(2008)
(en guise de préface)
«L’ange de l’Éternel apparut à Moïse
dans une flamme de feu au milieu d’un buisson. (...)
Dieu l’appela (...): Moïse! Moïse!
Et il répondit: Me voici.
Dieu dit: N’approche pas d’ici,
ôte tes sandales de tes pieds,
car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sacrée.»
(Ex 3, 2-5)
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Dieu demande à Moïse d’ôter ses sandales et de se tenir pieds nus devant Lui. Dieu ne lui demande pas autre chose, aucun autre geste ou signe de respect, d’hommage ou de vénération. C’est comme si tout était compris dans le seul acte de demeurer, selon l’expression désormais bien connue, «pieds nus sur la terre sacrée» 1. Lorsqu’on se met ainsi pieds nus, l’on s’abaisse et l’on s’humilie, mais, en même temps, l’on «se connecte» à la sacralité du lieu devenu saint par la présence de Dieu, l’on communie, par ce lieu même, à la sainteté de Dieu présent dans toute l’immensité de sa Création.
De nombreux peuples et des religions diverses ont fait de ce geste un rite. Il est présent dans l’islam où l’on se déchausse avant d’entrer dans une mosquée. De même en Inde, en Chine, au Japon: l’on n’entre pas dans un temple avec ses chaussures. Ailleurs encore, on fait le même geste ou c’est un autre qui a prévalu. Dans le christianisme, en entrant dans une église, on fait le signe de la croix, si possible avec de l’eau bénite, et, s’il y est comme il se doit, l’on fait une génuflexion devant le Saint Sacrement qui est «LA PRÉSENCE» et qui rend le lieu sacré.
Mais l’on peut aussi délimiter des périmètres sacrés partout selon les besoins: tout lieu peut devenir chapelle – et c’est la nature qui fournit les plus belles au fond des forêts claires, au bord de l’eau, sur la cime des montagnes auréolées de nuages.
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Eh bien, ce qu’il faudrait, quand on ouvre le troisième Livre blanc de Marie-Paule – ou les autres, ou Vie d’Amour en tous ses volumes, appendices et compléments –, c’est disposer son âme à ressentir la même «sacralité», la même «présence». Ainsi, de même qu’en se déchaussant, l’on abolit la barrière entre soi-même et le sol sacré, de même, avant de lire Marie-Paule, il faut abolir en soi les barrières mentales et se débarrasser de tout ce qui peut encombrer l’âme, afin de pouvoir «se connecter» à «LA PRÉSENCE». On croit souvent le faire alors qu’on ne le fait pas assez. Le monde étend partout ses tentacules, et s’en arracher, ne serait-ce qu’un instant, ne se fait pas sans un combat terrible et sans maintenir une vigilance épuisante.
Oh! bien sûr, on trouvera, dans ce Livre blanc III, Amour céleste – et parmi les jets de lumière et les révélations, notamment sur la vie dans l’Au-Delà –, des phrases banales exprimant le quotidien des jours. Il y a près de trente ans, Raoul Auclair, écrivant sa préface à Vie d’Amour, avait immédiatement perçu tout le «potentiel» de cette banalité, tantôt réelle et tantôt seulement apparente 2. Et puis, de toute manière, un buisson dans le désert n’a rien de particulier non plus. Sinon que celui-là brûlait. Sans se consumer. Mais Marie-Paule aussi nous a dit qu’elle était «brûlée d’amour» 3 – elle «brûle» en permanence et sans jamais cesser de projeter sa lumière et de nous guider.
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Son livre est blanc comme un étendard, blanc comme la paix, blanc comme la synthèse de la lumière ou l’ultime éclat du feu, blanc comme l’Immaculée. Ce n’est donc plus «du milieu d’un buisson» mais du coeur d’un livre aujourd’hui que Dieu nous appelle et nous parle. Il ne faudrait donc surtout pas lire Vie d’Amour et les Livres blancs comme on lit d’autres écrits, revues, livres et journaux. Ce serait comme aller vers le buisson sans se déchausser, signe qu’on n’a pas senti, dans le feu, «LA PRÉSENCE», et qu’on ne lui donnera pas l’occasion de se manifester pleinement. Bien au contraire, il faut d’abord éveiller en soi la conscience qu’on va, par ces livres, entrer dans un périmètre saint, fouler une terre sacrée. Comme si l’on entrait dans un temple céleste, il faut se signer le coeur et faire une génuflexion de l’âme.
Aussitôt, tout change et l’on voit ce qu’on n’aurait pas vu, l’on entend ce qu’on n’aurait pas entendu! Le mystère s’ouvre à nos yeux dans la mesure où nous nous sommes mis en condition de le percevoir au-delà des mots simples et des journées banales – apparemment, car elles sont, en réalité, lourdes de travail et de prière, et remplies du frôlement des âmes et de la fréquentation familière de Dieu. Ce Dieu qui parle à Marie-Paule et nous parle par elle. Et notre coeur, aussitôt, s’enflamme et cependant ne se consume pas. Bien plus, il se dilate et s’emplit de divinité.
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Ce n’est pas tout. Dans le passage de l’Exode, il y a le buisson qui brûle tout seul au milieu du désert, mais il y a aussi Moïse. Il fut choisi, désigné par Dieu pour libérer son peuple; il le réveilla, le guida, lui permit d’accéder à la Terre promise – et, plus tard, avec le Christ, il apparut au Thabor.
Aujourd’hui, Marie-Paule, en écoutant Dieu lui parler, puis en nous parlant en son nom, fait à son tour oeuvre de libération – mais à une tout autre échelle: elle ne libère pas un peuple de la domination d’un autre, elle offre à l’humanité tout entière la libération d’un esclavage infiniment plus oppressant que celui du peuple juif.
Et c’est ainsi qu’elle est la Dame de tous les Peuples (au sens premier des mots), la Co-Rédemptrice (au sens plein du terme), et qu’elle nous conduit à travers le désert de notre temps jusqu’à la nouvelle Terre promise. Il y faut de la souffrance – et beaucoup, la sienne surtout, la nôtre un peu – puis il y faut du temps. Mais, au bout de l’exode, à la fin du chemin, quel paradis de cristal inondé de lumière!
Et cette Terre promise, elle nous la donne, aujourd’hui pour demain, car elle est déjà la sienne: elle en a payé le prix fort; elle en a chassé l’Usurpateur pervers; elle en est déjà, pleinement, la Souveraine. Oui, c’est écrit dans Vie d’Amour et c’est le Ciel qui le dit: Marie-Paule est «la Souveraine de la Terre» 4. Et, comme cent Moïse, elle conduit chacun de ses peuples à la Terre promise – à sa Terre conquise –, à la fois celle des mortels que nous sommes et celle des ressuscités que nous serons, là même où, pour toujours, elle sera, dans le Feu de l’Esprit, «l’Épouse du Seigneur et la Reine du Roi» 5.
Marc Bosquart, le 15 avril 2008