous les instants. Je revois ma vie de misère auprès d’un mari diabolique; les calomnies, le mépris de sa famille; l’insécurité, l’infidélité conjugale, la malice, la séparation, l’isolement; la persécution de la part de certains prêtres, la vie de pensionnat pour mes enfants; le double et malicieux enlèvement qu’ils ont dû subir; la vilenie d’une Religieuse qui me fait passer pour folle aux yeux de mes enfants; ma réputation littéralement perdue dans une mer de malice humaine; maladies, faiblesse extrême, à peu près sans alimentation et sans sommeil, sans argent, broyée par un drame qui se prolonge durant de longues années, tout cela est cent fois pire que la mort. Puis, dans ces conditions si pénibles, le coeur dans un étau, souriant pour ne pas pleurer, je vais aider les mieux partagés et les mieux portants.

«C’est alors que s’ajoute aussi l’incompréhension de ma famille. (...) Puis la comparution en Cour municipale, en Cour du Bien-Être social (deux fois) et en Cour supérieure où s’étalent mes souffrances. L’insolence d’un Juge; mon Directeur qui m’est enlevé; cette bouée de sauvetage qu’était pour moi la Légion de Marie disparaît à son tour; les lourdes déceptions causées par un mari qui se relève et retombe encore plus bas, etc. Et tout cela associé aux multiples contrariétés, déceptions, difficultés de chaque jour qu’entraîne inévitablement cette condition si pénible (...). Dieu seul a vu la gamme de mes souffrances. Il m’a fallu noyer mes larmes en des sentiments d’amour volontaire pendant cette phase d’atroce confusion, associée aux profondeurs de la “terrible nuit de l’esprit”2

Dans nos épreuves, nous devons, comme notre Fondatrice, élever notre regard pour ne pas rester au niveau psychique, au niveau des sentiments. Elle nous indique comment faire: «Il m’a fallu noyer mes larmes en des sentiments d’amour volontaire.» Ces sentiments d’amour volontaire servent à élever les situations au niveau spirituel dans le but de les offrir au Dieu Tout-Puissant et d’habituer notre regard à tout voir selon sa Sagesse.

Les cimes de la sainteté

À travers ce récit des souffrances de notre Fondatrice, il est édifiant de voir jusqu’où sa spiritualité peut La conduire. En effet, quand l’âme est dans ces hautes sphères, le Seigneur n’attend pas seulement l’acceptation des souffrances, mais aussi une charité extrême. Car, pour pouvoir collaborer à l’Oeuvre de Dieu, il faut que la vie de l’âme soit féconde, qu’elle produise des fruits qui demeurent pour se perpétuer dans les autres âmes. Cette charité à l’image du Ciel est un élément indispensable de la purification intérieure. Elle forge les âmes et les rend semblables à Dieu. Dans l’extrait qui suit, nous sommes au début des années 1970; la phase céleste de sa vie spirituelle vient de débuter et Dieu la pousse encore davantage vers les cimes de la sainteté:

Québec - Marie-Paule, à genoux devant la belle statue de la Vierge de Fatima, prie inlassablement pour le salut des âmes et la réalisation de l'Oeuvre de Dieu.

«En ce qui concerne la charité, je n’ai jamais cherché à nuire à qui que ce soit. Je me suis donnée totalement pour les autres; j’ai fait valoir la vérité quand c’était nécessaire. Une chose surtout me comble de joie: c’est que je n’ai jamais fait une faute d’omission. Même avec effort, parfois, je n’ai jamais résisté aux inspirations de rendre le bien pour le mal, de pardonner les calomnies, de rendre service à ceux et celles qui me méprisaient, de sourire à ceux qui m’ont porté de durs coups, d’aimer surnaturellement quand on me persécutait. Mes pensées de vengeance ont été écartées. Et que de précautions pour éviter le mal! Cependant, cette pauvre concupiscence demeure toujours, exigeant sans cesse des redressements, des élans et le recours aux sacrements pour me maintenir en grâce avec le Seigneur. Alors même que ma santé est défaillante, je ne me retranche pas derrière le mutisme quand c’est mon devoir de parler3

Dans le monde d’aujourd’hui, Vie d’Amour est vraiment l’Évangile de Marie pour notre temps et l’exemple à suivre pour avancer sûrement dans le don et la générosité. Le Christ nous a légué les évangiles et l’oeuvre de Maria Valtorta qui démontrent fort bien tous les efforts associés à la Rédemption. Les volumes de Vie d’Amour en sont le pendant sur le plan de la Co-Rédemption.

Notre Fondatrice a tout donné. Elle l’a fait par amour et pour l’Amour afin que le Ciel se peuple d’âmes. Comment douter de ses paroles, alors que les fruits sont présents au sein de l’Oeuvre, ainsi qu’en témoignent ces lignes de Vie d’Amour, Appendice:

«Dix ans de beautés spirituelles dans les âmes, consolations si grandes, grâce à la lecture de “Vie d’Amour”: les témoignages nous parviennent jour après jour, apposant le sceau divin sur une Oeuvre mariale tant contestée et méprisée. Cette “Vie d’Amour”, écrite avec le sang de l’âme “transpercée”, est remplie de la force de Dieu. Voilà pourquoi “Vie d’Amour” “transperce” les âmes, les remue et les élève vers Dieu. (...)

«Aujourd’hui comme hier, c’est Marie qui agit par l’instrument qu’Elle s’est choisi pour accomplir son Dessein d’amour. Cet instrument, ou plutôt sa servante qu’Elle continue à purifier par le feu des tribulations, qu’Elle continue à enflammer par le feu de l’Amour divin, est devenue étrangère à tous les remous (...). Une seule chose compte: l’obéissance. “Les vues de Dieu ne sont pas les nôtres”, et tout ce qui est “folie de Dieu” est sagesse plus profonde que celle des hommes4.»  

Nous le savons, tout homme en état de grâce apporte la bénédiction divine en ce monde par une justice renouvelée provenant de la sainteté de sa vie. Une vie sainte élève le monde entier, tout comme la marée montante élève tout ce qui se trouve sur ses eaux.

Bien qu’il soit douloureux de faire mention des souffrances de la Fondatrice de l’Armée de Marie, notons toutefois que c’est à travers ces exemples de sainteté et de justice que nous entrevoyons tout ce qu’Elle a souffert pour chacun de nous, pour l’Oeuvre de Dieu, pour les temps à venir et la régénération de la multitude.

Quant à nous qui sommes associés à l’Oeuvre magistrale de la Servante, suivons ses pas sans nous attarder à nos faiblesses, mais en espérant tout de Dieu. Chaque effort de notre part sera mis à profit par Lui afin de régénérer l’humanité.

Oui, tout comme le Seigneur Jésus-Christ, Mère Paul-Marie se donne totalement jusqu’à vouloir demeurer encore avec nous. À chacune de ses respirations on peut toujours l’entendre nous murmurer à l’oreille: «Toi que mon coeur aime, toi qui m’as tant coûté. (...) Tu dois donc apprendre à aimer. Aimer, c’est tout donner, apprendre à te sacrifier et même à t’immoler5

Père Angelo Gonthier, o.ff.m.

1. Mère Paul-Marie, La Communauté de la Dame de tous les Peuples, p. 68.

2. Vie d’Amour, vol. V, p. 46-47.

3. Id., p. 230-231.

4. Vie d’Amour, Appendice, vol. I, p. 7.

5. La Communauté de la Dame de tous les Peuples, p. 68-69.